Ne pas se laisser envoûter par le luxe. Ne pas être ébahi par la splendeur des lieux. Ne surtout pas admirer, de longues minutes, les somptueux lustres qui pendent, ni les sculptures dorées à la feuille d’or. Cachez ce luxe que nous ne saurions voir ! Mardi après-midi, un jour avant l’ouverture par Nicolas Sarkozy de la conférence internationale de soutien à l’Afghanistan, l’Assemblée nationale a retroussé ses manches. A l’initiative de son président Bernard Accoyer (UMP) et d’Aurélie Filippetti, vice-présidente du groupe PS, une ribambelle de personnes plus ou moins connues, plus ou moins vues à la télé, mais certaines pas du tout, se sont penchées sur cette république islamique d’Asie centrale.

Alors oui, vous nous direz : « L’Afghanistan ? Ras la casquette ! » Détrompez-vous ! L’Afghanistan, ce ne sont pas que guerre et soldats, que tirs de rockets et renforts français dépêchés pour remporter la victoire contre le « terrorisme ». C’est, aussi, une vie quotidienne peu évoquée, voire pas du tout.

La vie quotidienne afghane, en particulier féminine, voilà le sujet du jour. Des personnes impliquées dans cette cause quotidienne ont pris place sur l’estrade de la salle des fêtes de l’Hôtel de Lassay : Valérie Toranian (directrice de la rédaction de Elle) ; Marie-Françoise Colombani (éditorialiste au même magazine) ; la présidente de l’ONG Afghanistan libre, Chekeba Hachemi, accompagnée de Massoda Kazan, rédactrice en chef du journal afghan Roz, qui, après un long périple, se trouve dans la capitale française pour une semaine. Un voyage, que cette demoiselle de trente-deux ans « n’aurait jamais imaginé », mais qui a été possible « grâce à l’équipe de Elle (qui soutient le journal depuis le premier numéro, il y a six ans) et à son père ».

En effet, la journaliste afghane avoue avoir été étonnée par l’acquiescement soudain de son paternel à son projet de déplacement à des milliers de kilomètres du domicile familial. Le même qui lui opposait un refus lorsque qu’elle souhaitait, pour des raisons professionnelles, se rendre à un endroit situé à deux heures de voiture de sa ville natale.

Tout au long de la conférence, devant une salle presque comble, où l’on remarquait quelques députés ainsi que Monica Bellucci, invitée d’honneur de Elle, les témoignages se succèdent les uns aux autres. Un chirurgien qui a construit un grand hôpital en Afghanistan, décrit la misère qui subsiste dans le milieu médical. Et notamment les conditions d’accouchement : « Une femme afghane sur neuf meurt. L’espérance de vie, elle, dépasse rarement les quarante-deux ans. »

Education, sujet propice à l’indignation : « Neuf femmes sur dix sont analphabètes. » La presse, maintenant. Massoda Kazan, la rédactrice en chef de Roz, dit rencontrer des difficultés lorsque qu’elle souhaite « interroger des hommes », mais « les problèmes de sécurité des journalistes sont ceux de tout Afghan ».

C’est l’heure des questions-réponses. Les fameuses questions-réponses, où chacun a beaucoup de choses à dire ! Les personnes de « terrain » se relaient au micro. Certaines pour promouvoir la culture afghane, d’autres pour faire entendre un cri douloureux. Par exemple, cette parlementaire (27% des parlementaires afghans sont des femmes) jugée puis exécutée. Les témoignages se mêlent aux blablas des député(e)s, au grand dam des « vrais militants ». C’est à celle qui a le plus mouillé son chemisier pour l’Afghanistan ! Deux heures passent et pour finir, une blague, à laquelle nous n’avons pas tout compris. C’est un réalisateur afghan qui s’y colle, avec cet humour qui rappelle l’humour des années noires algériennes ou bosniaques.

Monica Bellucci, à nous trois ! Elle n’a pas parlé mais elle a écouté religieusement. Elle se tient devant nous. Un dossier à la main, un léger sourire aux lèvres. Le géantissime député UMP de Paris Pierre Lelouche, qui n’attendait que ce moment-là, la salue avant nous. Il la remercie et bafouille une phrase qui restera : « Cela fait du bien à tout le monde ». Du haut de son accent italien plein de charme, elle nous avoue « vouloir faire quelque chose » à la suite de cette « conférence très intéressante ». « J’ai envie d’apporter mon aide. »

Mehdi Meklat et Badroudine Said Abdallah

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