Prévu pour le 5 avril, le débat sur l’islam, lancé par l’UMP, part déjà en noix de cajou Ben & Nuts. Le 10 mars, lors d’une réunion « pour la dignité de l’islam en France » organisée à la grande mosquée de Paris, Abdellah Zekri, membre du Conseil français du culte musulman, dénonce une campagne contre les musulmans et déchire sa carte de l’UMP. Dans la foulée, Abderrahmane Dahmane, conseiller à l’intégration de Nicolas Sarkozy, fustige également ce débat et demande aux musulmans de ne pas renouveler leur adhésion au parti présidentiel tant qu’il ne sera pas annulé.

Pour lui, le principal instigateur de ce qu’il juge être une stigmatisation des musulmans de France n’est autre que le secrétaire général de l’UMP, Jean-François Copé : « L’UMP de Copé, c’est la peste pour les musulmans. », lâche-t-il alors.  Sur sa lancée,  il ajoute : « Ce n’est pas les néo-nazis d’hier et d’aujourd’hui qui vont faire que les musulmans vont baisser les bras et encore moins ne pas se battre. » Résultat : Abderrahmane Dahmane est mis à la porte de l’Elysée.

Attaquée, l’UMP contre-attaque et veut montrer aux yeux du monde, que des musulmans français soutiennent la tenue du débat. Vendredi dernier, quelques jours après les esclandres à la mosquée de Paris et la demande élyséenne faite à Dahmane de passer à la compta, le parti publie sur son site un communiqué annonçant la création de l’Union des Français musulmans. Quelques heures après, curieusement, le communiqué disparaît du site. La raison ? Sans doute quelques maladresses dans les termes utilisés : les Français qui pensent que Mahomet est un prophète font partie du « monde musulman » (contrairement à la France), l’utilisation inédite du terme « franco-musulman », alors que franco-catholique ou franco-juif n’existent pas. Sans parler du fait que l’expression « Français musulmans », complètement anodine aujourd’hui, désignait, il y a 50 ans encore, les indigènes algériens colonisés.

Cette Union des Français musulmans, si vite effacée sur la toile, a été créée deux jours après que Nicolas Sarkozy a décidé de se séparer d’Abderrahmane Dahmane, un des messieurs diversité de son cabinet, créateur d’un mouvement, sémantiquement parent, le Conseil des démocrates musulmans français,  si favorable par le passé au président.

« Si tu veux savoir ce que pense ta femme de toi, renvoie-la chez sa mère », disait mon arrière-grand-père. Rencontré dans un bistrot kabyle, près de la gare de l’Est à Paris, Abderrahmane Dahmane ne semble pourtant pas garder rancœur au président qui l’a limogé : «  Nicolas Sarkozy reste mon ami. Il y avait un accord d’amitié entre nous, un accord moral. En 2003, il m’a demandé d’être son ami, d’être avec lui pour l’aider à  devenir président. » Toutefois : « Si aujourd’hui, je ne tire pas sur l’amitié, le Nicolas de 2003, celui qui a ouvert le monde politique à la diversité, n’est plus le Nicolas de 2011. Il a changé. Il a donné à un homme, à son adversaire, à quelqu’un qui souhaite sa défaite, les rênes du parti. En donnant l’UMP à Jean-François Copé, Nicolas Sarkozy s’est fait hara-kiri. C’est Copé qui est derrière le débat sur l’islam. J’ai trouvé ça scandaleux. On ne se cache pas derrière un débat sur la laïcité pour faire de l’islamophobie. » Donc le débat sur l’islam, c’est Copé. Sarkozy n’à rien à voir la dedans ? : « Je dédouane Sarkozy de 2003 à 2009.  Maintenant ce qu’il fait, c’est qu’il laisse faire. »

Pour Abderrahmane Dahmane, l’instauration de ce débat a été la goutte de trop : « J’ai envoyé une note à Nicolas Sarkozy, disant que ce débat était contre-productif. Je n’ai pas eu de réponse alors que ce n’est pas dans ses habitudes. » Selon ses dires, ses déclarations contre Jean-François Copé étaient calculées : « Je savais qu’il y aurait une réaction. » En gros, comparer Copé à la peste des musulmans et parler de néo-nazis au sein de l’UMP c’était fait exprès pour se faire virer : « Quand on est conseiller d’un président on n’est pas là pour avaler toutes les couleuvres », assure-t-il.

A ce moment là, Karim Zeribi, président du conseil d’administration de la Régie de Marseille, chroniqueur à RMC et identifié politiquement à gauche, passe dans la rue et salue l’interviewé : « Tout ce que tu as dis est juste. Mais tu aurais dû les (UMP) lâcher avant de parler, tu aurais plus de poids si tu avais claqué la porte. Maintenant on dit de toi : il s’est fait virer, maintenant il critique. » Dahmane se défend, et avec lui, défend le président. Réponse de Zeribi : « Tu crois que Copé peut mener un débat sans l’autorisation de Sarkozy ? C’est le président de la république ! Quand même… »

Sur un point, l’ancien collaborateur du président désavoue son « ami Nicolas » : le jour où ce dernier a déclaré devant les caméras de TF1 que le multiculturalisme était un échec. « Je pense qu’il se trompe, affirme Dahmane. Les personnes d’origine étrangère ont beaucoup apporté à la France. »

Aujourd’hui, si le réprouvé du président parle encore de Nicolas Sarkozy comme d’un ami, la rupture semble malgré tout consommée : « C’est fini, niet, ce n’est plus mon candidat. S’il avait voulu qu’on reste ensemble il m’aurait appelé pour me limoger. On n’envoie pas un sbire annoncer un truc pareil à un ami. »

Idir Hocini

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