Tout commence par une belle histoire, contée par les blogueurs à travers la diffusion de la conférence de rédaction. Née à Séoul, abandonnée puis adoptée à six mois par une famille française, elle affirme n’avoir « pas eu la culture en héritage ». Cela ne l’empêche pas de suivre de brillantes études de l’ESSEC à l’ENA en passant par l’IEP de Paris. Un tel portefeuille lui tient donc particulièrement à cœur, elle qui pense que « c’est le rôle de la république » de démocratiser l’accès à cette culture. Cependant, le contexte politique n’est pas favorable à ce type de ministère. La politique d’austérité réaffirmée par le Gouvernement Valls n’en fait pas une priorité. Les Bondy blogueurs reviennent également sur le rapport anxiogène à l’école, et donc par extension au « devoir culturel » des jeunes, et sur une forme d’enfermement dans la culture classique.
Le décor est planté. La ministre acquiesce et appuie ses propos, considérant qu’il existe un réel « mépris de classe » qui n’adoube qu’une seule forme de « culture cultivée ». Au contraire, elle souhaite mettre en avant une « culture inclusive » à travers l’éternel exemple du street art, cette désormais vieille « nouvelle forme d’expression ». Elle ajoute non sans justesse qu’il faut « prendre en compte les codes des jeunes, partir de leurs pratiques ». Le discours est rodé, et plutôt bien, mais la mise en place semble plus complexe.
« Il y a beaucoup de précarité aujourd’hui à Radio France »
Après un édito au vitriol présenté par Mehdi Meklat et Badroudine Saïd Abdallah, revenant sur la situation à Radio France, Fleur Pellerin sort les crocs. Manifestement agacée, elle qui « se bat pour une sortie du conflit » considère que « le service public est encore un emblème ». Après ce bon échauffement, la voilà face à Idir Hocini, Claire Diao et Widad Kefti.
Sur le même thème, Idir l’interpelle sur les différences de rémunération, l’une des causes du mouvement social. Elle explique cela par les nombreux statuts au sein de la radio, que « les différents gouvernements n’ont jamais remis à plat » et souhaite « moderniser l’organisation de son corps social » avant d’ajouter « vous avez raison, il y a beaucoup de précarité aujourd’hui à Radio France. Est-ce que c’est normal dans un service public ? Non ». En ce qui concerne la légitimité de Monsieur Gallet, elle se contente simplement de suivre la position du CSA.
Du côté des baisses de subventions allouées à la culture, la ministre laisse échapper ce qui ressemble fort à un aveu d’impuissance. « Les deux tiers des financements viennent des collectivités ». Sa seule marge de manœuvre, déclare-t-elle, « c’est d’inciter ces dernières à ne pas les supprimer ». Widad souligne que l’organisation des festivals est liée à des enjeux politiques locaux. Fleur Pellerin met alors en avant « le principe de libre programmation » qu’elle promet de formaliser prochainement dans une loi s’opposant fermement à toute forme d’ingérence.
Une enveloppe d’un million d’euros pour les médias de proximité ?
Suite à la dernière échéance électorale, très largement remportée par l’abstention, les blogueurs lui demandent si la culture est un moyen pour pousser les gens vers les urnes. « Cela fait partie de la construction de la citoyenneté » répond la ministre. La Seine-Saint-Denis, plus mauvais élève en taux de participation, est le symptôme « d’une culture dont on se sent exclu, ferment du désengagement ». Pour remédier à cela, elle compte « réinvestir les réseaux d’éducation populaire », supplétifs historiques du gouvernement à travers de nombreuses associations en tête desquelles la ligue de l’enseignement, mais aussi les bibliothèques et les médiathèques. En sachant pertinemment que le principal, sinon unique financeur de ces structures est public, on peut s’interroger sur les moyens à mettre en œuvre pour un tel projet.
Autre thématique, celle de la diversité dans les médias. Fleur Pellerin compte débloquer une enveloppe d’un million d’euros pour les médias de proximité, qui sont le lieu de formation d’un « vivier » de journalistes pluriels. Mais comme le rappelle Claire Diao, il faut être attentif à ce genre de dispositifs, qui n’ont pas vocation à devenir les lieux d’expression exclusifs des jeunes de banlieue, ces derniers doivent avoir la possibilité d’intégrer « les grands médias classiques ».
L’addition n’est jamais un moment agréable pour les invités politiques. Nassira El Moaddem commence fort et lui présente les deux unes de valeurs actuelles qui ont valu à la rédaction du journal une énième condamnation en justice. « Il ne faut pas jouer avec les haines », ni « stigmatiser les populations en raison de leur origine ethnique ou religieuse, c’est nauséabond et dangereux ». Cependant, l’hebdomadaire est financé par le ministère à hauteur d’un million d’euros par an. Fleur Pellerin justifie cela par « le pluralisme de la presse » et ajoute « je ne peux pas être la censeur de certains médias ».
Enfin, interrogée sur la baisse des subventions dans les conservatoires, elle affirme que l’aide n’est pas supprimée. Simplement, elle sera « reversée sous forme d’appels à projets ». Les associations savent à quel point ce type de dispositif est chronophage pour le personnel qui va devoir, dans certains de ces organismes publics, y répondre pour survivre.
Dans l’ensemble, malgré un discours de promotion de la culture bien huilé, la rigueur se fait sentir. Cependant, le déblocage d’une enveloppe d’un million d’euros pour les supports d’information de proximité reste encourageant.
Diffusion du Bondy Blog Café avec Fleur Pellerin : dimanche 12 avril à 12h sur France Ô et 13h sur LCP/AN
Mathieu Blard

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