Benoît Hamon a annoncé quitter le Parti socialiste et créer son nouveau mouvement politique. Critiques envers la politique initiée par le gouvernement, railleries envers ses anciens camarades qui ont rejoint les rangs macronistes, dessin d’un nouvel avenir pour une partie de la gauche, l’ancien candidat à la présidentielle veut montrer que l’opposition doit compter sur lui et ses partisans. 

Sur la pelouse parisienne de Reuilly, une odeur de viande grillée et de frites titille les narines des spectateurs. 11 000 personnes sont debout devant une scène et un écran géant à attendre l’allocution de Benoît Hamon. Ce samedi, l’ancien candidat du Parti socialiste à la présidentielle a lancé son propre mouvement et a lâché une petite bombe politique : « Je quitte le parti ». Après 30 ans de services, l’apparatchik socialiste, pur produit du parti politique décidae enfin de prendre son envol. Il était temps diront certains, tant ses prises de distance avec le parti étaient devenues nombreuses, tant aussi la fracture entre nombreux de ses électeurs et le PS d’aujourd’hui était devenue béante. Le Mouvement du 1er juillet naît donc.

Durant son meeting, c’est un Benoît Hamon revigoré et déterminé qu’on a entendu sur scène. Faisant référence aux figures emblématiques du Parti socialiste, comme Léon Blum, Michel Rocard ou le grand Jaurès dont il dit souhaiter appliquer sa vision de la « République sociale », l’ancien candidat à la présidentielle a multiplié les critiques à l’encontre de la politique d’Emmanuel Macron et du gouvernement d’Édouard Philippe. Avec quatre membres du gouvernement en eaux troubles avec la justice, Benoît Hamon déplore une politique peu fiable, voire invraisemblable, notamment autour des réformes sur le travail alors que la jeunesse française subit la précarité. Pour Hamon, c’est une hérésie ! Non sans une pointe de sarcasme, porté par les rires de la foule, il a élargi la liste de ses déceptions envers d’anciens camarades qui selon lui semblaient être des porteurs de l’étiquette socialiste n’ayant pas hésité à tourner les talons. S’en sont suivis des commentaires sur l’actualité politique disant son horreur face à la présence de 7 députés FN à l’Assemblée, jugeant anormale l’invitation de Donald Trump au défilé du 14 juillet.

« Refaire la Gauche pour être plus cohérents »

L’ancien adhérent du Parti socialiste énumère ses idées pour son nouveau mouvement qui selon lui, répond de manière exacte à ce que devrait être une démocratie pleine et entière. Benoît Hamon se considérant comme « écosocialiste » met un point d’honneur à parler écologie défendant fermement la cause animale. Il aborde également des problématiques liées à la santé. Il ouvre le volet social sur la précarité chez les jeunes, s’indigne face aux maltraitances perpétrées contre les migrants – souvenez-vous d’ailleurs de la lettre ouverte et le pétition au Président initiée par le Bondy Blog signée par 27 000 personnes dont plusieurs personnalités. Benoît Hamon a également insisté sur la lutte contre l’évasion fiscale.

Là en plein milieu de la scène, d’une voix forte Benoît Hamon rassure ses partisans. Ne pouvant s’empêcher d’ironiser sur son ancien confrère et actuel Président Emmanuel Macron. « Emmanuel Macron c’est un Sarkozy décomplexé », lance-t-il entre rires et huées de la foule. Au flou politique, au parti sans parti, Benoît Hamon dit non : « Nous partons peut-être plus légers, moins nombreux, mais nous partons plus cohérents et plus robustes ».

Mais pas question de tout jeter à la poubelle lorsqu’il déclare ne pas vouloir « divorcer du parti socialiste, mais rompre avec la 5ème République ». Une prise de parole accompagnée de nombreux cris de joie des 11 000 personnes venues voir ce qui pourrait s’apparenter pour certains à la renaissance d’une partie de la gauche galvanisés par les nombreuses référence à la Grèce antique utilisés par Benoît Hamon dans son discours.

Quel avenir pour ce mouvement dans les prochains mois ? Benoît Hamon va-t-il réussir le pari de faire adhérer les déçus du PS, celles et ceux qui se sont sentis trahis ces dernières années ? Son seul mandat de conseiller régional d’Île-de-France va-t-il suffire à à réunir autour de lui ? Va-t-il faire de son nouveau mouvement une force d’opposition à la politique du gouvernement alors que la France insoumise de Jean-Luc Mélenchon souhaite l’incarner notamment à l’Assemblée ? Sans compter sur ses camarades et femmes socialistes Martine Aubry, Anne Hidalgo et Christiane Taubira qui ont, elles aussi, lancé leur propre mouvement « Dès demain ». L’actualité politique des toutes prochaines semaines avec les réformes sur le travail devraient donner un début de réponse.

Ferial LATRECHE

Crédit photo : Antoine Garanto

Articles liés

  • Le problème Roussel des élus des quartiers populaires

    Dans l’ancienne banlieue rouge, les élus locaux du PCF sont légion à serrer les dents face aux sorties réactionnaires de leur secrétaire national. L’omniprésence médiatique de Fabien Roussel et son éloignement manifeste des fondamentaux du parti commencent à être ouvertement critiqués. (Un article d'abord publié chez Mediapart, dans le cadre de notre partenariat).

    Par Héléna Berkaoui, Olorin Maquindus
    Le 04/10/2022
  • Gérald Darmanin à Mayotte : face à la détresse sociale, la répression comme seule réponse

    Lors d’une visite à Mayotte, Gérald Darmanin, ministre de l’Intérieur et des Outre-mer, a annoncé la couleur du quinquennat à venir. Restriction du droit du sol, enfermement d’enfants encadrés par des militaires et armement de la police comme seules réponses face à la montée de la violence dans le département le plus pauvre de France. Joao Gabriel, doctorant en histoire, et Bastua Soimadoune, militante mahoraise, analysent, pour le Bondy Blog, ces annonces.

    Par Anissa Rami
    Le 05/09/2022
  • Alter-votants : remettre le droit de vote des étrangers au cœur du débat public

    #BestofBB En France, les droits des étrangers s’arrêtent à la porte des bureaux de vote. Pour lutter contre ce péril démocratique, la plateforme Alter-votants a vu le jour en 2016, pour mettre en relation des votant·e·s français·e·s avec des personnes étrangères. L'idée : faire entendre la voix de tous les résident·e·s en France et remettre au cœur du débat le droit de vote des étrangers, promis depuis bientôt 50 ans sans jamais être acté.

    Par Margaux Dzuilka, Emilie Duhamel
    Le 01/09/2022