Secrétaire national du Parti socialiste chargé des élections, Bruno Leroux est l’homme clé de la désignation des têtes de liste aux élections municipales de mars prochain. La question doit être débattue ce mercredi, à Paris, au sein de la commission électorale du PS. En France, aujourd’hui, il n’y a pas, sinon extrêmement peu, de maires issus de l’immigration maghrébine ou subsaharienne. Bruno Leroux affirme que des efforts seront entrepris pour faciliter la désignation comme têtes de liste, et donc possibles futurs maires, de militants de cette diversité-là. Il leur demande d’aller à lui pour se faire connaître. Le secrétaire national règle par ailleurs ses comptes avec « certains membres » de l’association socialiste Prairial 21, qui ont fait de la représentation de la diversité en politique leur cheval de bataille et qu’il accuse de tenir des « discussions de salon« .

La place de la diversité sur les listes aux élections municipales de 2008 est-elle un thème d’actualité au Parti socialiste ?

Ce n’est pas un thème c’est une volonté. Il n’y a aucune raison, à l’occasion des municipales, de ne pas poursuivre nos efforts consistant à mieux représenter la diversité, comme nous l’avons fait aux régionales de 2004 et comme nous avons tenté de le faire aux législatives de 2007.

 Y a-t-il au PS une structure chargée d’accomplir cet effort ?

C’est la commission électorale, qui va travailler avec les élus locaux sur cet objectif.

Pas même une sous-commission ?

Non, il y a un secrétaire national chargé de la diversité au PS, Faouzi Lamdaoui (candidat battu par son adversaire UMP aux dernières législatives dans la circonscription d’Argenteuil, ndlr).

Quelle est sa mission ? 

C’est à lui qu’il faut le demander. Moi, ma mission, c’est de faire en sorte que sur les listes, il puisse y avoir toute la diversité de ce qu’est le Parti socialiste et de ce qu’est la société. Faouzi Lamdaoui va forcément m’aider en disant où se situent les problèmes pour que je puisse les traiter.

Pour les municipales, le PS se contentera-t-il de remplir des listes avec des militants de la diversité ou désignera-t-il parmi eux des têtes listes, pouvant devenir maires ?

Il va y avoir de tout. Il faut se référer à ce qu’on a pu faire sur des scrutins de listes. En 2004, nous avons eu 32 élus de la diversité dans les régions, dont trois vice-présidents. On va essayer de faire la même chose.

Aujourd’hui, en France, à notre connaissance, il n’y a pas de maires, sinon très peu, issu de la diversité maghrébine ou subsaharienne. 

Je ne sais pas, je ne tiens pas ce genre de comptabilité, mais il y en a certainement qui la tiennent. Vous devez sûrement avoir la réponse.

Il y a, en France et au PS, ce refus apparent d’un décompte des militants et des élus politiques sur une base ethnique. D’où le reproche adressée à la direction du parti, par des militants socialistes d’origines maghrébine et subsaharienne, de s’abriter derrière le politiquement correct pour ne pas avoir à empoigner le problème de la sous-représentation de ces origines au sein du PS. 

Allez chercher un autre parti qui ait plus de 30 conseillers régionaux issus de la diversité et où il y avait 20 candidats de la diversité aux législatives. On peut être non pas dans la comptabilité mais dans des efforts très concrets. Et on va les poursuivre.

Savez-vous combien il y a aujourd’hui de conseillers municipaux issus de la diversité puisque vous savez combien il y en a dans les conseils régionaux ? 

Non. Je ne veux pas rentrer là-dedans. Est-ce que dans le Nord de la France, on considère que des élus dont les parents sont d’origine polonaise appartiennent à la diversité ?

Parlons alors de la diversité issue du Maghreb et d’Afrique noire, qui n’est pas représentée en politique autant que la diversité arménienne, italienne, portugaise, espagnole, polonaise.

Je vous le répète: trouvez aujourd’hui en France un parti qui compte 32 conseillers régionaux issus de la diversité maghrébine et africaine.

Le PS a-t-il le souci de ne pas dilapider les électorats d’origine maghrébine et noire africaine des banlieues qui ont voté massivement en faveur de Ségolène Royal au premier tour de la présidentielle ? 

Nous avons le souci de conserver l’électorat et même de le voir grossir. L’un de nos défis dans la constitution des listes municipales est d’y voir figurer cet électorat. Il faudra regarder avec attention la volonté des maires sortants dans les banlieues autour de Marseille, Paris, Lille, Lyon.

Y aura-t-il cette fois-ci un nombre élevé de têtes de listes issues de l’immigration nord-africaine et subsaharienne ? 

Je préfère poser la question dans un sens différent. Pour être tête de liste, généralement, il faut avoir milité localement. On n’est pas tête de liste en arrivant de nulle part. Je vais proposer mercredi (aujourd’hui, ndlr), devant la commission électorale du parti, de faire le recensement de tous les camarades qui prétendent à être tête de liste. Nous verrons comment faire pour les aider dans leur ambition.

« Les » ? Ceux issus de l’immigration ou ceux qui sont déjà en place ? 

Si, à cette occasion, nous faisons une comptabilité des personnes issues de l’immigration, c’est pour les aider, elles.

Va-t-on vers des arbitrages douloureux entre sortants et prétendants ? 

Ce n’est pas forcément comme cela que les choses vont se passer. Pour être tête de liste, il faut soit avoir été candidat aux législatives, soit avoir milité localement, soit avoir déjà des responsabilités dans une équipe municipale. Mon objectif, c’est d’avoir des maires issus de l’immigration partout où ce sera possible, mais surtout d’avoir des élus issus de l’immigration bien plus nombreux qu’aujourd’hui dans des conseils municipaux.

A Paris même, il y a des arrondissements avec une forte population issue de l’immigration, le 18e, par exemple. Peut-on imaginer une tête de liste de la diversité noire ou maghrébine à la place, par exemple, de Daniel Vaillant, ancien ministre, maire socialiste en poste depuis 1995 ?

Qui me proposez-vous comme tête de liste à la place de Daniel Vaillant ?

Je n’ai pas de nom.

Alors là, c’est dommage. J’étais prêt à vous répondre « oui » tout de suite, mais vous n’avez personne à mettre, là. Je souhaite qu’on soit dans la réalité des choses et qu’on me dise que dans tel endroit il y a telle personne de la diversité, reconnue pour son engagement militant et politique, mais qui aujourd’hui n’est pas le baron local et qui a des difficultés à s’implanter. Alors là, ça devient un cas de figure intéressant.

Y a-t-il en France un candidat de la diversité assuré d’être tête de liste ?

Il y en a un, Faouzi Lamdaoui, à Argenteuil. Il a fait un bon résultat aux législatives et c’est le seul militant issu de l’immigration qui m’en ait fait la demande jusqu’ici. Parce que lui, il a eu le courage de venir me voir.

Pour être un peu trivial, est-ce que ces questions de diversité vous gonflent ?

Non, ces questions-là ne me gonflent pas, ce sont les questions des journalistes qui me gonflent sur ces choses-là. Il y a à côté de cela, au PS, un certain nombre de gens qui n’ont pas de responsabilités politiques sur le terrain et qui trustent les médias en leur disant « ça va pas pour nous, ça va pas pour nous », alors qu’en dehors de deux ou trois discussions de salon, on ne les voit pas beaucoup.

Vous faites allusion à Prairial 21 ?

Je fais allusion à certaines personnes de Prairial 21, bien entendu.

Propos recueillis par Antoine Menusier

Articles liés

  • Au NPA : « on n’est pas idéalistes, on est révolutionnaires »

    Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait donné rendez-vous à ses soutiens dans le 20ème arrondissement de Paris, jeudi 21 octobre 2021. Enflammés par des slogans de manifestation, les jeunes militants du parti prônent l'utilité des "petites luttes" du quotidien, plutôt que le vote utile, déjà dans toutes les têtes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 22/10/2021
  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021