C’est l’histoire d’un homme, ancien petit gros à lunettes qu’on appelait « Flanby ». Un jour, par le vote des Français, il est devenu une « rock » star. Et aussi le Président de la République Française. Au concert de la Bastille. Yannick Noah, Yaël Naïm, Axel Bauer ont beau ambiancer la place, tout le monde n’attend que lui. Même ceux qui n’ont que le mot Mélenchon à la bouche veulent l’entendre. Les autres politiques qui se succèdent, entre les artistes, sont gentiment applaudis et acclamés, surtout Delanoë qui joue à domicile, mais ils sont venus pour lui, surtout et avant tout.

Minuit passé, le doute s’installe. Des étudiantes qui doivent se lever tôt hésitent à louper le dernier métro pour entendre François Hollande. Une quinquagénaire, qui fatigue, propose à son mari de rentrer et de l’écouter à la maison. Puis, soudain, une clameur immense se lève et irrigue toute la Bastille. « Il est là, c’est lui ! ». Sans note et sans pupitre, micro à la main façon chanteur, la voix usée par les meetings, François Hollande entame son discours : « J’ai entendu votre volonté de changement. J’ai entendu votre force. Votre espérance ». Foudre de cris et d’applaudissements.

Sur le Boulevard Bourdon, très eloignée de la scène, une trentenaire à lunettes fashion fixe l’écran géant qu’elle aperçoit au loin. Son nez est enserré entre ses deux mains qu’elle a jointes. Elle l’écoute religieusement, le regard intense. « Je veux aussi vous dire ma fierté d’être le président de la République, de tous les citoyens égaux en droit et en devoir. Ma fierté de la France de la diversité, de l’unité, rassemblée… ». Une explosion de joie parcourt la foule quand il dit encore : « Je suis le président de la jeunesse de France. Je suis le Président de toutes les fiertés de France. Le président de la justice en France ». Puis encore : « Vous êtes bien plus qu’un peuple qui veut changer. Vous êtes déjà un mouvement qui se lève partout en Europe et peut-être dans le monde. »

Et quand il conclut par : « Soyez heureux, soyez fiers, soyez généreux, soyez respectueux. Soyez fiers d’être des citoyens français », tous sont chauffés à blanc pour vibrer sur la Marseillaise. Une fois François Hollande parti, certains se congratulent, d’autres poursuivent la fête avec le groupe Blankass, beaucoup s’en vont mais tous paraissent ivres de bonheur comme saoulés par les paroles d’espoir de leur nouveau champion.

Chloé, 22 ans, en veste bleue et short en jean, étudiante en Sciences politiques, fait partie de ceux qui sont restés en compagnie de ses amis : « Les gens avaient la lueur de l’histoire dans les yeux ! » raconte-t-elle à propos du discours. Évidemment, à la question « Si on vous avait dit, il y a un an que François Hollande deviendrait Président de la République, vous y auriez cru ? », elle répond : « Clairement, non. On partait de loin et quand j’y repense, c’est un parcours tellement beau. Aux primaires d’ailleurs, je n’ai pas voté pour Hollande mais pour Aubry, ce qui prouve qu’il y a eu vraiment un super de travail de fait car même moi, à la fin, j’y croyais ! Ce qui a fait sa victoire, à part la volonté de beaucoup d’en finir avec Sarkozy, c’est sa capacité de rassemblement mais aussi qu’on s’est trompés sur lui car il est meilleur que ce que l’on croyait… Et puis la « Présidence normale »… C’est rassurant aussi de voir qu’on n’a pas besoin d’être un requin agressif et épileptique pour arriver à présider la France. »

Place de la Bastille, beaucoup d’étrangers de passage ou résidant en France sont aussi venus célébrer cette victoire comme ce groupe d’hommes kabyles, très joyeux, ou encore Alex, 26 ans étudiant irlandais en thèse de doctorat travaillant sur l’histoire de la France pendant la première guerre mondiale. Il est à la fête « car c’est aussi un jour important pour la gauche européenne ! En Irlande, on a suivi ces élections et on est attentif sur ce qu’il va faire à propos du nouveau pacte budgétaire européen. En ce moment, il y a une campagne pour un référendum chez nous mais si François Hollande faisait changer ce pacte, il n’y aura plus besoin de le faire… »

Si l’élection de l’ancien maire de Tulle offre à certains de nouvelles perspectives, c’est le destin même de cet homme qui est aussi porteur d’espoir. Quand le 31 mars 2011, il se déclarait candidat à l’élection présidentielle, combien étaient-ils à penser qu’il aurait une chance face au favori de tous les sondages, Dominique Strauss-Kahn ? Ou que « Flanby », sans jamais avoir été ministre, pourrait sérieusement prétendre être le prochain Président de la République ? Lui semble avoir toujours cru en son destin. A la Bastille, c’est pour cet homme, « ce président normal » auquel personne ne croyait il y a encore un an, que la foule a vibré et a levé le poing. Si « Flanby » est bel et bien mort hier soir : un Président de la République est né devant la Colonne de juillet. Et le peuple de la Bastille de croire à nouveau en les chances de son pays comme François Hollande n’a jamais cessé de croire en les siennes.

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Sandrine Dionys

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