Quatrième invité de l’émission Génération Bondy tournée lundi, à la brasserie Le Murat, à un jet de pierre de la gare de Bondy, Eva Joly a répondu aux questions de nos bloggeurs et des journalistes qui les accompagnaient. Les premières ont tourné autour de l’immigration. La députée européenne estime que la France doit accueillir sur son sol les émigrés tunisiens qui affluent alors que leur pays connaît  la première révolution de sa jeune histoire : « Notre société serait malade, si elle ne pouvait, au moins temporairement, accueillir ces populations. » Reste que pour la candidate à la primaire d’Europe Ecologie Les Verts, la solution passe par « une aide accrue au développement en direction des pays du sud ».

Deuxième question qui retient l’attention de nos blogueurs, l’écologie en banlieue. « Ce qui intéresse les gens de mon quartier, c’est de savoir si l’interphone marche ou  si la porte du hall se ferme bien », raconte Saïd. Ce à quoi Eva Joly répond : « Un éco-quartier est plus confortable. Par exemple, de par son isolation, on n’est moins sensible aux nuisances sonores. Il faut commencer à les mettre en place tout de suite, au rythme de 400 000 logements par an. »

La candidate écologiste profite de l’émission pour clamer son rejet catégorique de l’énergie  nucléaire et remettre en question ses avantages supposés : « Ce n’est pas vrai, ce n’est pas une énergie moins chère. La vitesse crée les accidents de la route, le nucléaire, les accidents nucléaires. Cent éoliennes remplacent une centrale nucléaire. Comme il faut les construire, en plus d’une énergie propre, une énergie verte crée  des emplois. »

Repenser la croissance, imposer le bio dans les cantines, développer les transports collectifs, mettre au niveau les périphéries face aux centres-villes, ce sont les premières mesures qu’elle mettrait en place « dès les premières semaines de [sa] présidence », si bien sûr, elle est élue. « Je mettrais en place un grand ministère de l’Ecologie et de la Justice territoriale. »

Le Grands Paris ? « Il y a de bonnes idées, encore une fois, à condition de développer les transports en commun. » Autoriser les municipalités à limiter ponctuellement la circulation des voitures polluantes ou en fin de vie, en ville ? « Moins de circulations c’est bien. Ceci dit, pas question de n’autoriser la circulation qu’aux personnes qui ont les moyens de se payer de belles voitures neuves. »

Ancienne juge, Eva Joly s’est dite particulièrement scandalisée par le non-lieu qui a conclu l’affaire Zyed et Bouna, les deux jeunes Clichois morts dans un transformateur EDF après une course poursuite avec des policiers, dont les décès ont déclenché les émeutes en banlieue de 2005. « Il aurait fallu un procès. L’innocence ou la culpabilité des policiers aurait pu être prouvée. Cette décision vise à faire plaisir au ministre de l’Intérieur. » Et d’en profiter pour annoncer : « Dès la première semaine de ma présidence, j’œuvrerais pour que le parquet soit indépendant. »

Zyed et Bouna avaient pris la fuite, pourtant ils n’avaient a priori rien à se reprocher, les policiers ne voulaient faire qu’un simple contrôle de routine. Pour Eva Joly, certains de ces contrôles sont abusifs: « Il y a trop de contrôles au faciès. Si je suis présidente, je suis pour la création d’un carnet de contrôles pour mesurer le nombre de ceux-ci. »

Enfin l’entretien avec les Bondy blogeurs s’achève par une question sur le regard que peut porter une Norvégienne, la nationalité d’origine de la candidate, sur la situation en France. « Je suis française avant tout, précise-t-elle, je vis en France depuis 1964. Ceci-dit, j’ai une double culture. Par rapport à la Norvège, je peux dire qu’il y a un léger retard démocratique en France. Le pays de par son histoire, a gardé certains héritages que la révolution française, bourgeoise, n’a pas su ou voulu éradiquer. On le sait, la bourgeoisie tend à imiter l’aristocratie, en France le maintien des classes reste très marqué. »

Idir Hocini

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