MUNICIPALES 2014. Cette ville de 20 000 habitants, en Moselle (57), sur la frontière avec l’Allemagne, a vu se braquer les projecteurs sur ses rues et son hôtel de ville à l’occasion du premier tour. Le numéro 2 du FN, Florian Philippot, a devancé de presque 3% le maire sortant PS. Reportage.

Le TGV qui depuis Paris file droit vers la frontière allemande passe par Bondy. Il n’y marque malheureusement pas l’arrêt. Le grand départ pour Forbach en Moselle passe donc par une petite escapade vers l’Occident parisien pour un départ à gare de l’Est. Des passagers parlent allemand – le terminus est à Francfort – d’autres discourent en français. Un jeune couple avec deux petits enfants jonglent avec les deux langues au gré de la langue de leurs interlocuteurs. Ils reviennent de Disneyland Paris, un des enfants d’ailleurs savoure mon regard envieux en tenant ostensiblement son ballon Mickey gonflé à l’hélium.

Le papa affirme qu’il prolongera ses vacances en famille pour être présent dans la ville où il habite – Forbach – au second tour du scrutin, dimanche prochain. Il se sent concerné par le vote parce qu’il travaille en Allemagne. Selon lui si le FN passe : « Je ne vois pas comment Forbach pourra travailler en coopération avec les villes allemandes de l’autre côté de la frontière. Le programme du Front national parle de faire sortir le pays de l’Europe ». Petit coup de tonnerre à Forbach, au soir du premier tour des municipales. Le numéro 2 du FN, Florian Philippot, jeune homme de 32 ans, arrive en tête du scrutin dépassant d’une courte tête le maire sortant Laurent Kalinowski (35,75 % contre 33%).

Du coup la petite ville de Moselle, 20 000 habitants, moins de la moitié de la population de Bondy, attire l’attention médiatique de tout le pays, comme si le bon score du FN était une surprise. « Honnêtement, je l’avais pas vu venir, raconte le papa de Forbach, je pensais que la droite classique ferait un meilleur score ». La droite « clasique » est représentée ici par deux candidats : Alexandre Cassaro, de l’UMP et le divers droit Eric Deligent. Ce dernier avec 19 % des voix fait mieux que le premier crédité de seulement 12,26 % des suffrages. Quatre candidats se sont frités au premier tour. Et comme aucun n’a voulu se désister ou fusionner avec un autre, même pour faire barrage au Front national, ce sont les mêmes qui se retrouveront au second tour.

La petite gare de Forbach est atteinte moins de deux heures après le départ de Paris. On fait le tour de la ville en une heure de marche sans se presser. L’ancienne cité minière est construite sur les pentes d’une petite colline verdoyante au sommet de laquelle trône la tour de Schlossberg, très médiévale mais construite au XIXe siècle. Des monuments à la gloire des anciens mineurs et d’autres consacrés aux années sombres de la Seconde guerre mondiale, sont disséminés partout dans la ville. Ici, ce n’était pas l’occupation mais l’annexion au IIIe Reich, comme cela a été le cas en Alsace.

« Les gens ont la mémoire courte », raconte Pascal, qui est né deux mois avant la fin de la guerre. Je ne sais pas s’il parle du passé gaulliste de la ville avant que le PS gagne la dernière municipale ou de son « allergie aux partis extrêmes ». Rencontré dans un café, il affirme que le succès du FN au premier tour est dû au charisme de son candidat : « Florian Philippot use de beaux discours, il a promis de redonner du boulot aux gens et de rouvrir les commerces. »

C’est vrai que ce qui marque en se promenant dans les artères de la ville, c’est le nombre de commerces désaffectés, à vendre ou abandonnés. Des emplois qui s’envolent donc. « Le pouvoir de la municipalité sur l’ouverture des commerces et j’en suis sûr limité » raconte une passante qui a bien voulu me dire pour qui elle a voté, le PS, mais ne m’a pas donné son nom.

Autre corde sensible qui a profité au FN, le sentiment d’insécurité vécu par certains habitants. Le braquage du Mc Donald’s à la sortie de la ville, l’année dernière, avait fait la une du Républicain Lorrain, très lu dans ces contrées. Tous ceux qui craignent le FN au pouvoir à Forbach parlent de la fin des investissements allemands dans la ville, comme le papa gâteux rencontré dans le train en début de voyage. Forbach est en effet très lié avec le Land de Sarre et beaucoup ont peur de voir cette coopération disparaître avec la victoire de Florian Philippot.

La ville n’a pas livré tous ses secrets, loin de là, je n’ai pas encore rencontré de sympathisants FN, malgré leur retentissant succès au premier tour. Pourtant j’ai essayé de les attendre en furet, la nuit, à l’endroit où l’on colle les affiches mais tout ce que j’ai rencontré durant ma planque c’est un chat effrayant et la peur de tomber sur un Skinhead. Peur presque fondée. Le jeune homme croisé était en fait un punk avec une crête rouge sur la tête. Il est « anarcho-communiste » et ne votera « pour personne ». Le jeune homme me parle d’une rue où le FN à son QG de campagne « mais ce n’est pas apparent, il faut monter un étage ou deux, je ne sais plus ».

De toutes façons je rencontrerai tout ce beau monde demain. C’est jour de marché : l’équivalent d’une mine de diamants pour les distributeur de tracts.

Idir Hocini

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