[#PRESIDENTIELLE2017] Étape à Aulnay-sous-Bois en ce jour de vote pour prendre le pouls auprès des habitants. Beaucoup se disent déçus par la politique, certains votent pour faire barrage au Front National quand d’autres ont perdu espoir. Reportage.

La place du marché grouille de monde en ce dimanche 23 avril à Aulnay-sous-Bois. Il est 13h30, le soleil est à son Zénith, et les commerces aux alentours -cafés, boucheries, boulangerie- affichent complets. Au milieu des étales de fruits, de légumes, de poissons, de poulets et des autres commerçants ambulants, Ahmed confie qu’il ne vote pas. « Je ne me sens représenté par aucun des candidats. (…) Je préfère venir travailler dignement pour gagner ma vie plutôt que de voter pour quelqu’un par défaut« , explique ce vendeur de matelas de 35 ans. Même son de cloche chez Fekhat qui ne cache pas sa déception vis-à-vis des responsables politiques. « Les candidats ne viennent pas nous voir dans nos quartiers pour nous présenter leur programme. On est discriminés sur tout, mis à l’écart. Ils font toujours de belles promesses mais elles ne sont jamais suivies d’actes« , déplore cet agent de sécurité qui va bientôt fêter ses 44 ans.

« J’ai voté blanc, une façon d’éviter d’entendre que dans les banlieues, les habitants sont des flemmards »

Dans la cité des 3000, Hamza, en tenue de sport, coupe de cheveux à la mode et barbe parfaitement taillée, nous fait également part de son dépit. « Je suis déçu par les nombreuses promesses non tenues de François Hollande. Et je ne vois aucun candidat marquer une réelle rupture avec sa politique, notamment sur le plan international« , estime le jeune homme de 22 ans qui a décroché une licence d’histoire à La Sorbonne. « J’ai donc voté blanc. C’est une façon d’éviter d’entendre que dans les banlieues, les habitants sont des flemmards donc ils s’abstiennent« , poursuit-il.

Faire barrage à Marine Le Pen

Quant à ceux qui votent, c’est la nécessité de « faire barrage à Marine Le Pen » et « le devoir citoyen » qui sont souvent mis en avant. Chez beaucoup d’entre eux, l’espoir est incarné par Jean-Luc Mélenchon. « C’est plus un vote contestataire qu’un vote d’adhésion mais, pour moi, Mélenchon est le seul capable de faire bouger les lignes. Si les choses s’étaient bien passées, j’aurais voteéHamon« , déclare Abdoulay Traoré qui admet avoir été influencé par les sondages. Le trentenaire regrette que « la campagne ait été bercée par les affaires, notamment celles impliquant François Fillon, donnant l’impression que les politiques sont tous pourris« .

Les politiques n’aiment les jeunes des quartiers que lorsqu’on est bon dans le sport ou quand on fait rire« 

« Les politiques s’en foutent de nous. Ici, le taux de chômage explose, on a l’impression de payer de plus en plus de taxes. Ils n’aiment les jeunes des quartiers que lorsqu’on est bon dans le sport ou quand on fait rire« , estime un jeune d’une vingtaine d’années qui souhaite garder l’anonymat. Et d’ajouter : « Fillon et Le Pen sont impliqués dans des affaires. Comment peuvent-ils être crédibles ? Comment peuvent-ils nous demander de faire des efforts alors qu’eux mêmes ne sont pas réglos ?« 

À quelques pas du Galion, barre emblématique du quartier, beaucoup d’affiches de candidats ont été arrachées. Ce dimanche après-midi, on ne pouvait apercevoir plus que les visages de Benoît Hamon, Nathalie Arthaud, Jean-Luc Mélenchon et François Asselineau. Signe qu’il reste encore beaucoup à faire pour réconcilier certains habitants d’Aulnay-sous-Bois avec la politique.

Kab NIANG et Kozi PASTAKIA

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