MUNICIPALES 2014. 100% Aubervilliers fait partie de ces listes citoyennes et sans étiquette qui ont émergé presque promptement en Seine-Saint-Denis. A sa tête, Samir Maizat, 30 ans, instituteur, a réuni autour de lui de simples citoyens, du médecin au chauffeur de bus. 

« Mais il ne peut pas être maire, Samir, tout le monde le tutoie ! » Le jeune homme, croisé au détour d’une cité d’Aubervilliers, s’étonne en consultant les tracts. Parmi les candidats à l’élection municipale, Samir Maizat fait figure d’exception. A 30 ans, le jeune professeur des écoles est la tête de liste de « 100% Aubervilliers », melting-pot composite de citoyens de la ville.

A la soirée de présentation de la liste, dans l’exigu réfectoire de l’école Joliot-Curie à la Maladrerie, une cinquantaine de personnes au total est venue voir « à quoi ils ressemblaient ». Une jeune femme prend la parole, sûre d’elle. « Je pensais que vous étiez une bande de péquenots. Je suis contente de voir ce que je vois. » En l’occurrence, des hommes, des femmes, jeunes et moins jeunes. Profs, médecins, étudiants, avocats, artistes… Dans l’auditoire, un jeune chuchote. « Des Samir, Hocine, Yonel, Soussaba… Ça change de Pascal, Jacques ou Jean-Jacques. C’est aussi ça, Auber. »

C’est la raison d’être de cette liste, dont les figures de proue en veulent à une « classe politique déconnectée de la réalité du terrain ». Eux, le terrain, ils connaissent. Ce soir-là, le tutoiement est de rigueur. « Allez Michel, pose ta question ! » Et des questions, le public en a. L’annonce, quelques heures avant le dernier délai, de la candidature de Samir Maizat a suscité surprise et interrogation dans la ville.

Il restait moins de trois semaines à 100% Aubervilliers pour se faire connaître. « A ce niveau-là, le pari est réussi », commente un colistier. Devant les panneaux électoraux disposés partout à « Auber », les gens s’arrêtent, montrent du doigt quelques visages. « Je le connais, lui ! » Une campagne originale et hyperactive, sur le terrain comme sur les réseaux sociaux, a fait le reste. De simple initiative surprise, la liste citoyenne s’est imposée comme un véritable enjeu des élections municipales, arbitre potentiel du duel entre les deux derniers maires, Jacques Salvator (PS) et Pascal Beaudet (PCF).

Pourtant, la politique politicienne, cela semble être le dernier des soucis de Samir Maizat. Lui veut remettre les citoyens au cœur des instances de la ville. Le jeune homme porte une vraie vision de la politique locale, « au service des gens dans leur quotidien ». Pas d’idéologie mais des convictions. Dans son programme, on lit une nouvelle méthode -remettre de la concertation, impliquer les habitants- et des vrais engagements de fond : la vidéoprotection, l’accès aux soins les soirs et weekends, la cantine bio et adaptée au régime alimentaire de chacun….

Pour donner du crédit à ces propositions, Samir Maizat n’a pas posé une fois le pied sur le frein au cours de cette campagne. En parallèle de son métier d’enseignant, à Bondy, l’aîné d’une fratrie de cinq enfants a dû mener de front sa campagne avec ses séances de rééducation chez un kinésithérapeute. Samir semble s’être plu à parcourir cette ville qu’il connaît par cœur, en tant qu’animateur, directeur du « 10-13 », un centre de jeunesse de la ville, accessoirement joueur amateur au club de football local.

Tant pis s’il y a laissé quelques kilos et quelques affinités. Dans une ville « où tout le monde se connait et où tout se sait », dixit un militant rencontré ce soir-là, la candidature de Samir Maizat a ainsi reçu un accueil mitigé. Tantôt critiqués, parfois dénoncés pour leur faible lisibilité politique, les candidats de 100% Aubervilliers ont eu aussi droit aux sourires. Ceux, équivoques, de concurrents conscients que tout est bon à prendre dans l’optique d’un deuxième tour serré.

La candidature citoyenne qu’il porte se veut « la première étape d’un réveil citoyen » à Aubervilliers. Une initiative dont il espère qu’elle « contribuera à faire voter les gens des quartiers », dans une commune où l’abstention atteint des records (53% en 2008). S’il est conscient des difficultés de l’entreprise, Samir Maizat se prend à rêver. « Pourquoi ne pas créer la surprise ? » Dimanche 23 mars,  si elle réalise un bon score, la liste 100% Aubervilliers sera courtisée. Alors, socialistes ou communistes ? « Tout est ouvert, explique Samir de sa voix claire. Nous verrons, ensemble, qui prend le mieux en compte nos propositions et notre démarche. Ce que l’on veut, c’est faire progresser nos idées mais nous sommes prêts à rester indépendants. »

Ilyes Ramdani

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