MUNICIPALES 2014. A quelques kilomètres des grands ensembles urbains du Val d’Oise, le grand vert. Genainville et ses 568 âmes s’apprêtent à vivre un second tour chargé.

Lorsque, Parisien, vous parvenez à passer le périph, lorsque le RER vous emporte au loin, à Cergy, lorsque le bus vous dépose à Magny-en-Vexin, et qu’une âme secourable vous emmène jusqu’à Genainville, vous battez enfin une autre campagne. Amis électeurs ennuyés des suffrages métropolitains, vous viendrez ici respirer un autre air. La place du village est bizarrement accueillante et froide. Personne ce matin devant la mairie, du reste fermée le mercredi. Décorée par des plates-bandes de primevères, elle est juste à côté d’une magnifique église. De beaux et vieux immeubles bien entretenus entourent la place. Tout satisferait la vue du touriste randonneur si les trottoirs et les routes n’étaient pas si vétustes.

Je croise le cantonnier du village. « C’est la première fois qu’on a autant de listes. » Il m’explique le désaccord qui, selon lui, a incité certains habitants à monter leur propre liste. Leurs revendications concernent principalement la réfection de la voirie. « Mais c’est des paroles entre eux, ils s’y connaissent mal dans le concret. Une fois qu’ils sont sur la place, ils se grattent la tête et on ne les voit plus. »

Pour 568 habitants, quatre listes ont été présentées aux municipales. « Parce que les gens sont impliqués dans la vie du village », explique une passante. Mais deux seulement sont complètes et, avant même le second tour, la majorité est au maire sortant, Alain Schmit, enseignant au collège. Avec 77% de participation au premier tour, treize membres de sa liste ont été élus à majorité absolue (183 voix). Dimanche prochain, deux derniers conseillers seront choisis parmi les candidats restants.

La serveuse de La table verte, un restaurant sur la place du village, décrit l’impression des habitants. Ils déplorent que la place soit laissée à l’abandon. Ils souhaitent réaménager l’endroit, principal lieu public de cette bourgade. Certains candidats, habitants de longue date, tiennent à l’entretien de Genainville. Intégrée au Parc Naturel Régional du Vexin, la ville doit être rendue suffisamment attrayante.

M. Plovie, retraité, habite un immeuble mitoyen avec le restaurant. Fort de son expérience de trente et un ans dans l’ancien conseil municipal, il a décidé cette année de monter sa propre liste. Selon un opposant, « il a une certaine influence dans le village, entre autres par sa famille qui constitue une part non négligeable des électeurs ». Je l’intercepte à la sortie de son domicile, et il me fait part de sa déception. « Le village est sale et mal entretenu. Le maire sortant passe grâce aux nouveaux habitants, qui sont moins soucieux de ce genre de choses : ils travaillent à Paris, et ne viennent ici que pour dormir. » Il est vrai qu’une grande partie des habitants travaille ailleurs, à Cergy ou à Paris. Certains sont employés à Magny-en-Vexin, la ville la plus proche, mais Genainville même ne compte que de rares entreprises, deux restaurants, des artisans, des agriculteurs. Plusieurs employés du centre équestre viennent d’autres villages, voire d’autres régions.

Les petites rues sont bordées d’anciennes maisons, de grilles et de porches en pierre. Je suis les trottoirs délabrés jusque chez une colistière de M. Schmit, « le maire actuel a consacré deux mandats à redresser les comptes publics. » Ce qui expliquerait la réduction des dépenses publiques, notamment pour les travaux. « Les travaux comme le reste, explique son mari, tout se fait doucement. On est presque en province, ici. » Mon interlocutrice énumère les investissements faits par le maire sortant. Il a fait développer le site archéologique de la commune, un lieu renommé. Pour les plus jeunes, un stade a été aménagé, des activités scolaires mises en place, l’école repeinte, ses cuisines mises aux normes. Elle insiste sur l’excellente gestion menée par le maire sortant, qu’elle décrit comme un « homme intègre et scrupuleux ».

« A Genainville, il ne faut pas parler de politiciens. Quand on s’implique, c’est dans le sens du village. Les gens ont toujours trouvé une écoute à la mairie. C’est pour ça qu’il est passé dès le premier tour, malgré les quatre listes. » Mais dans le village, tous ne sont pas de cet avis. En sortant, je rencontre un habitant qui me décrit le « manque de courage » du maire. « Il évite de prendre des décisions pour complaire à tous. » Plus loin, de retour vers le centre du village, je rencontre Elisabeth Hemmeryckx qui rentre chez elle. Ancienne adjointe du maire actuel, elle est aujourd’hui son adversaire.

Désavouée par une partie des élus pour sa proximité avec le maire socialiste de Magny-en-Vexin, elle dit avoir été victime de propos très violents et « écartée » des décisions. Ici, les élus revendiquent rarement une étiquette politique. « Comme tout le monde se connaît dans le village, il n’y a pas de distance. Pour certains, il n’y a pas de respect. » Lassée des tensions qui la visent depuis une querelle entre élus, elle a fini par monter sa propre liste. Déçue par les résultats du premier tour, elle s’est désistée, mais certains de ses colistiers maintiendront leur candidature.

En sortant de chez la candidate déchue, j’observe d’un autre œil les vieux murs du joli village. « C’est Clochemerle, ici ! », glisse un passant « Et derrière ces bisbilles, on découvre des conflits d’intérêts sur les terres aux alentours… » Mais, passé le premier tour, la pression semble être retombée. Et la tension n’est pas partout la même. Seuls trois visages s’affichent sur les panneaux de la mairie. A la sortie du village, une affiche électorale se dresse, isolée, au bord d’un champ. Luc Devaux, candidat en 2008, se présente aujourd’hui sans colistiers. J’obtiens son numéro par une colistière de M. Schmit. « Je ne suis pas en opposition », répond-t-il, avant d’enchaîner : « La politique ne me passionne pas. Tenir un rôle public, c’est plutôt perdre du temps. J’ai mes propres moyens. Mais j’estime que je peux apporter des choses à la commune ».

Louis Gohin

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