« Comment ça vous allez pas voir Hollande ? Il y aura Kassav’ bonne ambiance assurée ! ». Le bus 114 est blindé de monde. Mais atteindre le château de Vincennes relève du chemin de croix tant la circulation est dense. Un passager s’écrit avec humour : « Il me met en retard là Hollande. Il va perdre des voix dans le bus avec cette affaire ». Et pourtant, lorsque les portes s’ouvrent, une bonne partie des passagers vient alimenter le flux de partisans qui se dirigent vers l’esplanade du Château de Vincennes.

Un rayon de soleil enveloppe la foule. L’ambiance est festive : raï, merguez et rires d’enfants. Sur la scène, Kassav’ entame son concert. Blagues convenues et sourires écarlates, le meneur annonce l’ambiance : « un dernier morceau avant que le président vienne vous parler ». Mais la foule est conquise. Autour de nous, plusieurs Antillais reprennent en créole les couplets ensoleillés du groupe. « Nou là, toujou là ! C’est ça qu’est la vérité, c’est quand même mieux que Johnny Halliday ». Fou rire général.

L’assemblée est prête, le meeting peut commencer. Mais cinq minutes sont nécessaires pour remplacer les djembés et guitares par une tribune plus « présidentiable ». Najat Belkacem assure la transition pour ne pas faire retomber l’ambiance. « Nous sommes plus de 100 000 et nous donnons les vrais chiffres ! ». La remarque arrache des rires francs à la foule pas dupe.

Alors que Bertrand Delanoë joue son rôle de figure locale de l’étape, un groupe de marseillais donne de la voix : « On a gagné hier au Stade de France, on gagnera le 6 mai avec François Hollande, la gauche va gagner c’est sûr ». Ce Nancéen était au Prado la veille : « Je suis de gauche je vais au meeting des gens de gauche. Mais mon cœur penche plus du coté de M. Hollande ».

C’est alors qu’un groupe de jeunes socialistes entonne de bon cœur le début de l’Internationale. Mais la réaction de la foule n’est pas celle qu’ils espéraient. Scène hallucinante d’un meeting socialiste où le chant historique du socialisme est sifflé et ne tarde pas à déclencher une Marseillaise patriotique et trébuchante en réponse.  « C’est pas cool les gars, vous êtes pas au bon endroit ». « Ah bon, ce n’est pas un meeting socialiste ? » Le clip de campagne de François Hollande vient pourtant calmer les doutes des gauchos de l’assemblée. Mais oui, le candidat s’inscrit dans l’héritage de la révolution de 1789. Oui, il revendique les avancées sociales du gouvernement du Front populaire de 1936. Enfin, il se place dans la lignée du gouvernement de De Gaulle qui a institué la Sécurité Sociale en 1945. De Gaulle comme père de la protection sociale française, pas de doute nous sommes bien dans un meeting socialiste.

Hollande commence enfin son discours. Sous  un vent glacial, une main sur ses notes, l’autre dessinant un ballet aérien, il égrène un discours sans surprise. « Il ne faut pas crier victoire trop tôt ». Et le candidat socialiste d’insister sur la nécessité de se déplacer « dès le 22 avril ». Le candidat déroule ensuite un condensé de ses grandes mesures que la foule applaudit sans excès de ferveur.

Mais la foule réagit parfois à contre-temps. Alors que le candidat cite le bilan du seul président socialiste de la Ve, l’assemblée proteste et hue à pleins poumons. Sur les écrans géants, les sous-titres du discours stipulent que Frédéric Mitterrand serait à l’origine de la retraite à 60 ans.  Après que l’erreur ait été répétée plusieurs fois, c’est une véritable ovation lorsque le responsable se rend compte de sa bourde. Mais sur la scène, le discours continue et dure. Longtemps. Et le froid commence à se faire sentir. Vraiment.

Rémi Hattinguais

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