La charte de la diversité attire toujours du monde. Surtout quand ce sont les medias qui la signent ! Mercredi, quelques gens influents dont Michel Boyon, président du CSA et Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale, étaient au 17e étage de la Tour Mirabeau (Paris 15e), siège du CSA. Objectif ? L’agrandissement de la famille « charte diversité », spécial médias audiovisuels.

Une étape importante pour l’association IMS-Entreprendre pour la cité, dont le président Claude Bébéar avait lancé la charte de la diversité en entreprise en 2004 aux côté de Yazid Sabeg, commissaire à la diversité. Un concept qui plaît apparemment aux patrons de médias. Car quinze d’entre eux sont venus rejoindre le club encore très fermé des medias déjà signataires. Parmi les petits nouveaux, Radio Enghien, Vivre Fm ou encore Beur Fm, « un rendez-vous évident », pour Nacer Kettane, pdg de la radio estampillée diversité. D’autres plus importants comme Europe 1, Endémol, Arte France, M6 ou Direct 8. Une avancée quantitative, donc. Mais qualitative, aussi, avec l’entrée des grands médias dans le champs de la diversité. Une petite révolution vu la pâleur persistante des écrans…

Selon l’IMS, « en 5 ans d’existence de la charte média, seulement huit organes de presse ont adhéré ». Pas étonnant alors, d’entendre Nadia Bey, journaliste et animatrice de la matinée rendre un vibrant hommage « aux pères fondateurs de la charte assimilés à des pionniers », des mots frisant presque l’obséquiosité. Un côté surjoué propre à ce type de cérémonie que certains assimilent d’ailleurs à « des séances d’autocongratulations collectives ».

Pour autant, la panoplie de chartes, labels, guides de bonnes pratiques ou secrétariat d’Etat dévoués à la diversité ne doit pas faire oublier le travail accompli par le CSA depuis 2007. D’abord parce que Rachid Arhab, ancien journaliste de France 2, membre du CSA, défend une vision « scientifique » de sa démarche en tant que président du groupe de travail « diversité ». Un terme peu entendu dans les multiples cocktails ou colloques dédiés à la diversité.

Ensuite, parce que l’équipe du CSA mène un travail de longue haleine depuis trois ans. « Nous avons rencontré l’ensemble des observateurs pour prendre le temps de la compréhension », précise-t-il. Dans cette approche scientifique, le CSA a mis en place un baromètre pour observer les programmes de télévision. Un outil interprété par certains comme « une atteinte à la Constitution ». Cet outil de mesure n’arrange pas tout le monde, mais force est constater que cette fameuse charte tournée propre à l’audiovisuel initie un mouvement qui semble irrésistible.

« Nous nous sommes inspirés de la charte des entreprises car le monde économique a compris très tôt ce qui se passait en termes de diversité », poursuit Rachid Arhab. Six ans après son lancement près de 2800 entreprises ont rejoint la charte. Au début en traînant la patte. « Quand on a commencé notre tour de France en 2004, les patrons nous écoutaient d’une oreille plutôt distraite », explique Claude Bébéar au Bondy Blog. L’engagement fait peur. « Quand on dit oui, il faut aller jusqu’au bout », note Rachid Arhab, expliquant ainsi la timidité relative des médias face à la diversité.

Aller au bout. Rendre des comptes, donc. Le document signé hier le précise bien. Voici quelques-unes des « pénalités » auxquelles s’exposent les signataires de la charte « diversité » des médias audiovisuels en cas de manquement à leurs engagements : lecture à l’antenne d’un communiqué en cas de manquements aux engagements, sanctions financières de 3% maximum du chiffre d’affaires… Pan sur les doigts des mauvais élèves ! Le progrès par la sanction.

En France, va pour le concept de diversité, mais sa mise en pratique est une autre histoire. Surtout lorsqu’il s’agit qu’elle se voie à l’écran, qu’elle s’entende à l’antenne, qu’elle accède à la direction d’un média. Et ceux qui bloquent ne sont pas toujours ceux que l’on pense. Ce ne sont en tout cas ni les téléspectateurs, ni les auditeurs qui y mettent de la mauvaise volonté. Mais plutôt ceux qui tiennent les rênes des « pouvoirs ».

Un constat que confirme Hervé Bourges, président du Comité permanent de la diversité de France Télévisions. « Il ne suffit pas de signer des chartes, c’est un problème de mentalités », confie-t-il au Bondy Blog. Et de poursuivre : « Un patron me disait : « Pourquoi voulez vous mettre un Noir ou un Arabe à l’écran ? Ça plombe l’ambiance… » »

Pas si sûr. L’atout économique de la diversité pourrait bien convaincre les plus réfractaires au changement. Après tout, la France entière regarde la télévision ou écoute la radio, les premiers loisirs des Français*. Si cette réalité échappe pour l’instant aux dirigeants, les membres du CSA l’ont bien intégrée. « C’est de la société que doit venir le changement », glisse Rachid Arhab. Premier bilan en juillet 2011.

Nadia Moulaï

*L’étude Gfk a été réalisée sur Internet du 28 octobre au 5 novembre 2008 auprès d’un panel de 2000 personnes.

Légende photo : Rachid Arhab, membre du CSA ; Kag Sanoussi, secrétaire général de la charte de la diversité ; Claude Bébéar, président d’IMS-Entreprendre pour la cité ; Eric Besson, ministre de l’immigration, de l’intégration et de l’identité nationale (de gauche à droite).

Nadia Moulaï

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