Tout est normal. Tout va bien. On est prié de ne pas tiquer. Fillon 2 est le déploiement naturel de Fillon 1, l’envol après la couvée. Pardon, mais non. Le deuxième tour des élections législatives a contrarié la nature UMP. L’oiseau a un fil à la patte. Il n’a pas la belle allure espérée. D’abord, il manque Alain Juppé. Le souffre-douleur des Français, le pénitent de la République, convenait merveilleusement au poste ascétique taillé pour lui : le ministère de l’écologie. Jean-Louis Borloo, moine paillard, remplace un moine soldat. Qui sait, il sera peut-être touché par la grâce du CO2. Le transfert de Christine Lagarde de l’agriculture à l’économie, première femme à accéder à cette responsabilité, et dont les propos sont empreints d’intelligence et de rigueur, est a contrario une bonne nouvelle. Pour le reste, la poursuite de l’œuvre d’ouverture à la gauche et à la diversité ethnique, avec la désignation des secrétaires d’Etat, ne répond pas à toutes les promesses. L’entreprise donne des signes d’essoufflement. Nicolas Sarkozy et François Fillon ont choisi l’apparat et la récompense plutôt que le mérite et la compétence.

Deux nominations seront passablement commentées, celle de Rama Yade aux droits de l’homme et celle de Fadela Amara à la politique de la ville. La première est noire, diplômée de l’Institut d’études politiques de Paris. La seconde est clermont-ferrandaise, d’origine kabyle, socialiste et fondatrice de l’association Ni putes ni soumises. Ni l’un ni l’autre choix ne convainquent. Née en 1976, Rama Yade, malgré un caractère trempé, semble un peu jeune pour un secrétariat d’Etat aux droits de l’homme. Certes, elle fera une belle ambassadrice de la France plurielle. Certes, elle est africaine, et parmi ses futurs interlocuteurs, beaucoup le seront aussi, ce qui peut être un avantage dans des pourparlers, s’il doit y en avoir. Mais un homme ou une femme d’expérience aurait été un parti plus judicieux.

La nomination de Fadela Amara est encore plus contestable. Alors que la politique de la ville, et des banlieues en particulier, requiert une implication ferme et déterminée de sa part, elle n’a pas fait preuve, jusqu’ici, de beaucoup d’assiduité dans ses différents mandats et sa légitimité auprès des quartiers populaires comporte des failles. Membre du conseil municipal de Clermont-Ferrand, elle n’y siège pour ainsi dire jamais. Si, à travers Fadela Amara, Nicolas Sarkozy pense faire plaisir aux Français maghrébins, il se trompe. Pourquoi n’a-t-il pas proposé de secrétariat d’Etat au professeur de médecine Salem Kacet, membre de l’UMP ? Bien que ce dernier ait perdu dimanche à Roubaix, il aurait été un secrétaire d’Etat de poids dans le gouvernement. Mais, échaudé par la cohabitation avec Azouz Begag dans le gouvernement Villepin, le président de la République craint visiblement la présence à ses côtés d’hommes d’origine arabo-berbère. On peut saluer l’ouverture de l’exécutif à la « minorité musulmane », représentée par trois femmes (Rachida Dati, Rama Yade et Fadela Amara). Cela ne compensera jamais l’absence quasi totale de diversité ethnique à l’Assemblée nationale.

Antoine Menusier

Antoine Menusier

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