Ils viennent de toute la France, ils sont blacks, blancs, beurs, sont issus des quartiers, les femmes portent des tailleurs élégants et les hommes ont sorti leurs beaux costumes. Ils ont un point commun : ils sont tous chef d’entreprises. Ce samedi, ils sont tous réunis sagement dans l’hémicycle du Sénat et attendent avec impatience la décision du jury qui désignera l’heureux gagnant. Mais auparavant, rituel oblige, les politiques présents se relayent pour dire tout le bien qu’ils pensent de la banlieue.

Le premier à se présenter à la barre, est Gérard Larcher, président du la Chambre haute : « Vous êtes l’avenir de notre pays et vous êtes la force vive de notre économie, cette maison est la vôtre. Je suis heureux de vous accueillir. » Fadela Amara, secrétaire d’Etat chargée de la politique de la ville, abonde dans le sens de l’ancien vétérinaire : « Ces quartiers regorgent de potentiels et de forces vives. Une jeunesse qui à la niaque car, à partir du moment où l’on y croit et que l’on s’en donne les moyens, tout de vient possible. » Sarkozy dans le texte.

Mais c’est le discours du tout nouveau député, David Douillet, qui scotche l’assemblée : « Lorsque je vous vois, je suis émus, et fier. Cet hémicycle coloré me fait penser à un événement dans ma vie. Cela me rappelle mes derniers Jeux olympiques, lorsque les délégations du monde entier se sont rassemblées sur le stade olympique. Je me suis assis et j’ai regardé ces visages tous différents. Quand je vous vois, je vois aussi ces visages passés. Mais vous vous êtes l’avenir. » Ces propos déclenchent des applaudissements nourris.

Après les politiques, c’est au tour des lauréats de descendre dans l’arène. Où l’on s’aperçoit que les jeunes des cités savent autant que les politiques utiliser une langue formatée. Onze prix ont été décernés samedi, dans différentes catégories : « Création », « Emergence », etc. Chacun y va de sa petite formule : « Fadela, tu es un exemple pour nous », « Visez la Lune pour avoir le lampadaire, et surtout ne visez pas le lampadaire car vous n’aurez que le trottoir », « David, je suis un ancien sportif comme toi, tu es un exemple pour moi », « Je voulais remercier mes parrains, et la boutique de gestion, sans qui je ne serais pas là », « Il faut se battre pour réussir », « Tout est possible », « Je voulais remercier les sénateurs pour nous avoir permis de rentrer dans cette hémicycle. » C’est l’hôte, Gérard Larcher, qui met fin à la série des compliments : « Allez, maintenant, un banquet nous attend. »

Au terme de la cérémonie, les participants accourent vers les politiques, qui pour une photo, qui pour remettre sa carte de visite, qui pour faire part d’une doléance, qui pour ces trois choses à la fois. L’espace de quelques heures, ces jeunes des quartiers ont eu leur part des ors de la République, ils ont dégusté des mets exquis. Certains d’entre eux avaient invité leurs parents pour profiter en famille de ces privilèges, éphémères. Ces moments savoureux ne seront bientôt plus qu’un souvenir.

Qui sait si, un jour, quelques-uns parmi eux siégeront dans cette assemblée de vieux sages ? Le Grand Prix Talents des Cités 2009 Espoir Banlieues a été attribué à Malika Makhoukhi, 28 ans, et Fatima Kouider, 36 ans, pour Easy Paye, entreprise de gestion des salaires et des charges sociales.

Chaker Nouri

Photo : les lauréates portant leur trophées. On reconnaît, de gauche à droite, David Douillet, Gérard Larcher, Fadela Amara et l’académicien Erik Orsenna.

Chaker Nouri

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