« Le départ de l’une n’entraînera pas le départ de l’autre. » C’est ainsi qu’on commentait ce matin, chez Fadela Amara, au secrétariat d’Etat à la ville, les doutes exprimés par la ministre du logement Christine Boutin dans une interview au quotidien La Croix, sur un sujet de plus en plus chaud à mesure qu’il se refroidit : le plan banlieues.

Qu’a voulu dire le collaborateur de la secrétaire d’Etat ? Que l’éventuelle démission du gouvernement de Christine Boutin, au lendemain des municipales de mars, à la faveur d’un possible remaniement, ne provoquerait pas nécessairement la chute de Fadela Amara. A moins qu’il n’ait voulu dire l’inverse. Bref, les destins de l’une et de l’autre ne sont pas liés.

On avait cru le comprendre. Plutôt silencieuse jusqu’ici sur les activités de la secrétaire d’Etat, dont elle est la ministre de tutelle, la patronne du logement s’est soudain souvenue, à huit jours de l’annonce prévue des grandes lignes du plan banlieues à Vaulx-en-Velin, qu’il y avait un super projet en préparation. C’est un peu tard pour critiquer. Mais mieux vaut tard que jamais, s’est sans doute dit Christine Boutin. Des fois que le plan foire…

En gros, Amara et Boutin font le même constat sur les banlieues. Mais la ministre du logement veut faire croire que les solutions qu’elle propose ne sont pas celles de la secrétaire d’Etat. Elle déclare à La Croix : « Le plan Egalité des chances de Fadela Amara est centré sur les banlieues. Moi, je crois en la réponse beaucoup plus globale d’une nouvelle politique de la ville. On ne résoudra pas les problèmes des quartiers par un énième plan qui se résumerait à leur donner encore plus de moyens, mais par le désenclavement physique, culturel, psychologique, économique des quartiers, en recréant du lien entre tous les espaces de la ville. Je ne crois pas en un plan banlieues, mais en une autre politique de la ville. »

Dieu que c’est contourné ! Le comble, c’est que Fadela Amara partage certainement l’analyse de Christine Boutin, sauf que l’une dit « plan banlieues » et l’autre « politique de la ville ». En d’autres termes, c’est le mot « banlieues » qui ne passe chez la ministre du logement. Elle n’est pas la seule au gouvernement à redouter la réaction des « Français » lorsqu’on leur annoncera qu’il faut débourser des milliards d’euros pour les « cités ». Quoi, encore ? rouspèteront-ils.

Avant les municipales, les partis font de froids calculs : qui nous fera gagner ? se demande l’UMP. Les habitants des banlieues, qui ont massivement voté en faveur de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle ? Il y a peu de chances. Alors, Fadela, vas-y tout doux sur les milliards promis aux banlieues. Un bon discours sur la civilisation fera l’affaire…

Rachid Kaci, conseiller à la présidence de la République sur les questions de diversité et tête de liste UMP à Nanterre, pense que les Français seraient d’accord de payer chers pour les banlieues, pourvu qu’on leur présente des mesures nouvelles. « Cela fait trente ans qu’on tente de résoudre les problèmes en se reposant sur les associations, dit-il. Ce n’est pas la bonne solution. Il faut traiter avec des professionnels : chefs d’entreprise, enseignants, police, ANPE, etc. Des professionnels qui aient des comptes à rendre. » Là encore, on ignore ce que Fadela Amara annoncera, mais il serait étonnant qu’elle n’ait pas en partie fait sien le constat de Rachid Kaci.

Le secrétariat de Fadela Amara dit tenir le cap. Aujourd’hui, après les déclarations de Christine Boutin; comme hier, après celles du chef de l’Etat qui affirmait que l’annonce du plan banlieues serait reportée à février, à une date encore inconnue. « Nous irons le 22 janvier à Vaux-en-Velin présenter les grandes lignes du plan banlieues, explique-t-on. Nous n’excluons pas la présence du président Nicolas Sarkozy. Nous espérons qu’il viendra. Il y aura ce jour-là un forum associatif et une remontée des rencontres territoriales effectuées de septembre à novembre. » Forum associatif ? Et si Fadela Amara était de gauche ?

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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