Les bottes des motards claquent sur le pavé. Les grosses berlines font crisser le gravier. Dans l’ombre du perron de l’Elysée, les journalistes sont en embuscade. Leurs cibles sont au chaud, réunis pour un sommet social préélectoral au cours duquel le Président devrait dérouler ses ultimes mesures anticrise.

9h : Les participants finissent d’arriver. Les flashs crépitent, les journalistes jouent du coude. A l’intérieur, une seule caméra POOL est admise. Le cadreur n’en revient pas « tu fais deux plans, 30 secondes d’images et hop, fissa dehors dans le froid ». Syndicats et ministres sont autour de la table, le président serre des mains, s’assoit. Dehors, l’hiver a repris ses droits. Parka, bonnet, gants, les cadreurs sont parés. Pour eux ce n’est que le début d’une interminable attente.

10h : Tous les médias sont arrivés. Au milieu de la mêlée franco-française, deux journalistes qatari et saoudien, un reporter russe et une équipe de télé chinoise. Ces derniers semblent perdus dans la cohue, cherchant à interroger leurs confrères français pour une analyse. Ces derniers les évitent, prétextant un direct imminent, un coup de téléphone inopportun. Très vite, la salle de presse est prise d’assaut. Alors que l’air flirte avec le zéro Celsius dans la cour, la pièce exiguë, bruyante, offrent le luxe incommensurable d’un distributeur de café et d’une température positive.

11h 15 : « Putain il y a plus de café ! ». Sommet de crise : le distributeur est à sec. Les journalistes commencent à s’échauffer. L’échéance du sommet est constamment repoussée. Personne ne sortirait avant 13h. Dehors, une brochette de reporters TV enchainent les directs répétant encore et encore le même refrain. A l’intérieur, un vieux briscard de la politique dont la carte de presse dépasse à peine le numéro 30 000 raconte les campagnes précédentes. Les langues se délient : « Il fallait le faire en 2007 ce sommet, à trois mois de la présidentielle l’impact est ridicule ». Le syllabus du discours que le président prononcera à la fin du sommet circule parmi les journalistes. Les mesures d’urgence resteront consensuelles, le président réservant les autres pour son allocution fin janvier.

12h50 : « Ils sortent, ça bouge ». Les journalistes se ruent sur le perron. Le cordon rouge installé par le staff élyséen est vite repoussé. Les photographes interpellent les techniciens son, les caméramans déploient leur perche. Un à un les ministres sortent, restent sourds aux interpellations des journalistes et s’engouffrent dans leur Citroën, Renault ou Peugeot banalisées. Les syndicalistes prennent la parole tour à tour. Les perches des radios s’entrechoquent, ce sont les réactions importantes à ne pas rater.

14h : La faim commence à gronder parmi les journalistes. Une folle rumeur circule : des sandwichs seraient mis à la disposition de la presse après le sommet. Mais voilà le président qui va faire son allocution. Dans la salle, une seule caméra de TF1 et quelques rédacteurs. Comme à son habitude le président est bref et dès l’allocution finie les reporters se ruent en salle de presse rédiger leur analyse.

14h30 : Par une porte latérale certains journalistes s’éclipsent. Salon après salon ils s’enfoncent dans les ors de la République pour enfin arriver à leur destination. Une salle de presse beaucoup plus imposante, suréquipée. Mais leur principale préoccupation n’est pas les terminaux internet. Sur le côté, une foule déjà nombreuse se réunit. Soudain, une brèche parmi les journalistes et enfin apparaît le Saint Graal.
A défaut de réactions, les reporter partiront au moins le ventre plein.

Rémi Hattinguais

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