Cet été, c’était ma première fois au pays de l’Oncle Sam. Tout était nouveau pour moi : les plages de Los Angeles, les cinémas incroyablement confortables de Phoenix… Dans toute cette nouveauté, certaines découvertes m’ont aussi choqué, moi qui suis habitué à la vie en France. Récit.

Quand vous faites vos courses aux Etats-Unis, vous ne pouvez pas échapper aux « grocery stores ». Premier choc : les prix exorbitants de certains fruits et légumes, alors que la boîte de 13 donuts coûte un peu plus d’un dollar ! Autre découverte : habitué à la sécurité sociale et à toutes les aides possibles en France, j’étais surpris de constater que les Américains ne présentaient pas les mêmes chances face à la maladie. Et je ne parle même pas des droits sociaux qui sont presque inexistants aux Etats-Unis.

Cette fâcheuse tendance à comparer ces deux Etats m’a d’abord permis de prendre conscience des privilèges qu’accorde la nationalité française – ce qui m’a rendu d’autant plus fier d’être Français. Nous avons notamment la chance de jouir de nombreuses avancées sociales, inconcevables dans d’autres pays (même si chaque système a ses limites). Plus je comparais, plus j’idéalisais la France, comme si mon cerveau avait effacé tous les problèmes économiques, sociaux, sécuritaires, auxquels nous devions faire face ici.

Prenons l’élection présidentielle américaine, qui n’est selon moi ni plus ni moins qu’une blague de mauvais goût avec un Donald Trump, raciste, misogyne et qui, pourtant a des chances d’être élu. Un tel personnage en France ? Inimaginable ! C’est d’abord ce que j’ai pensé. Dans mon esprit, les Etats-Unis représentent cet endroit parfait pour les vacances, mais juste pour les vacances. Hors de question pour moi de quitter la France.

Je baignais donc toujours dans cette illusion, je ne cessais de faire des comparaisons, certaines pertinentes, d’autres beaucoup moins. Mais la pertinence n’avait pas beaucoup d’importance pour les Américains qui en avaient assez de m’entendre faire l’éloge de ma terre natale au détriment de leur pays. Ils me disaient :« If the United States were not there, French people would speak German now. »  Référence, vous l’aurez compris, à la Seconde Guerre mondiale et à l’aide capitale des GI lors de la Libération.

Premières désillusions

En plein été, le hashtag #JusticePourAdama éclate brusquement ma bulle d’illusion. La mort de ce jeune homme dans une fourgonnette de gendarmerie me fait comprendre que les bavures policières contre les Noirs ne sont pas l’apanage des Etats-Unis. Elle m’impose alors d’être moins naïf à l’égard de mon pays. En tant que Noir français, la problématique des violences policières me touche particulièrement.

Mon séjour aux USA se poursuit malgré tout. Je tente de profiter de mes vacances quand j’apprends qu’un nouvel attentat vient d’avoir lieu en France, à Saint-Etienne-du-Rouvray précisément. Comme après chaque nouvel attentat, la fachosphère, très active sur les réseaux sociaux, affiche le hashtag #IslamHorsDEurope en TT (trending topics) sur Twitter. Impossible de l’ignorer. Depuis les Etats-Unis, je consulte les médias français qui couvrent le meurtre horrible du Père Hamel. Même les journalistes américains de Fox News traitent l’information. Quelques jours plus tard apparaît sur Twitter l’un des meilleurs hashtags que j’ai pu voir : #TwitterFRvsTwitterUS. A travers ce hashtag, les internautes français caricaturent les USA en les comparant à la France – comme j’ai moi-même pu m’en amuser tout l’été.

Après un mois passé aux Etats-Unis, je regagne la France avec un petit pincement au cœur. Et imaginez ma surprise quand je découvre un pays qui se déchire pour un simple bout de tissu. Mon regard sur la France a changé. Certains me diront que le lycéen de 17 ans que j’étais avait une vision de bisounours. Désormais, c’est le futur électeur qui vous parle. Je ne veux pas d’une France où certains politiciens, comme le fait un certain bonhomme orange aux Etats-Unis, surfent sur la peur, en particulier la peur de l’autre. Ces faux débats n’apportent rien à ma génération. Le retour en France m’a forcé à me poser de nombreuses questions sur ma place dans la société. Comment la société française évoluera avec ce genre de débats sans fin et surtout sans fond ? Où s’est donc cachée la Nation dont je faisais l’éloge aux Etats-Unis ? Où est passé cet amour de la liberté et du débat, du vrai ?

#WTFFrance !

Le hashtag #burkini est resté en TT pendant plus d’une semaine. Une semaine durant laquelle certains ont partagé leur définition de la laïcité tandis que d’autres attisaient la haine contre les musulmans. L’étendard d’une laïcité extrémiste est agitée par quelques uns, ils y ajoutent un soupçon d’un pseudo féminisme puis proclament que ce sont les valeurs de la France. Les polémiques autour de ce maillot de bain ont duré tout l’été en France : de la bagarre à Sisco, en Corse, aux photos d’une femme que la police a obligé à se déshabiller alors qu’elle portait juste un haut à manches longues, en passant par ces mères de famille sommées de quitter la plage à cause d’un simple voile.

Mais où est donc passé le pays des droits de l’Homme ? Ce climat est le fruit d’une accumulation de provocations de la part de nos politiciens et de nos médias. Les jours passent, le moral baisse, et je ne cesse d’être choqué. Comme quand je lis par exemple un extrait du livre de notre ancien président de la République Nicolas Sarkozy : « Il est temps d’engager un combat déterminé contre le multiculturalisme ». Nous sommes devenus la risée des pays anglo-saxons, où le melting-pot ne pose plus question. Le monde entier se moque de la France. Personne ne comprend que le pays dit des droits de l’Homme force des femmes à se vêtir d’une certaine manière.

Notre devise est : LIBERTE, EGALITE, FRATERNITE ! Ces trois principes sont les piliers de notre République. Evidemment il nous sera impossible de les atteindre un jour, mais c’est aux Français de poursuivre le combat, car c’est un but que la France doit toujours tenter d’atteindre quoi qu’il arrive ! Je garde l’espoir qu’un jour je retournerai aux Etats-Unis la tête haute et que je continuerai à faire l’éloge de la France avec une petite once d’arrogance. Si nos politiciens continuent de créer et d’alimenter de faux débats, un jour l’espoir ne sera plus suffisant.

Miguel SHEMA

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