Dernier jour de meeting et de tractage pour convaincre les abstentionnistes. Côté PS, l’Europe et la bonne entente avec la Sarre voisine, sont un faire-valoir pour la commune. Tandis que sur le marché on affirme ne pas « être raciste », mais « c’était juste mieux avant ». 

Meeting de la dernière chance pour Laurent Kalinoswki ? Le maire PS sortant de Forbach, arrivé deuxième derrière le candidat FN au premier tour des municipales, a réuni ses troupes à la salle des fêtes, bondée pour l’occasion, ce jeudi soir. Dans la foule, des soutiens de poids qui vont défiler chacun leur tour à la tribune. Ulrich Commerçon ouvre le bal. Il a traversé la frontière pour soutenir le député maire socialiste avec toute l’aura que peut avoir un ministre de la culture du land de Sarre, en Allemagne.

On lui a pas donné la Culture pour rien à ce monsieur, il a de l’instruction. Ça vous cite Jean Jaurès, d’une traite et sans regarder ses notes, dans un meilleur français que celui de ma prof de philo: « L’histoire enseigne aux hommes la difficulté des grandes tâches et lenteur des accomplissements mais elle justifie l’invincible espoir ».

Ce membre du parti social-démocrate allemand, rappelle la bonne coopération qui lie la région Moselle avec la Sarre voisine. Les bons scores du FN à Forbach est pour lui un grave problème « qui touche toute l’Europe confrontée à la montée du populisme ». « Ici, ensemble nous travaillons à faire notre petit morceau d’Europe » conclut-il sous les applaudissement du public.

Le soutien suivant est plus remarquable encore : Céleste Lett, maire de Sarreguemines, ville voisine. L’édile est membre de l’Union pour un mouvement populaire. Pourtant Jean-François Copé, président de l’UMP, avait instauré la règle du « ni-ni », à savoir ni alliance avec le FN ni soutien au PS. Celeste Lett viole deux fois la règle : il va dans une autre ville soutenir un candidat PS alors qu’au deuxième tour à Forbach, Alexandre Cassaro, candidat UMP s’est maintenu au deuxième tour.

Pour lui « le bien peut être des deux côtés . Il faut sortir du mutisme quand celui-ci se fait au détriment de l’intérêt général». Pour le maire, le FN à Forbach serait une très mauvaise idée « ils ne comprennent pas notre logique européenne ». Vient le maire sortant qui arrive à la tribune pour un long discours. Il y dit tout le mal qu’il peut du FN et de son candidat « venu de Paris ». Laurent Kalinoswki rappelle qu’il est un fils du pays, fils de mineur de surcroît et ancien instituteur, un pur produit de « l’ascenseur républicain ». Il fustige une campagne de mensonges et de calomnies où « le FN a fait toutes les promesses. A les entendre tout serait gratuit ».

Pourtant, ces promesses « fantaisistes », ils sont nombreux a les avoir entendu à Forbach. Plus de 35 % des électeurs au voté FN au 1er tour. Les soutiens de Florian Philippot sont très présents sur le marché, au lendemain du metting socialiste, ce vendredi. Jacqueline par exemple, la cinquantaine et membre du Front national depuis 1984. Le fait que le candidat pour qui elle a voté au premier tour ne soit pas de « Forbach » ne la dérange en rien : « un enfant adopté vous l’aimez quand même non ? ».

Géraldine, militante de longue date également a donné sa voix à Florian Philippot parce qu’avant tout : « J’en avais assez de l’immobilisme de la mairie PS ». La notion de « avant c’était beaucoup mieux » a été exprimé à plusieurs reprises sur ce marché. « On pouvait sortir dans le temps à Forbach » me raconte la fille de Jacqueline. « Aujourd’hui mon fils reste à la maison à ne rien faire le soir. Il n’y a rien pour les jeunes. Ils ont fermé la librairie ».

D’après une personne qui se présente comme un investisseur privé apolitique « la librairie a été reprise par une jeune fille. Elle va bientôt réouvrir ». Une information qui ne va pas changer le vote de la fille de Jacqueline, pour qui le vent tourne en faveur du FN « Il faut pas croire que les jeunes n’adhèrent pas à nos idées. Mon fils qui est en Terminal S me raconte que tous ses camarades de classe voteraient Philippot s’ils le pouvaient ».

Les adversaires forbachois du FN avancent souvent comme argument la dichotomie de voir un parti qui prône la sortie l’Union européenne arriver au pouvoir dans une ville frontière dont de nombreux administrés travaillent en Allemagne. « Faut pas dire n’importe quoi. Les échanges vont continuer. Philippot ne va pas fermer la frontière. Ne confondant pas politique nationale et locale », raconte un vieux monsieur. « Et puis faut pas croire » renchérit Jaqueline « C’est pas l’eldorado l’Allemagne, les salaires sont minables ».

Les sympathisants FN rencontrés ne sont pas racistes, comme ils me l’ont tous affirmés. « C’est de la propagande. Les Maghrébins c’est très bien. Surtout les vieux d’une correction exemplaire » raconte Jacqueline, « mais les demandeurs d’asile présents sur la commune, ceux venus du Kosovo, de Bosnie ou d’Arménie, on leur donne 900 euros juste pour rester. On vous les donne vous 900 euros à rien faire ! ». « Mais c’est quand même des pauvres gens… » répond avec empathie Géraldine.

« Marre de la mairie », « marre des commerces qui ferment », « de l’insécurité et des demandeurs d’asile », voilà pourquoi ses sympathisants ont voté FN, selon leurs dires. Des sympathisants de plus en plus nombreux à en croire Geraldine : « ça fait chaud au cœur de voir à quel point on est soutenu. Les sourires sont francs quand je tends un tract ». « Et si vous le tendez à une fille voilée vous pensez qu’elle va sourire ? » je demande à tout hasard : « Ah non, repond Geraldine, elle avancerait sans me regarder… » « De toute façon elles n’ont pas le droit de vote » , affirme la fille de Jaqueline.

Les échoppes du marché de Forbach commencent à remballer unes à unes. Les distributeurs de tracts rentrent satisfaits, casser un bout chez eux, heureux du travail accompli. Côté PS on est aussi confiant que du côté FN. Les premiers sont sûrs qu’un vivier de voix qui leur est favorable se cache dans le taux d’abstention qui avait atteint 56 % au premier tour. Les seconds comptent sur la défections des quelques électeurs qui ont voté « inutilement » UMP ou divers droite pour creuser l’écart et faire de Forbach, dimanche, la Hénin-Beaumont de l’est.

Idir Hocini

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