MUNICIPALES 2014. Dans l’artère commerçante de la troisième ville la plus peuplée d’Ile-de-France on regrette ces travaux qui embellissent, mais vident de leur substance la vie des commerces de proximité. Récit.

Plein de signes témoignent souvent du fait que les élections municipales approchent à grands pas. Les tracts sur les marchés et dans les boîtes aux lettres, les déplacements du maire ou les rénovations urbaines. A Argenteuil, c’est fin août que les travaux se sont terminés dans une des rues commerçantes du centre-ville : la rue Paul Vaillant Couturier. Et c’est majoritairement les conséquences de ces travaux sur leur chiffre d’affaires que les commerçants évoquent lorsque l’on aborde les prochaines élections municipales.

A la bijouterie, on pensait que ces travaux allaient pourtant aider à redynamiser le centre-ville qui souffre d’une absence de mixité sociale. La bijoutière de la rue l’a constaté « je suis ici depuis 1999 et Argenteuil est une ville mal gérée depuis longtemps, c’est une ville endettée parce qu’il y a eu trop de social. Le mélange social a disparu, j’ai perdu 70% de ma clientèle, avant à Argenteuil, c’était les métiers de bouche maintenant il n’y a plus que des chinoiseries et des kebabs ».

Au salon de coiffure, on se plaint du fait que ces travaux ont fait de la rue, une rue entièrement piétonne empêchant les commerçants de la rue de pouvoir se garer à proximité. « Encore un architecte qui a fait ça de son bureau » soupire le patron du salon qui souhaiterait voir ses charges baisser en contrepartie des mois ou les travaux ont rendu son salon difficile d’accès. D’autant plus qu’avec l’augmentation des impôts locaux, cela se répercute sur sa clientèle, « j’ai vu des clientes en pleurs, paniquées par le montant des impôts cette année ». Son employée, 30 ans, a passé toute sa vie à Argenteuil et comme à la bijouterie, elle regrette que le centre-ville ait perdu sa diversification et a l’impression que la ville se détériore.

Mais si tous deux ne soulèvent pas de problèmes majeurs d’insécurité dans cette rue désormais « jolie », ils regrettent seulement que « les caméras ne voient que les gens qui grillent les feux rouges, pas les dealers ». Si George Mothron, candidat UMP est passé les voir au salon il y a quelques jours, aucune trace du maire Phillippe Doucet et certains le déplorent. Chez l’Etoile d’Or, traiteur à Argenteuil depuis 2009, on se réjouit de pouvoir compter sur sa clientèle d’habitués, mais le chiffre d’affaires a quand même souffert à cause des travaux. « M. Doucet a fait n’importe quoi, et il n’est jamais venu nous voir ».

Pourtant, il a été sollicité par les commerçants. Une pétition a été lancé afin de montrer leur opposition aux travaux qui ont supprimé les places de parking ne permettant plus aux clients pouvoir se garer afin de faire leurs courses dans les commerces de la rue. « Y’a pas de mystère » pour la gérante du taxiphone, « avec le centre commercial dans la rue et son parking souterrain, les gens s’y garent gratuitement pendant deux heures, font leurs courses et repartent, ils ne se promènent plus dans la rue ».

Mais la pétition des commerçants de la rue Paul Vaillant Couturier est restée lettre morte malgré tous les efforts de la pharmacienne qui en est à l’origine. « On a fait cette pétition pour qu’il ne nous retire pas toutes les places, mais on a pas eu de retour, on nous a même enlevé nos places réservées aux handicapés sans compter les problèmes de livraison, ils ont laissé des emplacements, mais comme y’a pas d’autres places les gens s’y garent tout le temps parce que sinon, ils doivent tourner au moins une demi-heure, mais du coup ça y va les PV ».

A la boulangerie « La gerbe d’or » même son de cloche, le chiffre d’affaires aussi a baissé depuis que les gens ne peuvent même plus stationner prendre une baguette, « oui la rue est plus jolie mais je ne vois pas ce qu’il y a derrière et le maire n’est pas venu nous l’expliquer ». A quelques mois des élections, si ces commerçants sont conscients des problèmes ils sont quelques peu résignés et sceptiques quand au fait de voir changer les choses à l’image de la bijoutière « je ne me fais aucune illusion même si parfois je me dis ‘peut-être’, peut-être qu’il y aura du changement ».

Latifa Oulkhouir

 

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