« Je veux parler au nom du peuple de Calais ». Le discours est rôdé, c’est celui d’un Calaisien de 20 ans, Kevin Reche, à la tête de Sauvons Calais. Un collectif d’extrême-droite devenu célèbre après la manifestation anti-migrants du 7 septembre. Croix celtiques et bras tendus faisaient partie du cortège. En plus des cris de haine contre les étrangers, les quelques 300 néonazis réunis sur le parvis de l’hôtel de ville ont pu écouter les discours xénophobes de Thomas Joly, secrétaire général du Parti de la France (fondé par l’ex-FN Carl Lang), et d’Yvan Benedetti, exclu du FN après s’être revendiqué «antisioniste, antisémite et antijuif ».

La plupart des nationalistes présents venaient de la région parisienne. Le leader du groupe, Kevin Reche, revendiquait lui 400 à 500 participants. « Trois quarts des Calaisiens en ont marre de l’immigration mais ne le disent pas parce qu’ils ont peur. Avant ils se plaignaient chacun de leur côté, j’ai fait le collectif pour qu’ils se plaignent tous au même endroit » explique le jeune homme, en blouson bleu marine, intérieur écossais. Plus de 8 000 personnes suivent la page Facebook de l’association. Son slogan : « Jamais la voix du peuple ne sera illégale ». Selon Kevin, le collectif est ouvert à tous : « N’importe qui peut nous rejoindre. On est comme le McDo, ‘venez comme vous êtes !’ ». Tout le monde, vraiment ? « Et donc moi par exemple, je peux ? ».« Oui. Euh… Enfin, faut voir. Ça dépend », balbutie-t-il, gêné.

Les racailles et les traîtres

Le jeune Calaisien se défend de faire de la politique bien qu’il se dise personnellement proche du Parti de la France. Sur une photo qui circule sur le web, il apparaît aux côtés de Marine Le Pen. Plus gênant encore, sur une autre photo, il s’affiche torse nu sur lequel est tatoué un symbole ressemblant étrangement à une croix gammée. Il qualifie les migrants de « racailles ». Mais pire que les exilés à ses yeux, il y a les associations pro-migrants, « ces traîtres qui incitent les clandestins à s’installer à Calais, ils entretiennent leurs illusions de passer en Grande-Bretagne ». 1 500 réfugiés, contre 400 il y a quelques mois, en provenance d’Afrique de l’Est surtout, errent à Calais dans l’espoir de gagner l’Angleterre. « Le dialogue n’est plus possible avec eux, surenchérit Kevin Reche, faut cesser de parler, faut agir ».

La solution du jeune Calaisien : « ouvrir un centre de rétention qui concentrera tous les migrants puis les expulser ». Le centre sera évidemment financé par les associations qui viennent en aide aux migrants, « parce que c’est pas aux Calaisiens de payer ». En attendant, Kevin Reche a lancé un appel à candidatures pour monter un service d’ordre (intitulé SSE pour Service Sécurité Encadrement). On peut lire sur le site internet de Sauvons Calais que son but est de « gérer les différents événements que le collectif organise, veiller à la bonne tenue des participants lors des manifestations mais aussi à la sécurité de ceux-ci ». Résultats des courses : 42 candidatures reçues, 28 retenues. Ce dimanche 21 septembre, il organise une revue des troupes devant la mairie de Calais. Sur les « dizaines de sympathisants » annoncés, seules six personnes se pointent au rendez-vous.

La porte ouverte aux discours racistes

Les militants associatifs du Calaisis sont unanimes : les néonazis ont installé un climat délétère dans la ville. Selon Philippe Wannesson, auteur du blog Passeurs d’hospitalités, « les réactions de rejet se sont cristallisées avec l’arrivée du collectif d’extrême droite. En plus des discours de haine, les anti-migrants essayent de nous intimider en nous suivant en voiture et en nous insultant ». Pire, « ils n’hésitent plus à agresser physiquement les militants des associations de défense des exilés. C’est le cas d’une bénévole de 15 ans, menacée et frappée devant son lycée par plusieurs néonazis ». Pour Nan Suel, co-présidente de l’association Terre d’errance, « Le collectif a ouvert la porte aux discours racistes. Sauvons Calais a libéré la parole xénophobe, ses membres incitent à la haine et appellent aux meurtres ».

Depuis la manifestation du 7 septembre, 12 plaintes ont été déposées par la section Calais du PS, SOS Racisme et l’association Calais Ouverture Humanité. Le collectif Sauvons Calais fait l’objet d’une enquête pour propos racistes et incitation à la haine raciale.

Leïla Khouiel

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