Tandis qu’à Marseille, Nicolas Sarkaozy faisait du Marine Le Pen, à Lille, la candidate du FN a plagié Jean-Luc Mélenchon. On l’attendait sur les thèmes de l’immigration et de l’insécurité, Marine Le Pen a préféré axer son discours sur le social et l’économie, fustigeant “le libéralisme” et “la finance mondialisée”.

Sur une terre ouvrière durement touchée par la désindustrialisation et les délocalisations, elle a commencé par évoquer pèle-mêle, “les mines fermées”, “les usines désertées”, “la misère grandissante” et “les chômeurs abandonnés.”

La présidente du FN a tout de même réservé quelques flèches à ses adversaires, à commencer par Nicolas Sarkozy, qui était au même moment en meeting sur la Cannebière. Pour Marine Le Pen, le président sortant est “le candidat des puissants, le candidat de la petite minorité qui profite de la crise.” Les 3 000 militants présents dans la salle étaient exhortés à brandir un carton rouge pour “expulser Nicolas Sarkozy du terrain”.

Carton rouge également pour François Hollande. La candidate FN a rappelé les propos du candidat PS à la presse anglo-saxonne. Dans les colonnes du Guardian, le socialiste vantait la politique libérale de la gauche. “Ne  le sifflez pas. Pour une fois qu’il y en a un qui dit la vérité”, a-t-elle ironisé.

Mais c’est peut-être le leader du Front de gauche qui a été le plus durement attaqué. Pour Marine Le Pen, Jean Luc Mélenchon est “ le meilleur allié de Madame Parisot, l’idiot utile du système. Monsieur Mélenchon croit que  porter une écharpe rouge et imiter Georges Marchais suffiront à sauver le monde ouvrier et l’industrie française ! Mais son appel inévitable et prévisible à voter Hollande lui vaudra une bonne place d’équarrisseur du peuple”

Une diatribe violente qui ne doit rien au hasard. Marine Le Pen dispute l’électorat populaire au candidat du Front de Gauche. “Je suis la voix du peuple” a donc insisté la présidente du FN s’autoproclamant “candidate de la révolte populaire”.

Abandonnant en partie ses cibles habituelles, les  immigrés, elle s’en est prise à Bruxelles, “une maison de servitude qui broie les peuples et conduit les Grecs à l’abattoir”, ainsi qu’aux “banques” et aux “multinationationales”. Face à « une mondialisation mortifère »,  Marine Le Pen a appelée à une “refondation” qui passerait par la mise en place d’un “nouveau Conseil national de la résistance”, et “à un juste partage des sacrifices à consentir pour restaurer la situation de la France”.

Un discours social qui séduit les  plus modestes. Sur le marché de Wazemmes, l’un des quartiers les plus populaires de Lille, Christine, qui a voté Ségolène Royal en 2007, n’exclut pas de donner sa voix à Marine Le Pen : “ C’est une  possibilité. Elle dit de bonnes choses notamment sur les retraites. Il faut préserver les acquis sociaux. Ce n’est pas aux petits de se serrer la ceinture pour les banques.

Les militants du Front de Gauche, qui distribuent des tracts anti-Le Pen relativisent la percée de la candidate frontiste. “C’est surtout un phénomène médiatique. A Strasbourg, elle n’a rassemblé que 2 000 personnes. Mélenchon fait beaucoup plus” explique François. Pour lui, le discours social du FN est une imposture, “il ne faut pas se tromper de vote. Sur la retraite à 60 ans, elle dit tout et son contraire. Elle ne propose rien  contre les cures d’austérité.”

Pas sûr que cela suffise à convaincre l’électorat populaire. Selon les  sondages, Marine Le Pen reste en tête du vote ouvrier. Loin devant Jean-Luc Mélenchon.

Alexandre Devecchio

Photo Patrick Delecroix-La Voix du Nord

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