ELECTIONS DÉPARTEMENTALES. Nouvelle appellation, nouveau mode de scrutin, pour les prochaines élections départementales de 22 et 29 mars prochains. Sur les 61 départements (sur 101) détenus par la gauche, la Seine-Saint-Denis fait figure de bastion. Reportage à Saint-Ouen lors d’une soirée de lancement de campagne.

« Il faut que nous fassions de ce scrutin l’élection de la jeunesse et des quartiers ». Tels étaient les mots de Bruno Leroux, lundi 2 février dans une salle audonienne. L’alliance PS-EELV-PRG-MGR lançait sa campagne en vue des élections départementales auront lieu les 22 et 29 mars. Retour sur une soirée où se sont dessinés les enjeux politiques et sociaux du canton comprenant Saint-Ouen, l’Ile-Saint-Denis et la moitié sud d’Epinay-sur-Seine et au cours de laquelle fut présenté le binôme du canton séquano-dionysien composé de Karim Bouamrane et Dina Deffairi Saissac.

Le mot d’ordre de la soirée était le rassemblement. Stéphane Troussel, actuel président du Conseil Général de Seine-Saint-Denis affirme l’importance de l’alliance des forces de gauche : « On est le seul département de France où le rassemblement est aussi large, j’ai même lancé un appel au Front de Gauche. Comment pourrait-on ne pas être ensemble dans cette élection, alors que nous sommes ensemble dans l’exécutif départemental ? Il est encore temps, je serais unitaire ». Cependant, cette organisation politique a déjà son candidat, Frédéric Durand militant au PCF qui se présente avec Véronique Dubarry, dissidente d’Europe écologie.

« Il faut continuer sur le projet initié par Stéphane Troussel, sur l’éducation, la santé, sur l’emploi, mais aussi sur les transports ». Karim Bouamrane s’appuie sur le bilan du Conseil général et réaffirme la volonté de poursuivre sa politique. « Ce que nous portons, c’est l’égalité. L’égalité pour l’éducation, c’est notre priorité. La majorité sortante a réalisé le plus grand plan de rénovation de collège avec quinze nouvelles constructions. L’égalité c’est aussi pour les femmes. La parité, c’est la fin d’un Conseil général d’hommes cumulards, limite sexagénaires ». Il s’engage également sur la culture et propose la création d’un canal de télévision propre au département. « C’est un projet qui me tient à cœur personnellement, j’ai toujours dit que si j’étais élu au département je me battrais de toute mes forces pour que la Seine-Saint-Denis, comme le pays Basque, comme les Bretons, comme les Corses ait sa propre chaîne. On est souvent stigmatisés, singés et filmés au travers du sensationnel ».

« Si on veut faire évoluer les choses, on ne peut le faire qu’ensemble »

Dina Deffairi Saissac quant à elle s’empare timidement du micro, et confesse être peu coutumière aux discours. La candidate Europe Ecologie Les Verts peine à cacher son émotion. C’est sa première campagne. 35 ans, mère de trois enfants, gestionnaire de comptes au sein d’un organisme non lucratif, elle n’a rien d’une professionnelle de la politique, son engagement a commencé « grâce à des valeurs transmises par ma grand-mère », déclare-t-elle. « Honorée » de représenter son organisation, elle insiste sur une équipe « à l’image de la Seine-Saint-Denis, marquée par la solidarité et la diversité », et souligne « si on veut faire évoluer les choses, on ne peut le faire qu’ensemble ». Elle affirme également sa volonté de promouvoir l’économie sociale.

La droite, représentée par l’adversaire de Karim Bouamrane aux municipales et actuel maire de Saint Ouen, William Delannoy, mais aussi par un binôme Divers droite est taclée. L’intervention du candidat originaire de Saint Ouen est marquée par une anaphore, figure de style socialiste s’il en est depuis le discours de François Hollande en 2012. « La droite de notre département est dure. La droite a un problème avec nous. Elle a un problème avec les jeunes des quartiers qui veulent être architectes de leur propre destin. Elle a un problème avec les plus de cinquante ans qui sont au chômage et se battent pour trouver un travail ou une formation. Elle a un problème avec l’égalité des chances. Elle a un problème avec ceux qui souffrent. Elle a un problème avec la parité. Elle a un problème avec la différence. Elle a un problème avec la Seine Saint Denis, avec son identité alors que nous, nous en sommes fiers ».

L’abstention, un enjeu important

Le binôme compte des soutiens non négligeables, parmi lesquels Bruno Leroux, député PS de la première circonscription de Seine-Saint-Denis et président du groupe socialiste à l’Assemblée Nationale. Selon lui « la politique départementale menée par Stéphane Troussel est une politique je pense très profondément dans l’intérêt des personnes de ce département, des jeunes notamment qui peuvent connaitre des difficultés ». Il peut aussi compter dans ses rangs Marie Pierre de La Gontrie, vice-présidente de la région Ile-de-France et conseillère de Paris également présente. Son objectif « arriver à faire comprendre que la gauche et la droite, ce n’est pas pareil. C’est typiquement le type de discours soutenu par le Front National ».

La principale crainte est liée à la participation. « L’abstention, c’est un enjeu important, car face aux doutes qui existent vis-à-vis de la politique et aux insatisfactions qui existent, les électeurs de gauches sont exigeants -et ils ont raison de l’être- et parfois se découragent. Je veux les convaincre qu’un conseil de gauche en Seine-Saint-Denis, ce n’est pas la même chose qu’une majorité conservatrice et libérale » confie l’actuel président du Conseil Général.

Cette soirée confirme donc la volonté de continuité avec la politique menée par Stéphane Troussel. On notera la promesse de création d’un média propre à la Seine Saint Denis en cas d’élection, initiative qui ne peut laisser tout à fait indifférent au Bondy Blog.

Mathieu Blard

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