Il y a en quantité non négligeable, des Français d’origine asiatique qui sont prêts à voter pour la candidate frontiste. J’ai pu recueillir les confidences de ces électeurs. Sans l’aide de mon faciès, elles ne se seraient pas confiées. Leur leitmotiv : l’exaspération et l’insécurité. De plus l’effet « Marine » à un impact plus positif que l’effet « Jean-Marie » pour elles.

C’est le cas de Mony*, un commerçant de 45 ans, d’origine chinoise Teochew (des Chinois qui viennent de l’Asie du Sud-Est), naturalisé français il y a plus de vingt ans. Habituellement il ne vote pas, la politique ce n’est pas son trip. Lui pense plutôt à faire sa vie entre son boulot et les bars PMU. Sauf que cette année, Mony « pense » qu’il va voter. Et il sait déjà pour qui : « Marine Le Pen est moins effrayante que son père. Jamais je n’aurais pu voter pour lui. Si je vais voter pour la première fois cette année, c’est que j’en ai marre de la délinquance. Je me suis déjà fait agresser plusieurs fois par des Noirs et des Arabes et j’en peux plus ».

Il se remémore sa dernière agression en décembre dernier : « J’étais dans l’épicerie d’un ami, quand ils sont entrés dans le magasin pour prendre à boire. Déjà, ils sont rentrés en faisant plein de bruit, et ensuite j’en ai vu un mettre quelque chose dans ses poches. Je lui ai demandé de me montrer ses poches mais lui et ses copains m’ont insulté. Ensuite ils sont partis en courant et au passage il y en a un qui m’a mis un gros coup de pied au dos et je suis tombé par terre. J’en ai marre de les voir faire leurs conneries et embêter les gens. Il faut faire quelque chose sinon ça va être pire ». Pour lui, Marine Le Pen « ce sera toujours mieux que Sarkozy en matière de sécurité ». Même s’il ne connaît pas du tout son programme et qu’il ne suit pas ses meetings.

Primo-votant, Kevin, 19 ans d’origine laotienne, veut aussi voter Marine Le Pen pour « qu’elle fasse quelque chose contre l’insécurité ». Il ne croit pas aux discours de la gauche en matière de lutte contre la délinquance, ni même à celui de l’UMP. « C’est clair que ça me fait bizarre de voter pour elle alors que je suis Asiatique, mais je crois que c’est la seule qui peut faire un truc contre l’insécurité. Il y a deux ans, je me suis fait agressé par des mecs à la gare de Châtelet. Je ne suis pas raciste mais j’en ai marre de toujours voir des renois et des rebeus  foutre la merde comme ça. Avant quand j’habitais en cité à Torcy je jouais avec tout le monde quand j’étais petit. Mais en grandissant j’ai commencé à comprendre ce que c’était la délinquance, les incivilités, les agressions… Bien sûr que tous les Africains ne sont pas des délinquants, mais… » Il réfléchit. « Si on ne peut pas dénoncer ça, qu’est ce qu’on fait ? On ferme notre gueule et on déménage ? »

Il confesse dans la foulé que « beaucoup de mes amis, Asiatiques ou pas, pensent comme moi », mais il ne sait pas si eux voteront FN. Il réfute aussi, de manière vive, toute idée de racisme de sa part : « C’est même pas une question de racisme. Je suis ouvert avec tout le monde… » Puis il dégaine le traditionnel « j’ai pleins de potes renois »… Un peu gêné de s’être confié, Kévin semble aussi débarrassé d’avoir ainsi pu libérer sa parole.

Ce n’est pas sans rappeler la manifestation de la communauté chinoise de Paris l’an dernier dénonçant l’insécurité dont elle se disait victime. Les mêmes propos ressortaient de la bouche des protagonistes. Dans la communauté Khmer, notamment dans mon entourage familial, je peux aussi retrouver la même rengaine. J’ignore si y a des sympathisants frontistes, mais je n’en serais pas surpris. De là à dire que tous les Asiatiques de France voteront Le Pen, il y a un pas. Elle ne vote pas comme un seul homme. Comme aucune communauté d’ailleurs.

Prosith Kong

*Prénom modifié

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