Une pétition est arrivée en début de semaine à l’adresse du bureau de campagne de Ségolène Royal, boulevard Saint-Germain, à Paris. « Oh, vous savez, les pétitions, on en reçoit plein », répond, au téléphone, une dame du staff ségoléniste. Que faut-il comprendre ? Celle dont il est ici question est l’œuvre de Prairial 21. Cette association regroupe des militants et cadres socialistes issus des minorités visibles. Elle s’est illustrée en réclamant puis en obtenant l’exclusion du PS de Georges Frêche, le président de la région Languedoc-Roussillon qui avait traité les Harkis de sous-hommes et qui s’était offusqué de la proportion de joueurs noirs en équipe de France de football.

La pétition de Prairial 21, actuellement en circulation dans toutes les fédérations socialistes, est une lettre en forme d’avertissement à Ségolène Royal. Parmi la centaine de signataires, chiffre provisoire, on trouve, en tête de liste, le nom de Safia Mentalecheta, déléguée nationale du PS à la lutte contre les discriminations et à la citoyenneté. Les pétitionnaires déplorent précisément que le Pacte présidentiel dévoilé à Villepinte ne fasse « aucune proposition » en matière de « lutte contre les discriminations et pour la promotion de l’égalité réelle. »Au sujet des « quartiers populaires », autrement dit des banlieues, Prairial 21 demande à Ségolène Royal de passer de l’incantation au concret. L’association doit se réunir lundi prochain pour inscrire noir sur blanc « dix propositions » dont elle souhaite débattre en vis-à-vis avec la candidate. En l’absence de réponse de sa part, Prairial 21 organisera une conférence de presse.Deux des propositions de l’association pourraient être celles-ci: la mise en place d’un CV anonyme de recrutement et la réservation de 20% des places dans les grandes écoles pour les lycéens venant des ZEP, suivant l’exemple de Sciences Po.

Les auteurs de la lettre à Ségolène Royal se disent par ailleurs « très surpris de découvrir à chaque échéance (présidentielle) de nouvelles personnes issues de la diversité qui disparaissent sitôt les élections passées, comme si on leur avait demandé de jouer pour un temps les utilités publiques. » Sont ici visés certains candidats socialistes aux prochaines législatives, tels Safia Otokoré ou Malek Boutih, « vus à la télé » mais inconnus des électeurs dont ils devront conquérir les suffrages. Prairial 21 insiste ainsi sur la crédibilité, sous-entendu sur le terrain, des militants socialistes issus de la diversité. L’un des pétitionnaires que nous avons interrogé craint fortement que les personnes des minorités visibles pressenties à des postes de candidats aux législatives ne fassent les frais d’alliances électorales du PS avec des partis « amis », aujourd’hui le Mouvement Républicain et citoyen (MRC) de Jean-Pierre Chevènement, demain les Verts de Dominique Voynet. Première victime de ces accords, Mehdi Benhabri, contraint de laisser sa place de candidat suppléant de la 10ème circonscription des Yvelines à un MRC non issu de la diversité.

« Les suppléances sont du ressort départemental, pas du mien », se défend Bruno Leroux, le secrétaire national du PS aux élections. « Par ailleurs, je maintiens ce que j’ai dit jusqu’à présent, à savoir qu’en cas de victoire de Ségolène Royal à la présidentielle, il y aura entre 8 et 12 candidats de la diversité élus à l’Assemblée nationale, plus 3 à 5 suppléants si nous avons un gouvernement de gauche ». Le secrétaire national estime en outre que Ségolène Royal n’a pas fait l’impasse à Villepinte sur les minorités visibles : « Elle a parlé de société métissée et de diversité de la jeunesse. Cela signifie que des mesures concrètes seront entreprises si elle gagne ». Les signataires de Prairial 21, eux, veulent des engagements clairs. Tout de suite.

Antoine Menusier.

Télécharger la pétition. petition_PRAIRIAL21_2.doc

Antoine Menusier

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