MUNICIPALES 2014. Et si le candidat venait manger chez vous ? C’est un peu le concept giscardien appliqué au Blanc-Mesnil (93), sauf que l’on appelle cela une réunion d’appartement et que nous sommes en période électorale. Récit.

Les élections municipales de 2008 au Blanc-Mesnil s’étaient jouées dans un mouchoir de poche. Le candidat communiste Didier Mignot s’était détaché de Thierry Meignen (UMP) pour seulement 45 voix. Six ans plus tard, on prend les mêmes et on recommence. Il y a fort à parier qu’entre ces deux hommes l’étau soit toujours aussi serré. Dans la dernière ligne droite, tous leurs soutiens s’activent pour espérer lever les bras le 30 Mars. Des réunions d’appartement sont ainsi organisées pour permettre un échange entre les habitants et le candidat. 

Au Blanc-Mesnil, les élections municipales de 2014 sont sur le devant de la scène. Pour se rendre compte de cette effervescence, il suffit d’être branché sur les réseaux sociaux. Pas moins d’une dizaine de pages et comptes Facebook ont été créés en l’espace de quelques mois. Un Collectif citoyens s’est aussi formé. Il est représenté par quelques fortes personnalités des quartiers populaires de la ville et par plusieurs présidents d’associations connues et reconnues par les Blanc-Mesnilois dont Haïkel Drine qui est le président de l’association Lumière & Couleurs 93 et du Collectif citoyens Blanc-Mesnil.

Insatisfaits de la tournure des événements dans la commune qui les a vu grandir, les membres de ce groupe affichent un soutien indéfectible à Thierry Meignen, président de l’équipe municipale d’opposition, en vue du 23 mars. Pour persuader les habitants qu’il est l’homme de la situation, ils mettent notamment en place des réunions d’appartement durant lesquelles jeunes et moins jeunes peuvent échanger avec le candidat : « Ces discussions sont des forces de propositions très intéressantes et éclairantes pour l’agenda des réformes prioritaires de notre ville et sont vitales pour lutter efficacement contre les préjugés qui entourent les hommes politiques souvent accusés de manier la langue de bois » explique Hayette Hamidi, élève-avocate faisant partie des têtes d’affiche de ce Collectif.

C’est dans la cité du Sous-Coudray que Thierry Meignen, accompagné de trois représentants du Collectif Citoyens, a ouvert le bal de ces rencontres pour l’année 2014. Doucement, mais sûrement, les invités, pour la plupart des mamans, prennent place face à Thierry Meignen, qui avant de se frotter au jeu des questions-réponses, distribue des sourires aux premiers arrivés. Les premières prises de parole ne se font pas attendre. L’hôte, ancienne résidente de la cité Pierre Sémard, se livre tout d’abord sans concession sur les expériences infructueuses qu’elle collectionne au Blanc-Mesnil : « J’ai déchiré ma carte d’adhérente au Parti communiste devant Marie-Georges Buffet il y a deux ans. Quand on a besoin des représentants de la mairie, ils ne sont jamais là. L’hygiène des logements est désastreuse. Il faut qu’il y ait des morts pour que la mairie se bouge… » se plaint-elle.

Cette intervention, pour le moins rugueuse, aura le mérite de décomplexer toutes les femmes présentes autour de la table. Elles expriment tour à tour leurs inquiétudes, principalement relatives à l’avenir de leurs enfants : « Dans cette ville rien n’est fait pour les jeunes » déclare ainsi l’une d’entre elles. Religieusement à l’écoute de chaque mot prononcé, Thierry Meignen réagi : « Nous allons faire comprendre aux jeunes qu’il n’auront plus à faire aux mêmes personnes. L’idée sera de davantage les occuper ». Rassurées par le discours du candidat, les femmes abordent au fur et à mesure de la soirée tous les dossiers brûlants pour savoir de quelle manière il s’en emparerait en cas de victoire le 30 mars.

« On ne se reconnaît plus dans nos propres quartiers »

Parmi les questions qui reviennent inlassablement, il y a l’insécurité. Au Blanc-Mesnil elle est malheureusement omniprésente. Le 5 janvier dernier, à quelques pas de la Cité du Coudray, des cambrioleurs ont forcé la porte d’entrée d’une pharmacie avant de s’emparer du contenu de la caisse. Un fait divers qui s’ajoute aux autres et qui est sur beaucoup de lèvres dans le quartier. Les habitantes sont indignées et le font savoir à Thierry Meignen : « On ne se reconnaît plus dans nos propres quartiers », « les nouveaux habitants sont très agressifs. Il n’y a pas de dialogue avec eux », « les entreprises viennent de moins en moins parce que la ville est mal vue » entend-on aux quatre coins d’un salon de plus en plus animé.

A mi-parcours, une jeune femme d’une vingtaine d’années, très réservée jusqu’alors, décide de sortir de sa coquille en regardant droit dans les yeux Thierry Meignen : « Vous allez peut-être me trouver insolente, mais permettez-moi de vous dire que pour moi la gauche et la droite c’est pareil, c’est à dire tous des escrocs. Quoi qu’on fasse les jeunes seront toujours catégorisés ». Bousculé, malgré le calme olympien conservé par cette étudiante durant son discours, Thierry Meignen revient sur le combat qu’il mène depuis près de six ans. « Après mon échec de 2008 j’étais forcément découragé. Il y a eu deux déclics qui m’ont poussé à continuer. Le premier, c’est Jean-Christophe Lagarde qui me dit  » Ne t’arrêtes pas, la prochaine tu vas la gagner » Le second, c’est de voir tous ces gens issus de l’immigration croire en moi. Mon équipe est composée de toutes les origines ethniques et sociales. Des gens qui ont le cœur à gauche soutiennent mon projet. Nous n’avons pas réellement d’approche politique, nous sommes un groupe ».

Le candidat du Parti des Blanc-Mesnilois manifeste sa volonté de mettre tous « les clivages politiques de côté » pour ne se consacrer qu’à l’avenir d’une ville à laquelle il est « très attaché ». Sceptique pendant une bonne partie de la soirée, Aminata, l’étudiante « insolente » confiera avoir « appris des choses sur lui » et avoir « apprécié cet échange qui était tout sauf un monologue ». Alors qu’on est déjà dans les prolongations de cette soirée partie pour durer encore et encore, deux nouvelles femmes font une entrée en jeu remarquée.

Sans tarder, elles entrent dans le vif du sujet en remettant en cause la qualité des services municipaux : « Il n’y a jamais personne pour nous écouter à la mairie. Nous devons toujours revenir le lendemain même quand il s’agit d’une urgence. Quand notre voisin a tué sa femme et ses enfants avant de mettre fin à ses jours, la mairie ne nous a été d’aucune aide psychologique » confie l’une d’entre elles d’un air totalement désabusé et désespéré en suppliant le candidat Ump Thierry Meignen de « libérer le Blanc-Mesnil en retirant les cadenas qui enferment la ville ». Les autres femmes vont elles aussi lancer leur SOS, que ce soit pour des questions de logements insalubres, de coût de l’eau ou de la cantine dans les établissements scolaires ou de la convivialité à retrouver dans les quartiers. 

Très constructive, cette réunion a commencé le 4 janvier pour ne s’achever que le 5 autour d’une heure du matin ! Force est donc de constater que la mayonnaise a pris entre le candidat et les habitants présents. Certains ont même changé leur fusil d’épaule dans la perspective du 23 mars « Au début je n’allais même pas me présenter au bureau de vote, mais la réunion d’aujourd’hui m’a ouvert les yeux » avoue Aminata au moment de nous quitter. Si des yeux d’habitants s’ouvrent en même temps que la campagne avance, ceux de Didier Mignot et Thierry Meignen sont rivés sur la ligne d’arrivée à franchir le 23 Mars.

Nordine Benali

 

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