Des maires se rassemblent et s’organisent contre une « République en échec ». Aujourd’hui se tiennent les assises pour l’égalité en Seine-Saint-Denis à l’initiative de parlementaires de toutes tendances politiques. Ce que nous ressentions depuis longtemps sur le terrain a été confirmé en mai dernier par un rapport parlementaire inédit qui dresse un constat sans appel de l’action de l’Etat en Seine-Saint-Denis.

L’Etat se rend coupable de non-assistance à territoires en danger

Dans notre département, l’Etat recule, partout, pour toutes et tous, à rebours complet des effets d’annonce. Nos populations souffrent. L’Etat se rend coupable de non-assistance à territoires en danger. Coupable d’une rupture d’égalité sciemment administrée. Les services publics dans notre département pâtissent du sous-effectif, de personnels expérimentés, d’un turnover élevé dans la police, les écoles et les tribunaux. Nos enfants perdent l’équivalent d’une année d’enseignement au cours de leur scolarité. Les tribunaux sont structurellement engorgés au point que des centaines de procédures sont classées sans suite, quand ce n’est pas directement le tribunal qui doit fermer ses portes. Les policiers sont en sous-effectif et en incapacité de répondre à la détresse des habitants. Et que dire de la multiplication des déserts médicaux, du chômage de masse qui touche nos populations les plus jeunes, du mal logement et de l’habitat indigne qui s’installe durablement ?

Ces politiques spécifiques servent de cache-misère aux carences de l’Etat dans ses missions de droit commun

Le constat est sans équivoque. Les politiques menées sur notre département sont inadaptées et inégalitaires. Loin de corriger les discriminations structurelles que subissent les habitants, elles les perpétuent et les aggravent. Elles brident l’énergie formidable du département le plus jeune et le plus divers de France. On laisse entendre que nous serions prioritaires, que des moyens exceptionnels seraient consacrés à nos territoires. Il n’en est rien. Ces politiques spécifiques servent de cache-misère aux carences de l’Etat dans ses missions de droit commun. Le mal d’Etat, c’est « la nécessité d’agir de façon visible qui a pris le pas sur la capacité d’agir en profondeur ».

Nous ne demandons pas une énième politique spéciale. Nous demandons avant tout l’égalité

Nous ne demandons pas une énième politique spéciale. Nous ne sommes pas non plus favorables à la pratique de la “discrimination positive.” Nous demandons avant tout l’égalité en matière de services publics, une égalité concrète de moyens et d’ambitions pour nos populations. Nous participerons aux assises de l’égalité en Seine-Saint-Denis avec détermination mais sans illusion. Il en va de notre devoir de Maire, de notre légitimité, de protéger et d’agir pour nos habitants, quand le danger est manifeste et que l’omission de porter secours à personne en péril est attestée. Le mal d’Etat, c’est la République qui manque à ses obligations, qui manque au principe d’égalité. C’est la République qui s’oublie, qui se renie, qui s’atrophie. Nous allons agir pour qu’enfin l’Etat de droit s’applique.

Sylvine THOMASSIN, maire de Bondy

Azzedine TAIBI, maire de Stains

Mohamed GNABALY, maire de l’Île-Saint-Denis

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