Élue en 2002 députée PS de la circonscription de Bondy, Noisy-le-Sec et Romainville, en Seine-Saint-Denis, Elisabeth Guigou, plusieurs fois ministres, brigue un nouveau mandat aux prochaines législatives. À quelques jours de l’élection présidentielle, elle a reçu le Bondy Blog dans sa permanence bondynoise.

Qu’avez-vous réalisé en tant que députée pour la circonscription de Bondy, Noisy-le-Sec et Romainville ?

Quand j’ai été élue en 2002, j’ai dit aux Bondynois, aux Noiséens et aux Romainvillois que je voulais être leur voix à l’Assemblée nationale, pour mieux les défendre. J’ai voulu rencontrer le maximum de gens, les individus ou les associations qui voulaient me voir. En cinq ans, j’ai reçu plus de 2000 personnes et traité 3000 dossiers. Le problème numéro un, c’est la pénurie de logements sociaux. Il y a en moyenne, dans les trois villes de ma circonscription et dans toute la Seine-Saint-Denis, un logement disponible pour dix demandes. Le deuxième problème c’est l’emploi et les stages pour les jeunes. J’ai soutenu de nombreuses requêtes, avec des résultats. Autre problème, la sécurité. Je suis fréquemment en contact avec les commissaires de police. J’interviens aussi pour faciliter les projets des villes. Par exemple, pour que soit installé à Bondy le siège national, aujourd’hui à Paris, de l’Institut de recherche pour le développement. A Noisy-le-Sec, en collaboration avec la RATP et la Région, je travaille à un projet de réduction du bruit dû aux transports. Par ailleurs, j’ai obtenu, avec d’autres élus, que la ligne 11 du métro soit prolongée de la Mairie des Lilas à Romainville. Les crédits viennent d’être inscrits au contrat de plan 2007-2013. J’aide tous les projets des associations qui veulent renforcer le lien social.

Si vous étiez magicienne, quel visage urbain donneriez-vous à votre circonscription ?

Je ne suis pas magicienne. Je n’ai pas une baguette magique dans ma poche. Je le dis à toutes les personnes qui viennent me voir. La politique, c’est un travail lent, patient, rébarbatif souvent, c’est de l’action concrète, sur le terrain. Malheureusement, on ne peut pas changer la physionomie de certains quartiers d’un claquement de doigt. Je pense que c’est une aberration d’avoir mis les usines le long du canal de l’Ourcq, qui est un endroit magnifique, et des logements au-dessus des autoroutes et des voies de chemins de fer. Heureusement, aujourd’hui, la Mairie repense l’urbanisme. On réhabilite les logements sociaux ; Gilbert Roger ouvre le bois de Bondy, magnifique espace vert. Bien sur, on ne peut pas tout faire d’un seul coup.

Mais si vous deviez imaginer un autre Bondy, quelle physionomie aurait-il

Le problème principal de Bondy, c’est entre le nord et le reste de la ville car le canal et la N3 sont une coupure. Le Maire Gilbert Roger a des projets, pour relier les différentes parties de la commune et pour favoriser au Nord, la mixité sociale. A Bondy Nord, les commerces sont enclavés. Ça donne un sentiment d’enfermement. Le problème est le même à la cité Cachin de Romainville et à la cité du Londeau de Noisy-le-Sec. Mais avec les projets ANRU (Agence Nationale de la Rénovation Urbaine), ceci va changer.

À Bondy, traitez-vous de ces questions avec le maire Gilbert Roger ?

Bien sûr, très fréquemment. Je tâche de participer aux réunions ANRU, car les projets sont au cœur de la vie des Bondynois.

Et qu’est-ce qui va changer ? 

À Bondy Nord, des logements neufs remplaceront des immeubles vétustes, mais pas avant que les personnes ne soient relogées. Personne ne quittera son logement avant d’avoir été relogé dans son nouveau logement. L’animation socio-culturelle est aussi importante que la transformation des bâtiments. Ce qui compte c’est de faire vivre une ville. Il n’y a qu’un bureau de poste à Bondy nord. C’est insuffisant. Il n’y a pas de banque, pas assez de cafés, de restaurants. Et là, c’est l’affaire des initiatives privées, car les villes sont pauvres.

En 2003 il existait encore des séjours organisés par la municipalité pour les jeunes. Aujourd’hui ce n’est plus le cas. La politique de la jeunesse va-t-elle encore continuer à se dégrader de la sorte ?

Il y a en a toujours à ma connaissance. Il y en a chaque été et il y en a eu aux dernières vacances de printemps. Les crédits sont en augmentation. Il est dommage que la ville ne soit pas davantage aidée par le département et par l’État pour les politiques sociales. Le budget de la ville, ce sont les impôts des Bondynois, qui sont déjà assez élevés. La taxe d’habitation est plus élevée pour mon appartement de Bondy que pour mon appartement familial à Paris. Nous avons besoin d’une reforme profonde de la fiscalité locale. Il faudrait supprimer la taxe d’habitation. C’est un impôt injuste, mal compris. Il faudrait une péréquation entre les régions. L’Ile-de-France est une région très riche, mais vous voyez bien qu’il y a une différence abyssale entre le département des Hauts-de-Seine, celui de Nicolas Sarkozy, et le département de Seine-Saint-Denis. Je trouve anormal qu’il y ait quatre fois plus de policiers à Paris qu’en Seine-Saint-Denis. Cela veut dire qu’ici on ne connaît la police que par le biais des interventions de la BAC et des CRS.

Avez-vous un appartement de fonctions à Bondy ? Si oui, est-vous qui le payez ? Avez-vous une résidence secondaire ?

Comme tous les députés je me partage entre Paris et l’Assemblée nationale d’une part, et ma circonscription d’autre part. Les députés ont tous deux points de chute. C’est moi qui paye mon logement à Bondy, rue Roger Salengro. Je fais le va-et-vient entre mon appartement familial à Paris et mon appartement de Bondy où mon équipe et moi travaillons. Mon mari et moi, possédons une maison de vacances familiale dans le Vaucluse.

Qui sera votre suppléant aux prochaines législatives ?

Mon suppléant a été choisi en même temps que moi par les militants. Il s’agit de Philippe Guglielmi, premier adjoint au maire de Romainville.

Vous n’avez pas pensé à choisir un représentant de la diversité ?

J’aurais bien aimé avoir une femme issue de la diversité pour suppléante.

Souvent, les personnes de la diversité sont fortement impliquées dans les associations sur le terrain. Cette forme d’engagement ne mérite-t-elle pas plus de considération par les partis ? 

Il faut que les partis et les associations se fécondent mutuellement. À Bondy, il y a souvent une double appartenance parti-association. Mais je crois quand même qu’il faut aussi adhérer aux formations politiques.

Georgia Vincent, de l’UMP, sera votre rivale aux législatives. Ce sera comme aux municipales de 2001 à Avignon, une femme contre une femme ?

Madame Vincent a déjà été candidate contre moi la dernière fois. Je l’avais battue. Il reste que je la respecte. A Avignon, mon adversaire était aussi une femme, la député-maire Marie-Josée Roig, que j’avais battue aux législatives de 1997 d’une petite marge, Avignon étant une ville de droite et d’extrême droite. Je me suis présentée contre elle à la mairie en 2001. Je n’ai pas réussi à conquérir la ville. Il faut prendre des risques et accepter d’être battu quand on fait de la politique.

Pourquoi le PS est-il en retard sur l’UMP concernant la nomination de personnes issues de la diversité à des postes de députés ou de ministres ?

Je n’en suis pas si sûr que vous. Avez-vous des chiffres ?

Il y a l’exemple des régions. Le PS les contrôle toutes depuis 2004, sauf l’Alsace. La question de la représentation de la diversité était déjà d’actualité à l’époque, or le nombre de conseillers régionaux PS issus de la diversité est très bas, moins de 30 sur toute la France. Pourquoi n’avoir pas plus tenu compte de cet aspect à ce moment-là ?

Nous n’avons pas suffisamment pris en compte cet aspect, en effet. Mais nous avons quand même fait des efforts. Kader Arif, issu de la diversité, a mené l’ensemble de la région sud-ouest aux élections européennes de 2004, ce n’est quand même pas rien.

On constate un glissement important des populations des quartiers, traditionnellement plutôt à gauche, vers l’UDF ou l’UMP, voire le FN. Pourquoi ne faites vous rien pour retenir ces populations dans votre giron ?

D’abord, je vous trouve bien affirmatifs sur le prétendu transfert vers l’UMP. Méfiez-vous, car si Nicolas Sarkozy est élu président de la république, il ne vous restera que vos yeux pour pleurer. C’est bien, les mouvements d’humeurs, mais il y a des politiques à préserver. Il y a au PS des engagements sur la scolarité que vous ne trouvez ni à l’UMP ni à l’UDF. Avec le PS, tous les postes de profs supprimés seront rétablis, il y aura à nouveau des aides-éducateurs et des psychologues ainsi que des infirmiers et des médecins scolaires. Les classes de CP et de CE1 ne compteront pas plus de 17 élèves dans les quartiers défavorisés.

Le PS a utilisé SOS-Racisme et aujourd’hui Ni putes ni soumises, à la fois comme vivier et comme caution de l’action socialiste envers les populations des quartiers sensibles. Or on s’aperçoit que ces associations sont très peu légitimes et très peu présentes sur le terrain. Quelle serait votre nouvelle stratégie pour regagner du terrain en banlieue ?

Croyez vous ? Je me souviens du fantastique succès de la marche organisée par Ni Putes Ni Soumises. Nous nous appuierons sur la formidable énergie et créativité des habitants des quartiers. Quand on leur fait confiance, ils réussissent.

Comment trouvez-vous la campagne de Ségolène Royal ?

Je trouve que nous avons une candidate courageuse, avec une force physique et mentale très remarquable. Elle a beaucoup d’intuition, de créativité et de volonté. Elle tiendra ses engagements. Elle a su construire un socle très solide avec la démocratie participative et l’accent qu’elle a porté sur les problèmes du quotidien. Je pense que le deuxième tour de l’élection doit se jouer entre Ségolène Royal et Nicolas Sarkozy. Elle a toutes les chances de gagner.

Si François Bayrou gagnait l’élection présidentielle et vous proposait, à vous personnellement, d’intégrer son gouvernement, est-ce que vous iriez ?

Premièrement, je pense qu’il ne gagnera pas. Ensuite je ne me laisse pas débaucher. Je veux que Ségolène Royal soit la première Présidente de la République.

Comme vous l’avez peut-être lu sur le Bondy Blog dimanche dernier, Ségolène Royal nous a énormément déçus lors de sa venue au parlement des banlieues, à Villeurbanne. Vous n’y étiez pas. Pourquoi vous, députée de Seine-Saint-Denis, ne l’accompagnez-vous pas plus souvent lors de ses déplacements en banlieue ?

Je serais bien allée à Villeurbanne mais ce jour là, Ségolène m’a demandé d’aller à Rome pour la représenter, à l’occasion du 50e anniversaire du Traité de Rome. En revanche, j’étais présente au parlement des banlieues de Bondy en novembre. Je tâche d’être très présente et de faire campagne dans ma circonscription mais aussi partout en France ainsi qu’à l’étranger.

Lorsque Ségolène Royal est venue à Bondy en novembre, elle a dit qu’elle y reviendrait en janvier 2007.

Elle m’a dit qu’elle reviendrait au Parlement des banlieues. Elle est allée à Villeurbanne.

Elle n’a pas fait de propositions concrètes. Qu’en pensez-vous ?

Dans ses 30 propositions, elle a bien pris en compte les domaines de l’éducation et de l’emploi. Dans son pacte présidentiel, elle prévoit 125 000 logements sociaux construits par an avec un service public de la caution, les logements étudiants, etc. Ce sont des propositions qui bénéficieront d’abord aux quartiers.

Quels enseignements tirez-vous des affrontements de la gare du Nord, en dehors de la condamnation du bilan de Nicolas Sarkozy ?

Je suis consternée de voir qu’un simple contrôle, légitime, de titre de transport dégénère de cette façon. Cela ne se passe dans aucun autre pays d’Europe. Il faut absolument mener une politique qui retisse les liens entre la police et les citoyens. C’est pour cela que Ségolène Royal propose de remettre en place la police de proximité. Notre objectif c’est la sécurité pour tous. Les seuls contacts entre la police et les jeunes sont devenus des liens d’affrontement. L’extrême droite profite de ce système de violence. Et Nicolas Sarkozy fait un fond de commerce de l’insécurité. Il faut que la sécurité redevienne l’affaire de tous.

Vous êtes née au Maroc. Quel souvenir avec vous de ce pays ? y avez-vous gardé des attaches ?

Non seulement j’y suis née, mais j’y ai passé toute mon enfance et mon adolescence ? J’ai fait toutes mes études là-bas : primaires, secondaires et deux années d’études supérieures à la fac de Rabat. J’ai vécu au Maroc jusqu’à l’âge de dix-huit ans. Donc c’est mon pays de naissance et de cœur. Il y a des bonheurs que je n’ai que là-bas. Je ne parle pas arabe, et je le regrette. Mon père parlait couramment l’arabe et je comprends quelques mots. Quand je vais au marché de Bondy Nord, je retrouve l’ambiance de mon enfance. J’ai aussi retrouvé ici des amis d’enfance, par exemple, une amie avec qui j’étais en classe à Marrakech qui habite à Pavillons-Sous-Bois. Le fait de vivre là-bas m’a appris que la diversité est une richesse, que l’on peut additionner les identités. Je me sens à la fois française, marocaine et européenne, et d’ailleurs citoyenne du monde quand je vais ailleurs. Mon engagement politique s’est structuré là-bas, au moment de la guerre d’Algérie, mon engagement à gauche s’est structuré à partir de l’anticolonialisme. C’est paradoxal, je savais qu’en cas d’indépendance mes parents devraient quitter le Maroc, mais j’ai toujours pensé que tous les pays avaient le droit d’avoir leur autonomie et leur indépendance.

Propos recueillis par Nadia Boudaoud, Hanane Kaddour, Idir Hocini

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