MUNICIPALES 2014. Empalot est un des quartiers populaires de la ville de Toulouse. Proche du Mirail et du centre-ville, il se distingue par sa vie associative très active malgré son isolement. Au centre du quartier, sur la Place commerciale d’Empalot, les habitants témoignent.

Entourée de barres et de tours, la Place commerciale d’Empalot est au cœur du quartier du même nom, à Toulouse. Cinq ou six commerces donnent sur une petite esplanade : quelques arbres, des bancs, une sculpture contemporaine. Quelques habitants du quartier viennent y passer un moment : les plus âgés viennent dès le matin, puis, dans la journée, les plus jeunes investissent les lieux. Ils s’installent sur les bancs, au salon de thé ou bien, de simple passage, fréquentent l’une des boutiques qui longent la Place.

« Empalot, ça n’est pas un ghetto »

La Place scinde le quartier en deux régions. D’un côté, Daste, Le Calvaire, où furent construits les premiers HLM dans les années 1920, où s’élève la plus vieille église de Toulouse (XIIe siècle) et où, plus récemment, fut construite sa première mosquée. De l’autre, Les Mouettes, La Poudrerie, l’ancien site d’AZF. Un habitant, installé au salon de thé, m’explique : « La Place est un lieu de passage et de circulation, mais de chaque côté, ça n’est pas la même ambiance, pas le même village. » Un petit carrefour dans ce qui fut une enclave, et qui reste un quartier à part. « L’urbain ferme le quartier. » Les barres et les tours ceignent Empalot et rendent la circulation compliquée vers le reste de la ville.

« Empalot, ça n’est pas un ghetto », affirme un habitant. « Malgré les difficultés du quartier, nous avons une vie sociale et associative très riche. » Une responsable associative m’explique : « Nous avons moins de problèmes de laïcité qu’ailleurs. Le quartier est moins pris d’assaut par les prosélytes religieux de tous bords qui démarchent sur certains marchés du Mirail. » A la différence du quartier du Mirail, qu’on me décrit sur la Place comme « un dortoir » coupé du centre-ville par la Garonne, Empalot est un quartier dans la ville. « On est à vingt minutes à pied du centre. »

Il est vrai, les chômeurs, ainsi que les familles monoparentales, sont encore en grand nombre. Ceux qui travaillent vont plutôt à l’extérieur. Le quartier a perdu des habitants. Mais les travaux en cours le feront passer de 5685 à 6000 habitants, concentrés sur 41 hectares. Un nouveau centre commercial sera construit, un peu plus loin. L’occasion de se renouveler pour les commerces de la Place. Des logements seront aménagés à leur emplacement actuel. D’après un résident, les habitants soutiennent le Grand Projet de Ville pour la restructuration du quartier.

Avec 80% d’habitat social, Empalot est un ancien quartier ouvrier. La Place a été construite dans les années 1960. Autrefois, elle avait accueilli le premier supermarché de Toulouse. « Les habitants venaient de toute la ville. » Elle était un véritable lieu de passage, au-delà du quartier. La mixité du quartier était meilleure également. Avec le temps, Empalot a connu des difficultés, l’insécurité a augmenté. Il y a dix ans, le quartier avait plutôt mauvaise réputation.

Heureusement, des évolutions ont eu lieu ces dernières années. Au fond de la Place, une maison de quartier est en cours de construction. Et, plus loin, on aperçoit le dernier d’une rangée de quatre immeubles en cours de destruction. « Ces bâtiments sont démolis pour améliorer la circulation. » Les habitants se rendent plus facilement à l’extérieur. L’arrivée du métro, les nouvelles infrastructures ont bien contribué à désenclaver le quartier. La construction d’une médiathèque a fait venir des habitants du reste de la ville. Sur la Place, une passante m’explique : « Ça communique un peu avec les autres quartiers. Quand on est à Daste on va plutôt vers Saint-Michel, quand on est au milieu on reste là, quand on est au fond on va plutôt au centre-ville. »

« Une place pour tous »

Du point de vue de la vie sociale, les médiateurs ont eu un rôle primordial. La présence actuelle de délégués municipaux est également bien appréciée des habitants. Le quartier connaît bien les deux principaux candidats aux municipales : le maire actuel Pierre Cohen fut député de la circonscription, et le candidat UMP et ancien maire de Toulouse Jean-Luc Moudenc, maire de quartier à Empalot.

Surtout, les habitants se sont organisés pour faire avancer les choses. « Ici, ça manifeste, ça prend les choses en main. » La responsable d’une association locale me décrit Empalot comme un quartier familial et militant. « Les habitants sont intéressés, ils sont demandeurs en information, notamment sur les questions d’urbanisme. » Le quartier a une forte culture associative, de solidarité et de défense des services publics. « Empalot, c’est un peu le village gaulois. »

C’est notamment grâce à la mobilisation des habitants que la Place Centrale a pu être réhabilitée. Un petit local donne sur la Place, avec en enseigne : « Une place pour tous ». Je rencontre un responsable, Stéphane, habitant de longue date. Il m’explique l’histoire du lieu. « Une place pour tous » est une structure associative créée dans les années 2000 pour redonner vie à ce lieu désaffecté ; pour offrir, dans tous les sens du terme, une place à chacun. Un collectif citoyen s’était mobilisé et, finalement, avait établi dans ce local un lieu de médiation, d’accueil, d’accompagnement, de discussion favorisant la mixité. Aujourd’hui, il est fréquenté au quotidien par de nombreux habitants.

« Notre démarche est un travail de collaboration. » Stéphane est très actif dans le quartier. Il coordonne un autre collectif, plus ancien : l’Habitat et association solidaire et unie pour réussir Empalot (HASUR). Ce groupe d’habitants a œuvré depuis les années 1980 en lien avec la mairie pour la réhabilitation urbaine du quartier, puis pour le lien social. C’est cette association qui a mis en place « le seul conseil de quartier existant à Toulouse« , pour donner la parole aux habitants.

Elle a milité pour faire venir le métro. Elle travaille à favoriser la mixité et aux échanges entre quartiers. Elle organise des fêtes locales pour valoriser la réussite de ses habitants, tout en renforçant le lien social. « Nous avons plus de difficultés à faire relayer des informations positives par les médias, que des informations négatives. La “Fête de la réussite” permet au contraire de montrer toutes les richesses méconnues qu’on a dans le quartier. »

On serait tenté de voir Empalot comme un exemple pour les autres quartiers populaires. L’action dynamique de ses collectifs et associations les incitera peut-être à se mobiliser. Pour autant, mon interlocuteur met en garde contre tout stéréotype : « J’ai l’impression qu’on demande plus à des habitants de quartiers populaires qu’ailleurs en termes de mobilisation. Dès qu’on ne participe pas, on dit que les habitants se désintéressent. Mais c’est partout pareil. Je ne vois pas plus d’implication par les habitants du centre-ville que dans les quartiers populaires. »

Louis Gohin

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