[#PRÉSIDENTIELLE2017] Après une petite phase d’effervescence, la stupeur et la consternation ont gagné les têtes des militants et sympathisants socialistes à l’annonce des résultats à la salle de la Mutualité à Paris. Le discours du candidat, quelques minutes plus tard, a été applaudi mais le cœur, forcément, n’était pas à la fête. Reportage. 

À 19 heures, la salle de la Maison de la Mutualité se remplit peu à peu. Ce n’est pas la foule des grand jours mais plusieurs dizaines de militants et sympathisants socialistes, jeunes souvent, sont venus apporter leur soutien à leur candidat, Benoît Hamon et découvrir les résultats du premier tour. L’impression tout de même que les journalistes sont plus nombreux que les militants. Les petits fours ont bien été prévus eux, avec de l’eau plate ou gazeuse, vin blanc ou rouge, jus. Les gorges allaient vite s’assécher. Allait-il y avoir une surprise dans ce même lieu choisi par Benoît Hamon lors de sa victoire à la primaire en janvier dernier ?

« On a fait vraiment une bonne campagne »

Au QG de Benoît Hamon, premier tour de l’élection présidentielle, Maison de la Mutualité, 23 avril, 2017, Paris.

Les militants et sympathisants socialistes interrogés par le Bondy Blog avaient souvent le même discours : le sentiment du travail bien accompli. Sur les écrans géants, les chaines du service public (France 2, Franceinfo) sont privilégiées : les commentateurs s’impatientent du résultat tous comme les militants de la Mutualité. Florian Mazet, jeune militant de 20 ans, ne veut pas se morfondre malgré le résultat. « On a fait vraiment un très beau travail parce qu’on a défendu des idées, des valeurs qui sont chères à notre cœur, c’est-à-dire la transition écologique, le revenu universel », assure l’étudiant en économie à Nanterre. Un avis partagé par Elorie Guyat, lycéenne de 17 ans. « Je suis très fière de la campagne qu’on a faite ». Elle n’a pas voté mais a tenu à militer pour la campagne de Hamon. Une première pour elle.

En discutant un peu plu au fond avec Florian, la satisfaction initiale laisse place aux premiers regrets. « Quand on veut parler de la campagne, globalement, je trouve qu’elle a été quand même parasitée par beaucoup de casseroles, qu’il n’y a pas eu des vrais débats de fond sur ce qu’on voudrait faire de notre société, sur des problèmes importants comme les affaires internationales, l’écologie ». A ses côtés, Jennifer Buckle, sympathisante socialiste de 27 ans, acquiesce. « J’attendais beaucoup plus de ces élections, au vu des questions que notre société se pose en ce moment » . Elle qui fête ses 27 ans ce lundi 24 avril, explique avoir suivi cette campagne de manière lointaine, en raison d’un voyage d’un an à l’étranger. Elle a croisé plusieurs français qui tenaient à s’exiler en raison d’un contexte politique dans lequel ils ne se reconnaissaient pas. « Au lieu d’essayer de se battre en France et de changer les choses, ils ont un peu fui. Et ça m’a donné envie de rentrer parce que je n’avais pas envie d’être comme ça ».

« On prend vraiment une claque »

Au QG de Benoit Hamon, 1er tour de l’élection présidentielle, Maison de la Mutualité, 23 avril 2017,  Paris.

20 heures. Les premières estimations tombent. Les visages d’Emmanuel Macron et de Marine Le Pen apparaissent, qualifiés pour le second tour. Immense vague de consternation dans la foule de militants et sympathisants socialistes. Les images de la soirée électorale du FN à Hénin-Beaumont diffusés à la télé provoquent une bronca chez les militants. Des huées continuent lorsque le sénateur-maire de Lyon, Gérard Collomb, soutien de Macron, apparait à l’écran.

Mais, c’est l’estimation de 6,2% des voix pour Benoît Hamon qui amène une profonde déception. « Je ne m’attendais pas à ce que Emmanuel Macron et Marine Le Pen se retrouvent au second tour et je ne pensais pas que Benoît Hamon n’allait faire que 6% », confie Océane Coutant, étudiante à Sciences Po d’Aix-en-Provence de 25 ans. Il est 20h10 environ quand Benoît Hamon reconnaît sa défaite et la sanction que les électeurs ont infligé à lui et à son parti. Pour la deuxième fois en 15 ans, le Parti socialiste ne sera pas représenté au second tour de la présidentielle. Son niveau de résultat est le plus bas depuis la candidature de Gaston Defferre en 1969, quand le PS s’appelait encore SFIO.

« Encore des querelles de chapelle qui font perdre la gauche »

Revoici Florian qui a perdu sa sérénité. Désormais, c’est l’inquiétude pour les législatives à venir. Il déroule sans discontinuité. « Si on est militant d’un député PS, on va lui dire quoi ? On a fait 6% aujourd’hui ! Benoît Hamon a été trahi par les siens ! On n’arrive pas à maintenir un ordre dans le parti, on peut partir vers En Marche sans être sanctionné. Le parti n’est absolument pas dirigé par Jean-Christophe Cambadélis. Qu’est-ce qu’on peut dire aujourd’hui, à un député, à des gens qui veulent voter pour nous ? On prend vraiment une claque ! »

Sans parler de l’amertume qui l’exprime à l’égard de la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon. « Si on fait l’addition des deux, ça fait 25% et on est au 2ème tour et premiers devant Macron ! Et on élimine Le Pen. Encore des divisions, des querelles de chapelle qui font perdre la gauche, qui nous font perdre, encore une fois. […] France insoumise, ils avaient juste la présidentielle en ligne de mire. Aujourd’hui, ils sont éliminés au premier tour. Qu’est-ce qu’ils vont faire ? Ils n’ont quasiment aucun député », souligne-t-il. « On sait très bien qu’on a subi le vote utile. D’une part, certains vers Macron et d’autres vers Mélenchon », remarque, pour sa part, Elorie, un brin fataliste.

Appel au vote pour Macron

Benoit Hamon, après les résultats du 1er tour de l’élection présidentielle, Maison de la Mutualité, 23 avril 2017, Paris.

Benoît Hamon a appelé ses électeurs à voter Macron sans sourciller pour faire barrage à Le Pen, « ennemie de la République« , selon ses mots instaurant de facto un front républicain. Un message largement entendu dans la salle. « Marine Le Pen est au second tour, je ferai barrage à Marine Le Pen. Ça me fera mal », déplore Jennifer. « Et ça fait mal des fois d’aller voter pour quelqu’un pour faire bloc. Ça me fait un peu c**** de voter peut-être pour quelqu’un pour qui je n’adhère pas » avoue Océane, profondément dépitée par la tournure des événements. « Bien sûr, on va appeler à voter Macron. En face, il y a Le Pen. Ça ne fait pas de débat« , s’exclame brièvement l’eurodéputé Emmanuel Maurel, même si selon lui « le logiciel de Macron est à la fois bonapartiste dans la pratique institutionnelle et libéral sur le fond ».

Unanimité sur le front anti FN ? Non. Certains le refusent. Comme Laurence Nguyen, 50 ans, sympathisante. « Je ne me sens absolument pas concernée. Parce que là, le choix se passe entre un parti de haine et un parti d’escrocs. Donc, Monsanto ou le racisme. Je vais voter blanc tout en sachant que ça n’est même pas reconnu ».

Voilà désormais la salle qui se vide petit à petit de ses militants, laissant majoritairement la place aux journalistes et à certains cadres du PS et de ses alliés, comme par exemple Gilles Seignan, membre d’Europe Ecologie-Les Verts. « On va essayer de travailler à la reconstruction de la gauche et de faire une belle campagne législative digne de ce nom« , explique le candidat EELV dans la deuxième circonscription de Paris en juin prochain. Une campagne qui devra de toute façon poser la question de l’avenir du PS, remis en cause par sa propre défaite et par le score de Jean-Luc Mélenchon (19,62%). « Le PS est un grand cadavre à la renverse » s’exclame, peiné, Gilles Seignan. Pour Emmanuel Maurel, « il va falloir qu’il y ait un dialogue qui s’instaure entre les forces de gauche. Nous, Jean-Luc Mélenchon, les Verts, les communistes, pour essayer de refonder cette gauche qui en a bien besoin ». Ce qui promet d’être bien compliqué, vu la position de fragilité interne au PS. « Je pense qu’on est en situation de crise, que le parti socialiste va imploser. Comment ? Ça, on verra » souligne Jennifer.

Malgré le coup de Trafalgar, les jeunes militants tentent de garder l’espoir pour l’avenir de leur parti. « Le PS qu’on veut aujourd’hui, c’est un PS recentré sur les idées de Benoît Hamon, un parti social-écologiste, un PS plus à gauche. Quitte à ce que certaines personnes partent pour d’autres mouvements comme En Marche », tranche Florian. « Benoît Hamon, même s’il n’est pas parmi les vainqueurs, a posé les bases d’un renouveau pour le socialisme et pour la gauche en France« , avance Marie Dossou, étudiante en droit à Paris 1 Panthéon-Sorbonne. Cette jeune femme de 25 ans a soutenu Hamon pour son « discours envers la jeunesse » à travers son projet de revenu universel. « Aujourd’hui, on va pouvoir le recomposer autour de vraies valeurs de gauche, estime Elorie. Et quand on voit énormément de gens qui ont rejoint Emmanuel Macron, le PS s’est un peu purgé de ces gens-là ». À voir si cela sera suffisant.

Jonathan BAUDOIN

Crédit photo : Camila GARCIA

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021