« Juppé, il est fini », lâche un militant Les Républicains. « Bien fini ! » appuie son épouse. Il est à peine 16h dans l’un des trois bureaux de vote du Raincy et ici les résultats ne font déjà plus aucun doute chez les électeurs venus voter pour le second tour de la primaire de la droite. Il faut dire que François Fillon y est arrivé largement en tête au premier tour avec 842 voix sur 1 898 votants, soit près de 44% des suffrages.

Le Raincy détonne en Seine-Saint-Denis : la ville de plus de 14 000 habitants, surnommée « Le Petit Neuilly du 93 », est historiquement de droite. L’ancien député UMP Eric Raoult l’a dirigée pendant près de 20 ans. Jean-Michel Genestier (DVD) a repris les rênes en 2014. La commune compte habituellement 11 bureaux de vote pour les élections, qui ont été regroupés en 3 bureaux à l’occasion de cette primaire de droite.

Une mobilisation continue toute la journée

Les électeurs arrivent par petits groupes de trois ou quatre. Lorsqu’il faut payer les deux euros nécessaires au vote, certains n’hésitent pas à sortir les petits centimes. « Ça part pas dans nos poches… malheureusement ! » plaisante Francesco Giorgio, assesseur suppléant dont le cœur balance pour Fillon. « Et ça, c’est quoi ? » demande un papy en canne. « C’est la charte ! » lui répond l’assesseur. « La semaine dernière, une femme n’a pas voulu la signer, elle est partie sans voter ».

A midi, la participation était en hausse de 14%, comme au niveau national. « Il y a eu un flux continu de votants », explique Franck Amsellem, conseiller municipal. Contrairement à la semaine dernière où une file d’attente de 20 minutes s’était formée à l’entrée de la mairie, cette fois, les organisateurs ne craignent pas le rush de dernière minute. « Beaucoup sont venus ce dimanche alors qu’ils n’avaient pas fait le déplacement dimanche dernier », rapporte Francesco. « Beaucoup de jeunes aussi », ajoute sa collègue, Monique Marginier. Cette dernière, militante de droite depuis 1995 et sarkozyste depuis 10 ans, n’a pas voté aujourd’hui. « Aucun des deux candidats ne me correspond. Je ne veux pas voter contre. Au premier tour, certains ont voté contre Nicolas Sarkozy, ce n’est pas normal ». Elle ne fera donc pas comme son leader, l’ancien chef de l’État, qui, lui, a dit qu’il soutenait François Fillon. « Je ne suis pas un mouton », justifie-t-elle.

François Fillon, l’ultra-favori

L’ambiance est détendue. Le « jus multifruit » est de sortie, « parce que nous sommes différents mais unis », blague un assesseur. « Tout se passe bien », confirme Denis Bataille, l’organisateur des deux tours au Raincy. 1 529 électeurs ont fait le déplacement à 17h. Il en manque 300 pour faire aussi bien qu’au premier tour.

Christian a failli se perdre en venant voter. Cet ancien du RPR ne s’est pas rendu aux urnes dimanche dernier. « Raisons personnelles », invoque-t-il. Le retraité, accompagné de sa femme, soutient François Fillon par conviction. D’abord, parce qu’il est « catholique pratiquant« . Il se souvient avoir fait un pèlerinage à Jérusalem avec son groupe de paroissiens, pèlerinage auquel « l’ancien Premier ministre avait également participé », dit-il. Puis, « l’homme et les valeurs » ont aussi beaucoup joué dans le choix du Raincéen.

Stéphane, lui, a voté Juppé après avoir choisi Nicolas Sarkozy au premier tour. Sans grand enthousiasme. « Il n’y en a pas un pour relever l’autre », soupire ce commercial de 48 ans. « Fillon est ultra-libéral, trop dur, il veut virer tous les pauvres ». Même son de cloche chez Laurence, médecin, qui vote… à gauche. « Juppé, c’est le moins pire ». Ouici et son mari Benyar, ont eux aussi voté Juppé aux deux tours. Benyar, en chaise roulante, regrette que les deux candidats n’aient pas parlé des personnes handicapées. Le couple va suivre la soirée électorale à la télévision « jusqu’à une heure du matin, même si on sait que c’est Fillon qui va gagner ».

Leïla KHOUIEL

Mise à jour : Résultats du second tour (sur 1 811 votants) : François Fillon 69,50% ; Alain Juppé 30,50%.

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