Depuis son introduction publique la proposition de loi de sécurité globale, portée par la République en marche et soutenue par le gouvernement, rencontre de forte opposition. Notamment à propos de l’article 24 qui interdit et punit d’un an de prison et 45 000 euros d’amendes tout type de diffusion d’images pouvant identifier un policier ou un gendarme dans le but de porter « atteinte à son intégrité physique ou psychique ».

Cette disposition polémique, après la médiatisation des violences policières récentes via les réseaux sociaux, est l’une des revendications que portent les syndicats policiers depuis des années et auquel le gouvernement a décidé de répondre par la positive.

Si l’article spécifie l’intention de nuire dans les publications numériques, les associations telles qu’Amnesty International, la Ligue des droits de l’homme dénoncent une volonté d’interdire de filmer la police en action, soit de cacher les violences policières.

La réalité du terrain dans les quartiers populaires, ainsi qu’avec la crise des gilets jaunes, démontre aussi le risque que représente cette loi, malgré le fait qu’une circulaire datant de 2008 rappelle aux policiers le droit de la population à filmer les fonctionnaires dans l’exercice de leurs fonctions. Il n’est pas rare de voir des vidéos ou la police empêche (jusqu’à la casse du téléphone) des journalistes ou simples passants de filmer une scène d’interpellation violente.

Que cette loi passe ou non, le message est passé il s’agit de nous intimider…

Contre l’ensemble des mesures de cette loi en discussion, des milliers de personnes se sont retrouvées ce mardi 17 novembre à Paris, près de l’Assemblée nationale. Dans les petites rues qui la rejoignent, les manifestants écoutent les différentes prises de parole qui s’enchainent. David Dufresne, réalisateur du film « Un pays qui se tient sage », déclare « que cette loi passe ou non, le message est passé il s’agit de nous intimider. Cette loi est une menace pour les gens qui ont le courage de lever leurs smartphones, grâce auxquels une partie de la population peut comprendre ».

Olivier Besancenot, présent dans le cortège, nous rappelle :  « c’est la réponse politique du pouvoir en place à toutes les mobilisations de ces dernières années, ça n’a rien à voir avec les attentats. C’est une réponse politique aux gilets jaunes, au mouvement lycéen, ce qui s’est passé dans les quartiers
populaires »
.

Au milieu de la foule nous retrouvons Neyla, lycéenne au nord de Paris, qui nous donne son point de vue : « cette loi est grave, ça va donner un cadre légal à ce que la police fait déjà, empêcher les gens de filmer leurs violences. Les deux dernières semaines les lycéens ont été gravement réprimés, imaginez avec cette loi, ces violences seront invisibles, c’est ça ce qu’ils veulent. »

Sa grande sœur, Samia, venu avec elle renchérit : « en plus pour les étudiants ils viennent de faire passer une loi qui criminalise la lutte, 3 ans de prison pour avoir occupé son université, imaginez, c’est très dangereux ce que fait ce gouvernement ! ».

Aux alentours de 19 heures 30 les organisateurs appels à la dispersion, mais la foule continue à entonner au milieu des torches rouges qui illuminent la petite rue : « Police partout, justice nulle part ! ». Elle s’élance sur le boulevard Saint-Germain en manifestation spontanée, mais se retrouve rapidement face à un mur de CRS qui va faire usage de la force, canon à eau et gaz lacrymogènes.

 

Pris en étau entre deux murs d’agents de forces de l’ordre les manifestants trainent sur le boulevard Saint-Germain au milieu des gaz, d’autres préfèrent s’engouffrer dans le métro seule sortie possible de la nasse Mais une bombe lacrymogène atterrit dans le sous-terrain. Les personnes courent alors vers la rame en tentant d’échapper aux émanations de lacrymogènes.

D’après la communication de la préfecture, la police aurait procédé à 33 interpellations, notamment une journaliste pour Taranis News, Hanna Nelson, finalement libérée cette après-midi. D’autres journalistes ont également reçu des coups et des intimidations de la part des forces de l’ordre.

Un nouveau rassemblement est prévu ce samedi 21 novembre sur le parvis des droits de l’homme, place du Trocadéro à Paris, pour manifester à nouveau contre la loi de sécurité globale.

Mateo Falcone

Photographie à la une : STEPHANE DE SAKUTIN pour l’AFP. 

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