L’information est passée en boucle hier dans les médias, critiquée par l’UMP, jugée par les associations… Bref, la « conférence nationale contre la pauvreté et pour l’inclusion sociale » aura retenue l’attention des Français hier, mardi 11 décembre. Accueillie au Conseil Economique, social et environnemental  en début de matinée, la conférence a tenue en haleine une foule de journalistes attentifs, se déplaçant au moindre faits et gestes de Jean-Marc Ayrault.

Dans son discours dans l’hémicycle du Palais d’Ièna, le Premier ministre énumère ses mesures-phares contre la pauvreté en France. La jeunesse se retrouve au cœur des propositions qui comporte entre autres : la revalorisation du RSA de 10%  d’ici à 2017 (indexation au niveau de l’inflation, lutte contre le non-recours via des campagnes d’information courant 2013 et simplification des démarches administratives), réforme du RSA activité et de la prime pour l’emploi, création de 4 000 nouvelles places dans les centres d’accueil de demandeurs d’asile et 4 000 places d’hébergement d’urgence (pour créer 150 000 logements sociaux par an), création d’une « garantie jeune » qui est un contrat destiné aux jeunes en difficulté d’insertion lequel sera expérimenté sur 10 territoires pendant 6 mois (on ne sait toujours pas lesquels), puis généralisé au niveau national (un contrat d’un an renouvelable pour des jeunes sans aucune qualification, ni aucune activité avec accompagnement dans son projet et propositions régulières de formation…), instauration d’une garantie universelle des risques locatifs et une hausse du plafond de ressources pour accéder à la CMU complémentaire.

L’ensemble de ces réformes devrait coûter près de 2 milliards d’euros sur un quinquennat. Chaque ministre aura une feuille de route à tenir pendant quatre ans et demi. L’accent est mis sur la pauvreté des jeunes, des familles monoparentales et des femmes. Des mesures qui tombent à pic avec la récente étude du secours catholique (Regards sur 10 ans de pauvreté). Cette dernière mettait en avant une féminisation de la pauvreté et son accentuation dans des foyers monoparentaux.

Une conférence de presse suit le discours du premier ministre. Ce dernier est accompagné de Marisol Touraine, ministre des Affaires sociales et de la Santé, et Cécile Duflot, ministre du Logement et de l’Egalité des territoires). Ca se bouscule, les journalistes s’impatientent pour poser une question à Jean-Marc Ayrault.  Les questions concernent essentiellement le coût des mesures, le calendrier.

« Il faut arrêter de saupoudrer partout pareil »

Fin d’après midi : rendez-vous à l’Hôtel Matignon, pour interviewer Jean-Marc Ayrault dans son bureau en compagnie de deux journalistes : Le Mouv’ (Radio France) et M6. Souriant, à l’aise dans son grand bureau de la rue de Varenne, Jean-Marc Ayrault attend patiemment les premières questions. Interrogé sur la « garantie jeune » le premier ministre se veut clair : « les emplois d’avenir, ce n’est pas la même chose que les emplois jeunes de Lionel Jospin. Il y a la volonté de toucher les plus éloignés de l’emploi avec un accompagnement personnalisé, avec une perspective d’emploi ».

Les mesures proposées par le premier ministre se focalisent essentiellement sur les jeunes non diplômés et inoccupés. Quelles solutions alors pour les jeunes diplômés, étudiants et (également les étudiants de plus de 25 ans), également dans une situation de précarité ? «  C’est un vrai sujet. Il faut lutter contre toutes les discriminations, essayer d’accompagner chaque personne, que l’action soit au plus proche, effectuer un travail de terrain » dit-il tout en rappelant la mesure-phare de François Hollande lors de la campagne qu’est le contrat de génération qui permettra « la transmission de savoir » entre un junior et un sénior et promet de « légiférer en janvier ». Justement concernant le contrat de génération, quelle part du budget lui sera consacré ? « Un peu plus d’un milliard d’euros, voir deux, sur deux ans » répond-il.

Interrogé sur les inégalités scolaires au regard du rapport de la Cour des Comptes publié il y a quelques mois (l’Etat investirait beaucoup d’argent plus pour un élève parisien en comparaison à un élève en ZEP. Encore moins pour un élève en zone rurale), Jean-Marc Ayrault mise sur le projet de refondation de l’école avec pour ambition de mettre « plus de moyens en primaire, un suivi personnalisé, l’augmentation de la scolarisation des enfants de 2 ans, la formation des professeurs et concentrer les crédits là où il y en a  le plus besoin ».

Toujours sur la lignée du slogan de François Hollande, Jean-Marc Ayrault conclut cet entretien de la même manière que le slogan de son Président lors de la campagne  « Le changement c’est engager des réformes maintenant pour en percevoir les fruits plus tard ». Toutes ces mesures vont-elles satisfaire les associations et citoyens ?

Imane Youssfi

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