Depuis 2008, le département de la Seine-Saint-Denis a été repris par les socialistes, quel constat faites-vous sur ce mandat ?
Sylvie Badoux : Il y a un constat national qui est effarant. On a retiré 7 milliards d’euros aux collectivités territoriales. De l’argent part aux entreprises dans le but de soutenir l’emploi, alors que ces dernières licencient. À côté de cela, de l’argent est retiré aux collectivités territoriales alors que celles-ci sont les services publics les plus proches des citoyens. Cette politique pratiquée par François Hollande, comme par son prédécesseur n’a créé aucun emploi.
Notre combat est de réveiller les citoyens sur cette injustice et de ne pas se laisser faire. Le souci est que le PS au Conseil Général a accompagné ces politiques d’austérité ce qui s’est traduit par une diminution des politiques de solidarité : diminution des services publics, réduction d’effectifs, l’augmentation du prix des prestations publiques, l’augmentation des impôts. C’est le cas par exemple du forfait Améthyste pour les personnes âgées et handicapées qui était auparavant gratuite et qui est dorénavant payante.
On supprime aussi des services qui ne coûtent rien comme le Forum des Jeunes. La Direction de la Jeunesse n’existe plus en tant que telle, elle a été absorbée par la Direction de l’Éducation qui à la base s’occupait de construire des collèges alors que la Direction de la Jeunesse s’occupait de citoyenneté. On a fusionné deux directions alors qu’on est sur deux publics différents. Le Forum des jeunes était la seule instance démocratique au niveau du département qui vivait correctement. C’est une perte de démocratie. Tout cela rentre d’ailleurs dans le cadre des plans collèges et des fameux PPP (Partenariat public privé) où on a donné à une multinationale (Eiffage à Bondy) la construction coûteuse d’une maîtrise d’œuvre publique dans le cas des collèges que l’on va payer au final 2,5 fois plus cher. Sachant en plus que cette location-achat ne comprend pas la maintenance des bâtiments qui est à la charge de la collectivité territoriale. Nous estimons qu’une maîtrise d’œuvre publique doit être réalisée par le secteur public, car cela permet une meilleure maîtrise des fonds publics. C’est le même cas pour l’eau avec Veolia, qui surtaxe ses prestations. Des économistes commencent à faire des études sur les PPP et je pense que d’ici quelques années, on en parlera de la même manière que les emprunts toxiques. Ces derniers ont été aussi une vraie arnaque avec des taux de remboursement progressifs renégociés à un taux moindre et fixe par les socialistes, mais avec une durée de remboursement allongée. Au final, on se retrouve à rembourser la même chose.
Madigata Baradji : Dans ce contexte de difficulté économique pour les collectivités territoriales, on nous dit souvent d’aller chercher au niveau du Fond social européen. Les règles de demande changent continuellement sans compter que l’on met deux ans avant de percevoir ce fond. On nous demande donc d’avoir une trésorerie que souvent nous n’avons pas. Et on se retrouve dans un cercle vicieux et invertueux au possible.
Autour de quels points s’articule votre programme ?
Sylvie Badoux : Le cœur de notre programme est la solidarité, le développement territorial et économique de la Seine-Saint-Denis, le respect de la personne et la démocratie-citoyenneté. On veut lutter contre l’austérité en se battant pour obtenir des moyens supplémentaires. On veut appliquer un programme qui reste dans les compétences du Conseil Général, mais avec sa clause de compétence générale. Je ne comprends pas d’ailleurs que des partis comme l’UMP et le PS souhaitent la fin des départements alors que c’est une strate importante qui porte toutes les politiques sociales. Nous, on veut que les départements perdurent, car on pense que c’est un échelon démocratique important et pertinent d’action publique.
On se bat pour qu’il y ait une vraie compétence nationale du mode d’accueil de la petite enfance. Les gens croient que celui-ci est une compétence du Conseil Général, mais en fait il n’y a pas de compétence sur les crèches… ça n’existe pas dans la loi. Le but est de créer 3 500 places d’accueil en crèche pour aider les familles d’avoir plus de temps pour chercher du travail ou d’avoir un emploi à temps plein. Il y a une utilité économique et sociale en même temps. On souhaiterait aussi que les assistantes maternelles aient plus de formation pour qu’il y ait une qualification ou au moins un cycle de formation, car malheureusement il y en a très peu.
Madigata Baradji : On veut aussi développer l’accompagnement des personnes âgées et handicapées en difficulté d’autonomie. Cela passe par des aides à l’adaptation au logement. Nous avons aussi dans notre programme un volet sur la prévention des risques locatifs, c’est-à-dire les risques d’expulsions par les bailleurs privés ou certains syndics de copropriétés. On veut lutter aussi contre la précarité locative pour les logements insalubres. L’idée est de combattre juridiquement les marchands de sommeil. On propose sur le département d’avoir un plan logement jeune qui prenne en compte la décohabitation (le jeune qui part de chez ses parents), l’insertion et le logement étudiant. Aujourd’hui sur 6 000 demandes par an, on ne réussit qu’à satisfaire 1 000 /1 500 par an. On a aussi un office départemental d’HLM avec lequel on pourrait mettre en œuvre tout un programme de rénovation de logements sociaux par exemple.
Sylvie Badoux : Il nous faut les mêmes moyens pour l’éducation que d’autres départements, comme Paris par exemple. L’idée est de préserver l’action éducative au sein des collèges et cela passe par la connaissance des institutions nationales, européennes et mondiales pour que les jeunes comprennent dans quel monde ils vivent. Il s’agit aussi d’avoir un meilleur accès au sport, à la culture, à la santé… comme faire un pass étudiant aussi pour les collégiens. Aider par les étudiants en situation précaire pour qu’ils ne décrochent pas. Créer des passerelles entre les étudiants et les entreprises. Le problème aujourd’hui est que le monde de l’école et de l’insertion a beaucoup de mal à aller voir le monde économique. Puis remettre en place l’aide à l’achat d’un ordinateur lorsqu’un élève rentre en classe de 6e qui a été retirée par les socialistes, afin de lutter contre la fracture numérique.
Quel sont les objectifs ?
Sylvie Badoux : Nous souhaitons équilibrer et rééquilibrer le territoire de la Seine Saint-Denis. Nous sommes souvent en dessous des niveaux nationaux et régionaux, absorber les inégalités et faire participer directement les habitants à la politique publique en associant les citoyens aux décisions du canton par le biais de référendum. 
Cristel Fabris

Articles liés

  • Frédérique Matonti : « La pensée réactionnaire est le produit d’une panique morale »

    A l’occasion de la sortie de son livre «comment sommes-nous devenus réacs?», la politiste Frédérique Matonti revient sur la progression de l’idéologie réactionnaire, de sa naissance dans les années 1980, à son triomphe actuel sur les chaînes d’information en continu. Entretien.

    Par Yunnes Abzouz
    Le 16/11/2021
  • Quand Laïreche raconte Ruffin

    Ces derniers temps, Rachid Laïreche nous offrait un peu moins de ces fameuses "info Rachid" sur Twitter, des petits indiscrets sur le monde politique qui montrent comment le journaliste de Libération raconte la gauche actuelle comme personne. On a compris ce qui se tramait quand on a appris la sortie de "La revanche des bouseux" (les Arènes), un portrait du député François Ruffin.

    Par Latifa Oulkhouir
    Le 29/10/2021
  • Au NPA : « on n’est pas idéalistes, on est révolutionnaires »

    Pour son premier meeting de campagne présidentielle, Philippe Poutou, le candidat du Nouveau Parti Anticapitaliste, avait donné rendez-vous à ses soutiens dans le 20ème arrondissement de Paris, jeudi 21 octobre 2021. Enflammés par des slogans de manifestation, les jeunes militants du parti prônent l'utilité des "petites luttes" du quotidien, plutôt que le vote utile, déjà dans toutes les têtes.

    Par Meline Escrihuela
    Le 22/10/2021