Investi par l’UDI, Farid Temsamani présente l’une des six listes qui s’opposent au maire actuel Stéphane Gatignon pour les municipales de 2014. À trois semaines des élections, Temsamani revient sur sa candidature et sur la politique du maire sortant.

C’est un politique entrepreneur. Les tracts à la main, il partage l’entrée de la gare Sevran-Beaudottes avec un petit groupe de témoins de Jéhovah. Farid Temsamani, 35 ans, a été investi par l’UDI pour les municipales à Sevran, où il réside depuis trois ans. Originaire de Versailles et Mantes-La-Jolie (78), il est diplômé de l’ESSEC et de l’IRIS, un centre privé d’expertise stratégique et internationale. Ancien conseiller politique auprès de ministres, il est actuellement conseiller d’intelligence économique et chef d’entreprises dans le 92, le 77 et le 75.

Affable, bien mis, il m’explique son parcours et son ambition. « À l’origine, la politique ne m’intéressait pas. Il y a un an et demi, j’ai rencontré un chauffeur de taxi, à Singapour, qui m’a dit : “je connais Sevran, c’est bien là-bas qu’on s’entre-tue ?” Ça a été une prise de conscience. Qu’on ait une notoriété aussi déplorable à dix mille kilomètres ! C’est comme ça que j’ai commencé à m’intéresser à la politique. »

À mesure que la foule défile devant nous, le candidat me donne son point de vue sur Sevran. « La ville est sans cesse stigmatisée. Quand les médias ne parlent de Sevran qu’en termes non élogieux, ça me fait très mal. Parce qu’il y a autre chose. Ça n’est pas parce qu’on vit dans un “quartier” qu’on n’est pas heureux. On a quelques atouts formidables. Le canal de l’Ourcq est extraordinaire. Nous avons des réussites économiques. Des personnes qui se sont battues pour ouvrir leur entreprise, qui emploient des gens et qui sont épanouis. Mais il faut davantage les valoriser, pour inciter d’autres habitants à entreprendre. »

« Le cadre de vie n’est pas ce qu’il devrait être »

La séance de tractage terminée, nous parcourons les rues du quartier populaire des Beaudottes. Le candidat m’explique son coup de foudre pour la ville, où il emménage il y a quelques années pour des raisons personnelles. « Sevran, c’est une mini-France. Ce sont tous les problèmes du pays concentrés sur un territoire d’un peu moins de 51000 habitants : difficultés économiques et de vivre-ensemble. » Il déplore l’isolement entre les quartiers. « Le cadre de vie n’est pas ce qu’il devrait être. » Il entend « redonner une âme à cette ville », en reconstruisant le centre-ville, en construisant de nouvelles infrastructures.

« Sevran a été abandonnée par la municipalité de gauche depuis treize ans. » Pour Farid Temsamani, le maire actuel n’a pas suffisamment incité les commerces à s’implanter à Sevran. « Il faut redynamiser le quartier. » Le candidat UDI dénonce également son inefficacité contre la désindustrialisation de la ville. Il reproche enfin au maire sortant de ne pas avoir tiré profit de son mandat de conseiller régional pour porter des projets de formation professionnelle.

« Le maire, premier magistrat, arrive à enfoncer davantage la ville. Comment est-ce possible ? La société rejette les personnes, que ce soit par l’échec scolaire ou, plus tard, par la discrimination territoriale. Il y a des jeunes, ici, qui peinent à trouver un stage, parce qu’ils viennent de Sevran. Alors, quand la municipalité abandonne les gens, il ne faut pas s’étonner qu’ils soient dégoûtés de la politique, que certains fassent du trafic de stupéfiants. Ceux-là ne le font pas par plaisir ! »

Le candidat UDI évoque la mauvaise coordination de la municipalité avec la communauté d’agglomération Terres de France. Les différends entre le maire et le président de la communauté, François Assensi, un homme jugé « dur et inaccessible » par un habitant que nous rencontrons, sont en décalage avec les préoccupations des Sevrannais. « Ils se tirent la bourre pour des raisons qui nous dépassent. Les habitants sont à des années-lumières de ça. Et ce sont eux qui en pâtissent. »

« Depuis toujours, ceux qui prennent les décisions sont des gens qui ne vivent pas les conditions des habitants. Le minimum, c’est de savoir ce qui se passe, voire d’associer les gens aux décisions. » Le candidat revient sur la rénovation urbaine : « on a toujours réfléchi à la place des gens. C’est avec eux qu’il faut construire la rénovation urbaine, ce sont eux qui vivent les difficultés au quotidien. Si elle n’a pas eu les résultats attendus, c’est parce qu’on ne s’est pas préoccupé des gens. »

« À droite, ils sont trop racistes. À gauche, ils sont sur un nuage. Et moi, je suis pragmatique »

Lui, se présente comme un homme de terrain. « À droite, ils sont trop racistes. À gauche, ils sont sur un nuage. Et moi, je suis pragmatique », explique-t-il à un passant. Il désigne une femme en fauteuil roulant, qui peine à monter sur le trottoir. Il remarque que la voirie n’est pas adaptée. Il rappelle aussi la difficulté que rencontrent, à leur propre domicile, les personnes à mobilité réduite : dans les quartiers comme celui-ci, les réparations d’ascenseurs mettent des semaines. Il explique comment les bailleurs de fonds abandonnent la gestion de certains immeubles dès que les difficultés arrivent.

« Heureusement, les populations prennent le relais. Il y a tellement de difficultés qu’à un moment donné, les gens s’organisent. Il y a des personnes formidables dans ce quartier, qui ont pris le relais, qui ont créé des amicales de quartiers et qui se battent. Les gens se sentent délaissés. La municipalité devrait faire le lien avec les bailleurs. C’est à elle d’influer, d’imposer, de forcer le bailleur à répondre au quotidien aux difficultés. C’est elle qui donne le “la”, c’est d’elle que vient la volonté politique. »

« La mairie actuelle n’a pas de vision stratégique pour la ville. On gère l’urgence. Il n’y a pas de stratégie globale. » Il critique notamment les choix de la mairie pour l’aménagement urbain. Les tracés les plus récents de la voirie ont « uniquement une vocation répressive » : ils ont été conçus avant tout pour faciliter l’intervention des forces de l’ordre. Pour autant, Temsamani met l’accent sur la sécurité (augmenter la vidéo-surveillance, créer une véritable police municipale).

Il insiste aussi sur l’insertion professionnelle, en rappelant que Sevran est une des villes les plus jeunes de France. Il veut créer un centre de formation, une maison des entreprises. Valoriser les compétences des jeunes diplômés, accompagner les jeunes entrepreneurs. Faire venir des entreprises spécialisées en tirant profit du foncier disponible. Mais il aura du mal à mettre son programme en application sans une alliance des listes de droite au premier tour. L’ensemble de ces listes, la sienne comprise, n’obtiendraient que 35 à 40% des voix.

Farid Temsamani fait voeu de transparence. « J’ai signé la charte Anticor.» Par ailleurs, il déclare ne pas viser d’autres échéances, et s’oppose au cumul des mandats. Il entend améliorer le fonctionnement de la démocratie locale. « Je souhaite associer l’ensemble des forces politiques de la ville. Il faut aussi innover et mettre en place des réunions communes entre les conseils de quartier et le conseil municipal, même si c’est très complexe à faire, notamment pour choisir des représentants des habitants. Certaines personnes sont des forces vives de la ville, des gens qui sont investis dans la société civile (représentants associatifs, parents d’élèves…). C’est à eux qu’il faut tendre la main. Si vous arrivez à les associer à votre gouvernance municipale, vous avez tout gagné. »

Louis Gohin

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