Au lycée du Blanc, les élèves n’ont pas l’intention de passer leur tour aux élections présidentielles. «Pour une fois qu’on peut s’exprimer», s’exclame Amélie en faisant la moue, pas question de passer son tour. Agés de 18 ans, ils mettront pour la première fois leur bulletin dans l’urne en avril. Loin des préjugés, à la campagne, on a ses idées sur les élections présidentielles. Aucune raison de rester en retrait même si la politisation est limitée dans ce lycée de campagne de moins de 500 élèves : pas de cours d’éducation politique, pas de syndicat de lycéens, pas de permanence politique… Amélie, en terminale scientifique, explique que la présidentielle est un sujet de discussion entre les lycéens même si parfois cela favorise les tensions.

Leurs préoccupations principales ? « Que l’hôpital du Blanc et que les écoles ne ferment pas, que l’on soit moins nombreux dans les classes » explique Allison, 18 ans en terminale scientifique. L’année dernière, ils étaient 36 élèves dans sa classe, cette année 34, « c’est beaucoup trop pour travailler correctement ». La jeune fille explique que Bayrou a un projet intéressant pour les lycéens la « terminale d’excellence ». Cette filière permettrait de mixer les programmes des filières littéraires et scientifiques pour les meilleurs élèves ce qui permettrait d’ « ouvrir à plus de métiers » et parce qu’à 15 ans, en seconde, « on n’a pas vraiment l’âge pour choisir son avenir ».

« Il ne disait pas grand chose de vrai »

Dans cette petite ville de 7 000 habitants que longe calmement la Creuse, la vie est paisible, trop paisible pour la plupart de ces jeunes. « Au Blanc y a rien à faire », raconte Amélie « pour sortir il faut faire 20 km au moins ». Pour elle, c’est un problème de politique locale, c’est à la mairie et à la communauté de commune d’agir et non aux hommes politiques nationaux. De ces élections, elle attend une « meilleure situation financière » et du « travail pour les jeunes ». Elle souhaiterait trouver un « job étudiant » mais pour ça « il faut aller à Tours ou à Châteauroux ». Impossible donc de commencer à prendre son indépendance ici.

Guillaume, en term S aussi, est tenté par le centre de François Bayrou : «Ses idées me semblent proches du milieu rural. En tout cas, réalisables pas comme certains». Beaucoup sont d’accord avec lui. Très pragmatiques, les jeunes comme Guillaume ou comme Allison estiment que les projets sont trop ambitieux ou trop loin de leurs réalités : «J’ai écouté François Hollande au 20h00 et il ne disait pas grand chose de vrai».

Un besoin de perspectives

De manière générale, les lycéens blancois se sentent éloignés de tout. Au Lycée Pasteur, après le bac seuls quelques BTS et  l’Ecole d’infirmière existent. Pas de quoi satisfaire les ambitions de tous. Les premières universités sont à 60 km (Châteauroux, Poitiers) ce qui entraîne des difficultés pratiques et financières. Le Conseil général de l’Indre, l’un des plus pauvre de France, propose une bourse annuelle de 150 euro. Ici, pas de classe « spéciale » pour aider les jeunes Berrichons  à intégrer les grandes écoles et les prépas prestigieuses. Seule compte la motivation. Pas vraiment un problème pour Amélie : « C’est vrai que les hommes politiques regardent plutôt vers la ville (… ) mais les profs nous préparent c’est juste une question de volonté. »

Une motivation très souvent élimée par les contraintes pratiques (distance des centres de formation, prix, manque d’informations) mais aussi par beaucoup de censure sociale. Le « ce n’est pas pour moi » est encore très présent. Des valeurs que l’école républicaine n’a pas encore totalement intégrées. Les filières courtes comme les BTS ou les filières professionnelles sont souvent préférées aux cursus universitaires  longs et sans débouchés concrets sur le temps court. Les questions de formation et d’emploi préoccupent beaucoup les lycéens ruraux dans ce département où le chômage chez les jeunes est élevé. Des thématiques qu’ils guettent donc chez les candidats et qui feront sans doute la différence dans leur choix du 22 avril.

Charlotte Cosset

Articles liés

  • A la recherche des 500 signatures pour Anasse Kazib

    La course à la présidentielle passe nécessairement par l'étape des 500 signatures de parrainage d'élus pour pouvoir concourir au premier tour. Si pour certains candidats, ce n'est pas une question, pour d'autres comme Anasse Kazib, c'est déjà un premier combat à mener. Anissa Rami a suivi ses militants sur le terrain pour comprendre cette autre lutte d'influence. Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 06/10/2021
  • Zemmour : qu’importe le racisme pourvu qu’on ait l’audience

    Une nouvelle étape a été franchie dans la légitimation des propos racistes d'Eric Zemmour. Elle est venue d'un candidat de gauche, et d'une chaine d'information en continu, lors du face à face entre Zemmour et Melenchon sur BFM, jeudi 23 septembre dernier. Personne n'attendait de débat sur des propositions de fond concernant la précarité, la santé, ou encore la justice. Il n'a pas eu lieu. À la place, l'insulte, l'humiliation et la xénophobie devenus programme validé dans la course à la présidentielle. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 24/09/2021
  • Dégoutée, la jeunesse communiste lâche-t-elle Fabien Roussel ?

    Une partie des jeunes militant·e·s du PCF, des JC (Jeunes Communistes) et de l’UEC (Union des Etudiant·e·s Communistes) se sentent trahi·e·s par les dernières sorties médiatiques du candidat du parti Fabien Roussel. Des ruptures déjà ancrées sur des enjeux de société semblent aussi se consolider, dans un choc de génération. Témoignages.

    Par Anissa Rami
    Le 15/09/2021