Hier, à Matignon, le premier ministre, a présidé  le comité interministériel des villes (CIV). Résultat : 27 propositions pour les quartiers populaires (emploi, rénovation urbaine, lutte contre les discriminations…) et au final, l’Acsé fusionnera bien avec le SGCIV (Secrétariat général du Comité Interministériel des villes).

Mardi 19 janvier, 11 heures et des poussières, le premier ministre Jean-Marc Ayrault, accompagné de Cécile Duflot (ministre de l’égalité des territoires et du logement) et de François Lamy (ministre délégué à la ville), présente son plan d’action en faveur des quartiers populaires.

Cette série de mesures fait suite à la concertation nationale « quartiers engageons le changement » du 31 octobre 2012 et 31 janvier 2013, plus les quatre « rencontres avis citoyens » qui se sont tenues le mois dernier à Bobigny, Rennes, la Seyne-sur-Mer et Strasbourg  (engagées par François Lamy).

« Je ne suis pas venu présenter un énième plan Marshall pour les banlieues. Les habitants des quartiers n’ont pas besoin d’un plan de sauvetage miraculeux imaginé dans un cénacle ministériel… », estime Jean-Marc Ayrault, sans doute un pic lancé au plan « espoir banlieue », piloté par Fadela Amara sous le quinquennat de Nicolas Sarkozy (dont le bilan laisse à désirer).

Aujourd’hui ce sont 27 propositions qui ont été annoncées. Un clin d’œil au 27ème engagement du candidat Hollande qui stipulait le lancement « d’une nouvelle génération d’opérations de renouvellement urbain, je les compléterai avec des actions de cohésion sociale en lien avec les collectivités et les associations, et je maintiendrai les services publics dans nos banlieues ».

 Ces nouvelles réformes s’articulent autour de cinq grands engagements : « construire ensemble la politique de la ville », « territorialiser les politiques de droit commun », « rénover le cadre de vie », « concentrer les interventions publiques », « lutte contre les discriminations ». Le tout concentré sur le budget du ministère de la ville : 500 millions d’euros. Un chiffre qui parait assez juste pour mener à bien toutes ces réformes.

Des thématiques tels que l’éducation, l’emploi, l’accès aux soins,  le logement sont au cœur des préoccupations des populations résidant dans ces quartiers populaires. Ces 27 mesures annoncées aujourd’hui semblent parfois bien éloignées, voir partiellement en adéquation avec les attentes de ces habitants, notamment sur certains points importants.

La politique de la ville sera cette fois-ci ciblée sur certains territoires. 2 500 quartiers étaient classés prioritaires, « en zone sensible ». Ils ne seront plus que 1 000 quartiers avec ce nouveau plan d’action, défini seulement selon un critère «  la part de population à bas revenus ». La liste de ces quartiers sera fixée en juin prochain, bien que chaque quartier populaire bénéficiera d’un contrat de ville « afin de mobiliser le droit commun et la solidarité locale ».

Concernant l’emploi, le gouvernement met le paquet sur les contrats aidés : 30% des emplois d’avenir en faveur des jeunes qualifiés ou non, en ZUS (et 25% pour les services civiques), objectif de 12% de contrats aidés dans le secteur non marchand pour 2015, expérimentation de 2000 « emplois francs » dans 10 villes pilotes cette année (dont Amiens et Clichy-sous-Bois). « Il s’agit de financer les entreprises qui vont employer un jeune issu des quartiers, diplômé ou pas », par une subvention de 5.000 euros. Malheureusement, en matière d’accès à l’emploi, on retombe toujours sur ce dispositif de contrats aidés, qui peut être bénéfique, mais qui ne permet pas toujours de retrouver un véritable emploi stable par la suite.

L’éducation reste un champ d’action prioritaire. L’accent est mis sur la scolarisation des enfants de 2 ans  et sur la création de postes de professeurs.

La Rénovation urbaine qui a été lancée depuis 10 ans dans l’hexagone est loin d’être achevée: « nous en avons encore pour plusieurs années », a affirmé le premier Ministre, qui promet de lancer une nouvelle génération d’opérations, financées sans interruption d’ici 2014. Le ministre s’engage aussi à favoriser la mixité sociale, l’un des principaux échecs du PRU. Rien non plus sur la conciliation humain et urbain et l’augmentation du prix des loyers, qui demeure une des difficultés principales de certains foyers, notamment en ces temps de crise.

Le secteur associatif, quant à lui, verra ses demandes de subvention simplifiées et un conventionnement pluriannuel pour les appels à projet. Comme le craignait Naima Charaï, présidente de l’Acsé, il y aura fusion avec le SGCIV. Comment l’Etat va-t-il jouer sur la proximité avec les associations ? Qu’adviendra-t-il de l’Acsé suite à cette fusion ?

La création d’entreprises sera soutenue par la banque publique d’investissement (le fonds d’investissement du Qatar pour la création d’entreprises, transformé en fond d’aide aux PME tombe alors aux oubliettes).

Dans ces 27 mesures, Jean-Marc Ayrault prévoit également une « amélioration du lien de confiance police-population » avec le recrutement d’un délégué à la cohésion police-population, l’accès des jeunes de quartiers aux métiers de la sécurité intérieure et le développement d’expérimentation jeune-police. Lorsqu’il était candidat, François Hollande avait promis un dispositif pour lutter contre le contrôle au faciès (avec remise d’une attestation écrite des forces de l’ordre lors d’un contrôle d’identité). Aujourd’hui, la promesse est enterrée.

« Je veux m’adresser aux habitants des quartiers populaires, et leur dire : ce gouvernement ne vous abandonnera pas. Vous êtes une chance pour la France »,  conclue-t-il.

Discours terminé, Jean-Marc s’en va, il n’a pas prévu de répondre aux questions des journalistes… ah si ! Un journaliste l’interpelle sur le quiproquo Fabius-Moscovici concernant les prévisions de croissance pour 2013. Agacement. « Il n’y a pas de cacophonie, c’est vous qui la commentez », et repart sans qu’une autre question puisse lui être posée.

Plusieurs réformes, plan d’action ont été proposés pour venir en aide aux quartiers populaires. La plupart d’entre eux n’ont pas abouti, ou ont été voués à l’échec. Jean-Marc Ayrault promet de réunir le CIV une fois par an. Tiendra-t-il sa promesse ?

 

Imane Youssfi

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