Le virus qui a fait plus de 4000 morts en Afrique, inquiète les autorités. Ce jeudi, Marisol Touraine, ministre de la Santé, se réunit avec ses confrères européens à Bruxelles pour envisager des mesures de dépistages aux aéroports. 

Ebola par ci, Ebola par là. Une toux trop puissante, une fièvre visible et voilà que les regards se braquent sur vous. On peut parler à ce stade d’une psychose. Oui, cette façon de voir le virus partout, à tous les coins de rue et sur tous les objets que l’on touche au quotidien. Il y a quelques semaines, la crainte était palpable dans les aéroports parisiens. À Orly et Roissy, on avait peur, à l’accueil des passagers en provenance des pays africains touchés par le virus. Un employé de piste de l’aéroport Roissy Charles-de-Gaulle m’avouait que le personnel a hésité plusieurs jours avant de reprendre le travail, suite aux différentes grèves du personnel. Et la peur ne s’arrête pas là.

Elle commence dans les airs. À bord des avions, tout le monde se surveille. Il me confie : « lorsque quelqu’un présente des symptômes similaires à ceux du virus Ebola, de type vomissements, maux de ventre, fièvre, la tour de contrôle est aussitôt avertie. Avant même que l’avion atterrisse, les pompiers et le Samu sont présents sur le tarmac, afin de réceptionner le passager ‘malade’ et de l’isoler de suite en quarantaine ». Plusieurs fois, il s’agissait d’une simple gastro…

Direction les sous-sols de la capitale maintenant. Certains ont vu ou subi des comportements pour le moins insolites dans le métro parisien. Il y a un peu plus d’une semaine, un homme d’une soixantaine d’années sortait un sachet plastique de sa poche, avant d’y glisser sa main pour tenir la barre. Je n’ai pas compris ce geste… Mais j’en ai conclu qu’il faisait partie de ces gens touchés par la psychose Ebola. Ou peut-être qu’il est juste prudent sur tous les microbes qui stagnent sur les barres du métro.

Crise de panique dans la ligne 4 à Gare de l’Est, mercredi dernier. Un homme entre dans le wagon muni d’un masque de protection. En un claquement de doigts, il se retrouve presque seul dans la rame, les autres usagers étant sortis à toute vitesse, me confie une passagère. Sympa pour trouver une place assise.

Et la chose devient franchement moins drôle quand vous êtes visé. C’est le cas de Richard, qui en a fait les frais le même jour, à bord de la ligne 8. Très enrhumé, il raconte la scène : « je me suis mouché un peu fort et j’ai saigné du nez. D’un coup, la dame à côté de moi a crié ‘il a Ebola’. Tout le monde s’est levé et m’a braqué du regard… Je leur ai expliqué que cela durait depuis un moment et qu’il n’y avait aucun lien avec Ebola, mais rien à faire… J’ai préféré sortir sur le quai en attendant que mon nez arrête de saigner avant de reprendre une rame ». Le pauvre…

Encore pire quand vous n’êtes qu’un enfant. Dans une école primaire de Boulogne-Billancourt, c’est un enfant revenant de Guinée qui a subi la psychose des parents. Certains ont refusé d’emmener leur enfant à l’école, par crainte qu’ils ne soient contaminés par ce garçon. Pourtant, rien ne prouvait une quelconque maladie chez ce petit bonhomme à qui on prend la température chaque jour. Le pauvre a fini terrorisé par les regards portés sur lui. Pareil pour le bâtiment de la DDASS de Cergy-Pontoise, qui a été bouclé la semaine dernière pour une suspicion de cas d’Ebola. Finalement, cette personne d’origine africaine arrivée de Guinée venait de faire un simple malaise…

Oui le risque est présent. Oui le virus est contagieux. Mais faudrait-il être en contact avec les fluides d’un malade (salive, urine, sang, selle …), et en avoir sur une blessure ou dans la bouche, le nez, les yeux ou les oreilles… Autrement dit, le risque est minime.

La barre du métro ne vous fera rien si vous la touchez et vous lavez les mains ensuite. Serrer la main d’un collègue ne vous provoquera pas de fièvre hémorragique non plus. Respecter les règles d’hygiène de base et bien sûr, éviter tout contact avec une personne infectée, restent les meilleurs moyens pour ne pas céder à la panique.

Inès El Laboudi

Articles liés

  • Burkini, la saison de trop d’une série bien française

    Alors que le conseil municipal de la ville de Grenoble a autorisé en début de semaine les femmes qui portent le voile à nager avec un maillot couvrant, la classe politique s'est déchirée devant la décision. Aux avant-postes, l'État et le Ministère de l'Intérieur qui compte une nouvelle fois empêcher les femmes musulmanes d'accéder à un service public. Nouvelle saison, d'une série tristement française. Édito.

    Par Félix Mubenga
    Le 20/05/2022
  • En Seine-Saint-Denis, la NUPES « vise le strike »

    Le 17 mai, les 12 candidat·e·s de Seine-Saint-Denis de la NUPES ont déposé collectivement leurs candidatures à la préfecture de Bobigny. L'occasion d'affirmer la détermination de la gauche unie de gagner dans toutes les circonscriptions du 93. Mais l'élan Mélenchon retrouve-t-il sa légitimité sur le terrain ? Reportage.

    Par Anissa Rami
    Le 19/05/2022
  • À Aubervilliers, la NUPES se rassemble « pour l’histoire »

    La NUPES - Nouvelle Union Populaire Écologique et Sociale - s'est lancée officiellement à Aubervilliers. Après des jours de négociations médiatisées, les partis de gauche se sont réunis samedi 7 mai en Seine-Saint-Denis pour lancer officiellement la campagne des législatives avec lesquelles ils et elles espèrent transformer l'essai de Mélenchon à la présidentielle. Reportage.

    Par Hadrien Akanati-Urbanet
    Le 08/05/2022