« Aveugle, Arabe et homme politique ça vous étonne ? » Tel est le titre du livre d’entretien d’Hamou Bouakkaz (photo, à droite) avec le journaliste Noël Bouttier. Préfacé par Stéphane Hessel, qui rend hommage à la force de caractère de cet adjoint de la mairie de Paris, ce livre est le témoignage et le l’histoire d’un homme atteint de cécité mais rempli d’ambitions et de convictions. Tout commence en 1964 en Algérie, lorsque ses parents décident d’émigrer en France afin de soigner le jeune Hamou.

Rapidement il se découvre une passion pour la politique et notamment pour le combat visant à reconnaître le droit des handicapés. Du collège au lycée, il se fait remarquer à chaque fois pour ses initiatives, comme celle d’un atelier permettant aux non-voyants de se faire lire les articles de presse au collège. Au lycée, il militera pour l’accès des handicapés aux lieux publics, tels que les gares.

Mais ce livre ne revient pas que sur les problèmes des non-voyants, il parle d’un parcours, celui d’un homme qui s’intéresse au monde. Ayant mené un parcours scolaire exemplaire jusqu’à l’École nationale supérieure des télécommunications, aujourd’hui il joue avec ses handicaps : arabe, si c’en est un, handicapé et volontiers provocateur. Dans son livre Hamou se lâche et tacle les partis politiques qui selon lui ne répondent plus aux attentes de la société.

La religion tient une place importante dans sa quête identitaire, il en parle beaucoup, pourtant il ne se décrit pas comme musulman, il aime à « voguer entre toute les spiritualités ». Attaché à la justice, il dénonce l’hypocrisie sur le dogme de la laïcité. Elle doit être, selon lui, un facteur d’inclusion sociale et non de rejet.

Cet ancien trader au Crédit Lyonnais évoque de nombreux sujets problématiques et au moment d’en parler il tente de retenir les leçons de l’histoire, au gré des citations et des personnalités qui l’ont influencé Hamou. Partout où il passe il mène son combat, de premier aveugle en salle des marchés, à premier délégué syndical aveugle au Crédit Lyonnais, la suite de son engagement est alors logique, avec toujours en toile de fond sa bataille pour la reconnaissance et l’égalité.

Aujourd’hui il est il est adjoint à la démocratie locale et à la vie associative dans l’équipe de Bertrand Delanoë. Sans langue de bois, il garde son esprit critique qui fait sa force lorsqu’il évoque ses engagements aussi bien politiques que professionnels. Au sujet des ministres et responsables issus de la diversité, il considère la gauche comme une droite avec les scrupules en plus, ayant la même approche colonialiste que la droite, en rappelant que tous les ministres et secrétaires d’Etat de la diverstié sont un jour passés par la gauche.

Fustigeant la dictature de la norme, se revendiquant comme arabe, handicapé, il essaye de transformer en réussite et en force ses points faibles. Raconter sa vie, son parcours lui donne du courage. L’amour de ses parents et de son entourage a été pour lui la première des motivations pour réussir et dépasser sa condition.

Fier d’être l’aveugle cultivé, volontiers comique, il dit ne pas oublier que la mission des hommes politiques est de redonner confiance aux gens en impliquant tous les citoyens dans le débat politique. Enfin, selon lui, la seule croisade digne d’être menée est celle contre les préjugés.

Étant peu enclin aux livres d’entretiens, je doit avouer que le parcours d’Hamou Bouakkaz m’a donné des forces, par la fraîcheur de ses propos :  sa guerre contre la dictature de la norme et son combat pour la reconnaissance de l’égalité de chacun quels que soient les handicaps.

Amine Benmouhoub

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