Températures en berne, pluie battante… La visite de Fadela Amara à New York commençait bien mal. Pourtant, la secrétaire d’Etat chargée de la politique de la Ville n’a pas ménagé sa peine. Mercredi matin, blottie dans son manteau, une écharpe autour du cou, elle est partie à la pêche aux bonnes idées pour deux jours « d’entretiens et de visites relatifs à la politique de la ville et aux problématiques d’insertion et de développement social dans les quartiers difficiles », selon le consulat de France à New York.

Un programme-marathon qui l’a notamment emmenée en fin de matinée dans un quartier difficile du Bronx d’où la secrétaire d’Etat, vivement critiquée en France pour les résultats mitigés de son plan Espoir banlieues, a fait l’apologie « du modèle républicain » français. « Je remarque qu’ils (les Américains) reviennent très fortement sur l’action positive (affirmative action) qui a certes donné des résultats mais qui a aussi engendré des dysfonctionnements et des radicalités dans les comportements entre différentes communautés, a-t-elle affirmé devant une caméra de l’AFP, sa seule intervention devant des journalistes. Je suis donc assez satisfaite de voir qu’on en revient. Ça veut dire que notre modèle républicain est peut être celui qu’il faut défendre. »

Sa visite intervient pourtant sur fond de regain d’intérêt pour le modèle d’intégration américain en France. Longtemps associé aux dérives communautaristes, ce modèle dit « communautaire » s’est longtemps attiré les foudres des intellectuels français. En témoigne les commentaires assassins relayés par la presse en août 2005, lorsque l’ouragan Katrina ravageant la Nouvelle-Orléans, a révélé la ghettoïsation de la communauté noire de la ville et l’existence d’un racisme ambiant rappelant les heures sombres de la ségrégation.

Depuis la crise des banlieues et surtout l’élection de Barack Obama, dont le rôle en tant qu’ancien « organisateur de communauté » était d’amener les habitants du sud de Chicago à se rassembler pour défendre leurs intérêts, le vent est en train de tourner. Sociologues, responsables associatifs et politiques français défilent outre-Atlantique, notamment pour analyser la capacité des villes américaines à mobiliser leurs habitants et à favoriser leur participation dans les quartiers difficiles.

Ainsi en octobre 2009, le Bondy Blog faisait l’écho du déplacement à Chicago de dix élus de la diversité pour comprendre ce drôle de pays qui, malgré son passé esclavagiste et ségrégationniste, est présidé par un Afro-Américain. « Le modèle républicain français est un modèle descendant : l’Etat sait toujours ce qu’il faut faire, résume Claude Jacquier, directeur de recherche au CNRS, dans une interview au Monde en septembre 2009. Et comme, par ailleurs, on a historiquement une grande peur des communautés, la France est passée à côté de cette dimension collective. »

En visite à Montréal avant New York, Fadela Amara n’a visiblement pas été touchée par la grâce nord-américaine. Back to Clermont-Ferrand !

Alexis Buisson

Photo : capture d’écran vidéo AFP

Alexis Buisson

Articles liés

  • Ces citoyens qui misent sur Christiane Taubira pour l’Elysée

    Né sur les réseaux sociaux en juin 2020, le Collectif Taubira pour 2022 prend de l’ampleur. Alors que Christiane Taubira n’est pas officiellement candidate pour la prochaine présidentielle, des comités de soutien fleurissent aux quatre coins de la France. Qui sont-ils ? Quelle est leur stratégie pour emmener l’ex-garde des Sceaux à l’Elysée ? Reportage.

    Par Florian Dacheux
    Le 19/07/2021
  • Départementales : Aly Diouara : « Nos élus ont besoin d’un rappel à l’ordre »

    Le mouvement citoyen Seine-Saint-Denis au coeur a réalisé un score encourageant lors de sa première participation à un premier tour d’élection départementale, le 20 juin 2021. Formé en novembre 2020, il regroupe une cinquantaine de référents répartis dans une quinzaine de villes et désireux de rendre plus accessible la politique aux citoyens. Entretien avec Aly Diouara, candidat et porte-parole du collectif.

    Par Louise Aurat
    Le 25/06/2021
  • À défaut de voter contre, on ne vote plus

    Seul un électeur sur sept s'est rendu aux urnes pour voter lors du premier tour des élections régionales et départementales. Un abstentionnisme annoncé, dont l'augmentation après chaque scrutin local, choque toujours les observateurs et responsables politiques. Des positions souvent inquisitrices, loin de la réalité de l'offre politique face aux besoins qu'imposent l'époque. Édito.

    Par Jalal Kahlioui
    Le 21/06/2021