D’abord, il faut élaborer un projet porteur, innovant et en phase avec le contexte économique et social. Ensuite, il faut désigner celles et ceux qui vont porter le projet auprès des électrices et des électeurs. C’est là que l’exercice est le plus délicat. Il faut penser amis, courants, sensibilités dans les courants, amis dans les courants, amis « sensibles » dans les courants et j’en passe.

Cette équation à plusieurs inconnus, je devrais plutôt dire à multiples connus, devient un véritable casse tête pour les responsables en charge de constituer les listes. Il y a peu, cette amère subtilité restait encore juste un mauvais moment à passer. Il s’agissait de choisir entre quelques uns (blancs, la soixantaine et bien portants) tout en promettant aux sexagénaires restants une place au sénat ou dans un quelconque exécutif départemental.

Depuis 2002, la diversité (militants de base, jeunes, colorés) comme avant elle, la parité, s’est invitée à la table des négociations, rajoutant pour le coup, une inconnue totalement étrangère à ces classiques matheux politiques. Comment faire avec ce « X » qui depuis Malcom en passant par la xénophobie a fait couler tant d’encre et voter tant de lois pour permettre le mieux vivre ensemble.

La première formule a consisté à faire comme si cela n’existait pas pour continuer à fonctionner comme avant. Tel un troupeau d’autruches, les responsables politiques ont tenté de se convaincre que la société qu’ils construisaient, ressemblerait encore et toujours à celle de leurs ancêtres. Difficile cependant de vouloir faire le casse du siècle sans se heurter à la réalité du 21ème millénaire.

La deuxième solution adoptée, toujours d’actualité, consiste à mettre la main sur des « X » bien lisses, adaptables à toutes les équations et trouver les moyens de polir les plus rugueux. Les plus lisses bénéficieront d’un traitement aménagé. Accommodants, toujours aux ordres, jamais revendicatifs, ces, finalement, petits « x » feront l’affaire. Bien choisis, jeunes et colorés, ils réagiront comme de bons sexagénaires blancs et bien portants y compris quand une loi prônera le rôle positif de la colonisation. Car quoi de plus positif pour eux que leur cooptation.

Pour débuter la séance de polissage des plus rugueux, on commencera par leur proposer une place inéligible, histoire de leur faire comprendre qu’on leur accorde déjà le droit d’exister politiquement. Une façon de les faire flirter avec le pouvoir tout en leur interdisant de l’épouser. Grâce ou à cause de ce mépris affiché, l’équation vire de plus en plus à la complexité et l’on s’aperçoit que tout à leur calcul, ces éminents responsables politiques en oublient que les illustres inconnus n’en restent pas moins des hommes et des femmes épris de République, de justice et de citoyenneté.

Tout à leur quadrature du cercle, les élites n’imaginent même pas ce qu’est la société française du 21ème siècle et ne comprennent pas qu’il ne s’agit plus de place sur une liste mais d’égalité de traitement, d’égalité dans la reconnaissance du militantisme et de l’engagement, d’égalité dans la citoyenneté, en clair d’égalité réelle. Il ne s’agit donc pas d’une question de quota mais de mise à plat de tout un système de pensée.

Il ne s’agit pas de trouver la méthode pour faire croire à la représentativité de la société française du 21ème siècle mais de repenser la philosophie qui prévaut à la méthode. Qui composent les partis politiques, des blancs, des blacks et des beurs ou des militants engagés, des défenseurs de la République et des porteurs de valeurs ?

De toute évidence les faiseurs d’élus potentiels pensent blancs, blacks et beurs, sinon comment expliquer qu’un français d’origine maghrébine qui se retire d’une treizième place soit remplacé par un autre français d’origine maghrébine. A la différence près qu’on aura remplacé un « X » rugueux et fier de l’être par un « x » prêt à être poli dans tous les sens du terme.

Cette fâcheuse propension à renvoyer les candidats à leur origine plutôt qu’à leur engagement dans la République montre à quel point il est nécessaire d’écrire rapidement et ensemble l’histoire collective de la société française du 21ème siècle.

Malgré quelques symboles flatteurs, la France est en pleine régression quant à son acceptation de sa propre société. Il nous appartient donc, à nous, militants engagés, idéologiquement à droite comme à gauche de tirer nos partis politiques respectifs vers le haut en refusant d’être des « x » polis ou à polir et en luttant pour être des citoyens égaux en droits et en devoirs

Akli Mellouli, membre du conseil national du parti socialiste, Président de Prairial 21 

 

 

 

Akli Mellouli

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