[#PRÉSIDENTIELLE2017] À Clichy-la-Garenne, plusieurs électeurs n’ont pas pu voter au premier tour de l’élection présidentielle. Les services de la mairie leur ont indiqué qu’ils avaient été radiés. Des électeurs en colère et qui ne comprennent pas cette décision que certains contestent devant le tribunal. 

« Comment se fait-il que dans un seul et même foyer, le conjoint puisse voter et pas l’autre ? C’est complètement ridicule ! » Melia Lehlou ne décolère pas. Elle fait partie des 3 800 Clichois radiés des listes électorales pour l’élection présidentielle. Elle a eu la mauvaise surprise de le découvrir au moment d’aller au bureau de vote pour glisser son bulletin dans l’urne, dimanche 23 avril. Le motif qui lui a été reproché par le service élections de la ville de Clichy est qu’elle serait partie sans laisser d’adresse. « J’ai déménagé en 2013 mais je suis restée dans la commune ! Mon état civil est bien mis à jour puisque j’ai fait la carte d’identité, le passeport, etc. Le responsable du service élections m’explique que très souvent, ils arrivent à croiser ça avec le fichier de la caisse des écoles. Je suis mariée, j’ai un enfant scolarisé a Clichy donc ce n’était vraiment pas compliqué de me retrouver. Mon mari a reçu sa carte, il a pu aller voter, mais pas moi. C’est incroyable ! Et je rappelle que, depuis mon déménagement, j’ai pu aller voter aux municipales en 2014 et aux régionales en 2015″, ajoute-t-elle, profondément indignée.

Joint par téléphone, le service élections de la mairie de Clichy estime qu’ »au bout d’un moment, si on s’aperçoit que l’adresse qui nous a été donnée n’est pas la bonne, cet électeur est radié. Il ne remplit pas les conditions d’inscription sur les listes électorales. On ne peut pas savoir qu’elle a déménagé dans la rue derrière, ou à l’étranger, ou dans une autre commune », explique-t-on sans donner davantage de précisions face à l’exemple de Melia Lehlou. Le responsable du service élections, ainsi que le directeur du cabinet du maire de Clichy n’étaient pas disponibles pour répondre à nos questions.

Un tribunal « bondé« 

Le seul moyen pour contester une radiation sur les listes électorales est de se rendre au tribunal. Melia est allée au tribunal d’instance d’Asnières-sur-Seine et elle n’était pas la seule dimanche 23 avril. « Quand je suis arrivée, le tribunal était bondé. Il y avait essentiellement des Clichois. Au moins 200 personnes. Au début, il y avait un seul juge et puis ils ont ramené un deuxième juge en renfort », explique-t-elle. Des juges qui devraient instruire dossier par dossier, demandant des pièces justificatives à la mairie plus un casier judiciaire par personne. « Les deux juges n’ont pas pu répondre à toutes les personnes. Des gens attendaient depuis 10h du matin et ont eu une réponse vers de 17h-18h. J’ai échangé avec une dame qui n’a jamais déménagé, qui habite le même logement depuis plus de 25 ans et qui s’est retrouvée radiée ! »

La photographe de 29 ans n’a pas eu de réponse de la part des juges sur place mais elle a laissé son dossier, espérant que ça sera instruit. « J’ai quand même relancé hier, mais ils croulent sous les demandes. A priori, ils devraient faire en sorte qu’on puisse aller voter au deuxième tour » souligne-t-elle, optimiste alors qu’elle souhaitait voter pour Benoît Hamon au premier tour. Joint par téléphone, le tribunal n’était pas en mesure de répondre aux questions du Bondy Blog.

Mise à jour du fichier électoral 

Maïssa Beldjelti a découvert dimanche qu’elle ne figurait plus sur la liste électorale.

D’autres n’ont pas su ou pu saisir cette opportunité, comme Maïssa Beldjelti, amie de Melia. Elle a grandi à Clichy, où ses parents sont toujours domiciliés, mais vit désormais avec son mari à Nanterre, toujours dans les Hauts-de-Seine. Se rendant au bureau de vote où elle avait l’habitude de voter depuis ses 18 ans, l’infirmière de 35 ans apprend avec stupeur et incompréhension qu’elle ne figure plus sur la liste électorale. Dans son cas, c’est un des assesseurs qui lui indique que son nom n’apparaissait pas. « Je ne comprends pas comment on ne puisse pas voter », affirme-t-elle, dubitative. Et ce d’autant plus qu’elle déclare avoir voté lors des municipales refaites en 2015 « sans problème et sans avoir fait de changement d’adresse. Par ailleurs, Maïssa indique que sa sœur, qui vit également en dehors de Clichy, a, elle, reçu la nouvelle carte électorale chez leurs parents et a pu voter, tandis qu’elle n’a rien reçu de semblable.

« La ville de Clichy a toujours été une ville de gauche et en juin 2015, c’est passé à droite. Est-ce que ces radiations et ce passage à droite, c’est une coïncidence ? Je n’y crois pas trop. Et en regardant aussi les résultats, Jean-Luc Mélenchon est juste derrière Macron (Emmanuel Macron est arrivé en tête avec 30,85 % suivi par Jean-Luc Mélenchon 29,58 %, ndlr) Donc, est-ce que c’est stratégique ? Ça, c’est vraiment bizarre » juge Maïssa qui souhaitait voter pour le candidat de la France insoumise. Pourtant, il y a quelques mois, la commune de Clichy a indiqué qu’elle mettait en place une profonde mise à jour de leur fichier électoral.

Annuler les résultats du premier tour de l’élection présidentielle ?

L’annulation d’une élection présidentielle est légalement possible. Chaque citoyen peut contester le déroulé d’un vote le jour-même. Contacté sur la question des radiations dans les listes électorales, l’Insee rappelle qu’il en existe deux types : « les radiations à l’initiative des communes (perte d’attache communale par exemple) et les radiations demandée par l’Insee (décès, perte de droits et radiations de la commune de la précédente commune) ». Et de préciser : « Quand une personne déménage et va s’inscrire dans sa nouvelle commune de résidence, cette commune envoie un avis d’inscription à l’Insee. Si cette personne était déjà inscrite dans une autre commune dans le fichier général des électeurs, l’Insee adresse à cette autre commune une demande de radiation : il appartient alors à la commune de radier de sa liste électorale la personne qui a quitté cette commune suite à déménagement. La radiation d’une personne qui a déménagé, de la liste électorale où elle était inscrite avant déménagement, relève in fine de la commune ».

Au-delà des nombreux cas constatés à Clichy-la-Garenne, la résistance s’organise sur les réseaux sociaux, sur internet ou dans des forums. Des pétitions en ligne exigent une commisssion d’enquête sur les résultats des votes à l’élection présidentielle, quand d’autres demandent l’annulation pure et simple de ces résultats « à cause des erreurs et fraudes » ou encore du du nombre trop élevé d’électeurs radiés des listes électorales sur la plateforme en ligne Change.org.

Melia, elle, envisage de porter plainte, en fonction de la décision du juge sur son cas. « Il faudrait qu’on se réveille un peu, que les gens se bougent », conclut Maïssa, déterminée à ce que ces électeurs qui n’ont pas pu s’exprimer dans les urnes se fassent entendre et que ceux qui ont pu voter sans problème prêtent une oreille car, après tout, cela pourrait leur arriver aussi.

Jonathan BAUDOIN

Crédit photo : Meritxell CORTÉS

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