Les élections cantonales de 2008 avaient constitué une révolution. Dans un département communiste depuis sa création, les socialistes avaient réussi à créer la surprise en plaçant Claude Bartolone à la tête du conseil général de la Seine-Saint-Denis. Depuis, six ans ont passé, François Hollande est devenu président de la République, Claude Bartolone a délaissé Bobigny pour le perchoir de l’Assemblée et de l’eau a coulé sous les ponts, noyant avec elle les promesses de changement.

Devenues départementales, les élections prévues dans un mois pourraient engendrer un véritable séisme politique dans le 93. La droite pourrait, pour la première fois en près de cinquante ans, présider aux destinées de ce bastion historique de la gauche. Hier illusoire, l’idée fait en tout cas son bonhomme de chemin parmi les acteurs et observateurs politiques. Elle prend sa source dans un alignement des planètes politiques inédit, assez largement à l’avantage de la droite.

Objectif de la droite : poursuivre la dynamique des municipales

La dynamique est en effet clairement du côté des partis d’opposition. Les élections municipales, en mars dernier, avaient vu 21 villes sur 40 remportées par un candidat de droite. Une percée électorale sur laquelle comptent bien s’appuyer les cadres locaux de l’UMP et de l’UDI. Le calcul est séduisant : si les Séquano-Dionysiens votent comme en mars dernier, la droite aura la majorité absolue au Conseil général.

Autre élément de nature à renforcer les espoirs des barons de la droite locale, la configuration politique du moment. Contrairement aux municipales, l’UMP et l’UDI ont réussi à tomber d’accord sur l’ensemble des villes du 93. Impulsé par Jean-Christophe Lagarde, président de l’UDI et maire de Drancy, le rapprochement fait bien belle figure à côté du déchirement de la gauche. En effet, le PS et le Front de Gauche ne sont pas parvenus à présenter des candidatures communes. En guerre depuis plusieurs années, socialistes et communistes locaux se livrent une nouvelles bataille dont le grand gagnant pourrait à nouveau être… la droite.

Après les prises de Bobigny, Saint-Ouen ou Aulnay-sous-Bois, trois des plus grandes villes du 93, la prise du Conseil général serait un énorme pas de plus dans la stratégie de conquête territoriale de l’UDI et de l’UMP. Mais il subsiste plusieurs inconnues trop prégnantes pour prévoir le résultat de ce scrutin, à commencer par l’abstention, qui a atteint jusqu’à 75% en 2008. Quatre semaines avant le scrutin, un constat unanime s’opère sur l’indifférence dans laquelle les citoyens vivent cette échéance électorale.

Abstention en vue ?

La réforme du scrutin, votée en 2013, ne devrait pas aider les électeurs à y voir plus clair. Peu de communication, peu de pédagogie, peu d’intérêt : quelles qu’en soient les raisons, force est de constater que les foules ne se déchaînent pas pour les élections départementales de mars. Combien sont ceux qui savent que la Seine-Saint-Denis n’a plus 41 mais 20 cantons, que le conseil général est renommé conseil départemental ou que leur mandat dure six ans ? La volonté politique n’y aide franchement pas beaucoup. Manuel Valls expliquait, encore récemment, vouloir supprimer les départements à l’horizon 2020. Difficile de se passionner pour l’élection d’une institution vouée à disparaître.

Il reste un mois aux candidats partis politiques et journalistes pour expliquer aux citoyens du 93 les enjeux et l’intérêt de cette élection. Une autre conséquence de ce désintérêt pourrait être politique. Le Front national présente, pour la première fois de son histoire, un candidat dans chaque canton de Seine-Saint-Denis. S’il paraît peu probable qu’il soit à même d’envoyer un conseiller siéger à Bobigny, le simple fait de sa présence en dit long sur sa montée en puissance locale. En attendant, PS, PCF, UMP, UDI affutent, comme tous les autres, leurs armes. Eux sont conscients que le destin de ce territoire, qui avait voté pour Hollande à 65% en 2012, intéressera bien au-delà des frontières du 93.

Ilyes Ramdani

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