Quand on se tape 200 kilomètres jusqu’à Lille, obligé d’aller chez nos amis belges. Le peuple du Nord se retrouve souvent de l’un ou de l’autre côté de la frontière, tantôt française, tantôt belge. Direction Mouscron (Moeskron en version néerlandaise), une commune belge située à proximité de Roubaix. Les habitations, pour la plupart des « tchotes maisons » (petite maison en ch’ti) en briques rouge. Derrière la gare, une baraque à frites devant laquelle des clients attendent d’être servis. Les voitures sont pour beaucoup immatriculées 59 (Nord). J’entre dans une pizzeria. Deux clients parlent avec le pizzaïolo.

Que peuvent-ils bien penser des « débats » qui agitent la France ? Certes, ils ont d’autres choses sur le feu, leurs problèmes entre Flamands et Wallons, par exemple. Mais dans cette ville frontalière, les Français sont nombreux, et les Belges francophones sont incollables sur la politique française.

Youssef, fonctionnaire belge âgé d’une quarantaine d’années, la chevelure poivrée ; à côté de lui, Francis, un français de Roubaix, la quarantaine également. « Je pense qu’une certaine communauté doit faire davantage d’efforts pour être acceptée par les autres. Quand on vit dans un pays, il faut y vivre comme les autres », commente Youssef pendant que le pizzaïolo sort ses pizzas fumantes du four. « Moi j’ai vécu à Roubaix avec des Algériens, je ne comprends pas ces gens qui n’arrêtent pas de dire « nique la France » à tout va ! Bah va-t-en si t’es pas content ! », dit Francis qui semble amer en pensant à ce passé. « Mais, ajoute-t-il, faut pas oublier que leurs parents sont venus travailler à la base. On a profité du fait qu’ils étaient mobiles pour reconstruire le pays. » Je laisse les deux compères terminer leur discussion.

Dans la rue, je tombe sur un jeune couple français, venu passer un week-end en amoureux : « L’ambiance est de plus en plus délétère. Je suis inquiète. Avec le coût de la vie, ça devient difficile », dit la jeune femme au bras de son compagnon. Beaucoup de Français de la région viennent passer une soirée ou un week-end à Mouscron pour décompresser. Le lieu est agréable et à proximité de chez eux. D’autres y travaillent comme frontaliers. Une facilité de déplacement qu’offre l’espace Schengen. Pas sûr que la sortie de l’UE que propose le FN plaise à cette population du Nord…

Aladine Zaïane (Mouscron)

Précédent reportage d’Aladine dans le Nord de la France : Marine-ou-le-PS,-vous-pensez-que-ma-vie-va-changer ?

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021