Aminci, l’ex-premier secrétaire du Parti socialiste, semble content d’être à Bondy, lundi 8 novembre. Vêtu d’un costume gris, d’une chemise bleue et d’une cravate anthracite, installé sur une banquette en molesquine rouge de la brasserie Le Murat, il est l’invité du Club de la presse ESJ-Bondy/Bondy Blog et s’apprête à répondre aux questions des blogueurs en binôme avec des journalistes professionnels. L’entrée en matière est classique : « Ce n’est pas la première fois que je suis en banlieue et sûrement pas la dernière. Ce n’est pas courageux ou extraordinaire de venir à Bondy », dit-il.

Pour autant, François Hollande ne s’érige pas en « spécialiste » des banlieues, lui qui a dirigé une commune rurale, Tulle en Corrèze, pendant sept ans jusqu’en 2008, qui est député de la circonscription et président du Conseil général dudit département. Il précise : « Les problèmes sont distincts. » Pour appuyer son affirmation il affirme que les difficultés pour trouver un logements ne touchent pas son département, « il y en a plus que d’habitants », et que des questions comme la discrimination ne s’y posent pas.

Interrogé sur la réforme des retraites il estime que le futur candidat du Parti socialiste devrait se demander ce qu’il garde, ce qu’il enlève dans les lois votées lors du mandat de Nicolas Sarkozy. Le journaliste Gérard Leclerc, président de La chaîne parlementaire(LCP), le titille sur le « manque de crédibilité » du Parti socialiste dans l’opposition. François Hollande, volontiers blagueur, réplique d’un « je vous confirme que je ne suis plus premier secrétaire », avant de se glisser dans la peau du candidat à la primaire socialiste pour la présidentielle de 2012, et de dérouler sa proposition phare : « Toute entreprise qui garde un sénior à temps plein pourra embaucher en CDI un jeune en ne payant plus de charges sociales. »

Cette mesure vise à faciliter « le lien intergénérationnel », le senior transmettant son savoir au jeune, et coûterait environ 7 milliards d’euros. Il imagine aussi un dispositif de stage de six mois pour les étudiants à l’université, une passerelle entre l’entreprise et l’université. Il précise que ce stage serait déclaré comme salarié et qu’il permettrait d’engranger des droits à la retraite, car il est hors de question « de donner trois, quatre ans, comme ça ».

Sur le remaniement annoncé (François Fillon a remis la démission de son gouvernement au président de la République samedi, ndlr), François Hollande déplore que depuis six mois cette compétition instaurée par Nicolas Sarkozy désorganise le pays. Il compare ce procédé à de la téléréalité : « Ils sont tous dans une pièce et se demandent qui va rester, qui sera qualifié, qui sera vainqueur de l’épreuve. » De toute façon, pour lui, peu importe, « ce ne sera pas un nouveau gouvernement, quel que soit le premier ministre. Ce sera un gouvernement de campagne présidentielle. »

Sur Dominique de Villepin, fervent opposant à Nicolas Sarkozy, il dit le croire sincère puis ironise « si mes informations sont bonnes, il est encore membre de l’UMP, il doit être un problème pour eux. C’est leur affaire. Il doit contribuer à la défaite et ne peut se résoudre à voter pour celui qui constitue, à ses yeux, une parenthèse. » François Hollande en profite pour rappeler qu’une opposition construite à Nicolas Sarkozy doit se fonder sur des propositions. « L’opposition doit être prête. »

Sur la question de sa propre candidature à la primaire socialiste, il insiste sur la nécessité de formuler des propositions, meilleur moyen pour apparaître comme un présidentiable : « Je ne me détermine pas par rapport à Dominique Strauss-Kahn. Je me détermine par rapport aux solutions que je peux apporter à mon pays, je suis mon chemin. Il faut certes regarder les sondages mais il est rare que dix-huit mois avant une élection les sondages donnent le gagnant. »

Nordine Nabili, président du Bondy Blog, demande à François Hollande comment faire rêver les jeunes des quartiers populaires. Ce dernier constate que « le rêve républicain s’est brisé, c’est une réalité. Il faut donner une perspective de formation, d’emploi, de logement, actuellement l’accès au logement sans caution est difficile. » François Hollande rappelle qu’à l’élection présidentielle de 2007, « les quartiers populaires ont massivement voté pour le Parti socialiste ». Lucide, il reconnaît qu’il ne s’agissait pas d’un vote d’adhésion et que ce vote « n’est pas notre propriété. Les gens des quartiers populaires sont en attente d’un engagement et il ne faut pas nourrir des promesses ajoutées aux promesses. » Et de rappeler son triptyque « emploi, formation, logement ».

Un remède à ce qu’il appelle « la crise du pays ». Il développe son propos en expliquant qu’il y a une « richesse en banlieue, c’est une chance, ce nombre d’associations ». « Il n’y a pas que des associations en banlieue », rétorque le blogueur Aladine Zaïane. François Hollande loue la vitalité banlieusarde et affirme qu’il n’y a pas que le microcrédit pour développer l’économie en banlieue, « ça a un côté pays émergent ». Pour valoriser le savoir-faire des entreprises qui fleurissent en banlieue, il faut à son sens développer le lien entre « petites et grandes entreprises et faciliter l’accès au crédit ». Il en profite pour taper sur l’emploi abusif du terme de « Plan Marshall » pour les banlieues,  « personne ne sait qui est Marshall. Cela fait dix ans qu’on ne sait pas ce qu’est devenu le plan Robien. »

Interrogé sur la possibilité d’injecter à l’exemple du modèle anglo-saxon de la discrimination positive en France, François Hollande rétorque que ce terme est « piégé » et explique que « faire le plus pour ceux qui ont le moins c’est la définition du socialisme. Je suis pour un modèle républicain corrigé, approfondi. Il faut développer un accès aux classes prépas, aux réseaux. »

Sur la diversité dans la classe politique, il reconnaît qu’il y a un retard, une responsabilité mais que « le PS est en avance en terme de représentation dans les élections locales, dans les listes municipales. Le problème est national, avant on n’avait pas les viviers, comme ce fut le cas avec les femmes pendant longtemps. » François Hollande pointe du doigt « le conservatisme électoral. Il est vrai que l’Assemblée nationale et le Sénat ne correspondent pas à la réalité de la société. »

S’il était élu président en 2012 à quoi ressemblerait son gouvernement ? Le député de Corrèze rétorque que « c’est tellement facile de mettre des symboles de la diversité en avant. Des symboles sans réalité ne tiennent pas. J’en trouverai. » Si un jeune lui disait qu’il souhaite faire de la politique, il lui dirait que « c’est une bonne idée ». Ce qui l’amène à développer le thème du renouvellement des élites politiques. « La jeunesse est peu représentée. Il faut faire éclore de nouveaux talents. Que les jeunes s’engagent à l’échelle locale puis nationale. Regardez en Angleterre, ce n’est pas ma sensibilité, mais David Cameron a 40 ans. En France, à 55 ans, on n’est pas sûr de pouvoir prétendre être président. »

Il poursuit en expliquant que le pouvoir est facile à conquérir, qu’il suffit pour cela de venir aux sections, de revendiquer des places pour faire céder le « plafond de verre ». « Venez, il y a plus de places que vous ne l’imaginez. » Sur la formation, François Hollande a ses idées. Pour lui, l’école fonctionne pour les élites et échoue sur un tiers des élèves. Il insiste sur la nécessité de favoriser l’alternance rémunérée, se concentrer sur l’école primaire où l’on acquiert toutes les notions fondamentales.

Dans l’auditoire, une dame l’interroge sur le problème du contrôle d’identité au faciès. François Hollande répond qu’il y a effectivement un conflit entre jeunes et police. Il faudrait un système simple de contravention. Si un policier contrôle un jeune il lui délivrerait une contravention prouvant qu’il a déjà présenté ses papiers pour éviter un second contrôle. Il reconnaît qu’il faut contrôler le système et que « lorsqu’on roule dans une voiture cabossée c’est difficile d’échapper au contrôle policier. Et lorsqu’on est noir ou un peu bronzé c’est impossible d’y échapper. » A propos de la politique sécuritaire du Parti socialiste : « Elle doit être globale. Il faut de la répression et régler les problèmes sociaux, éducatifs, de vie quotidienne. La présence de la police est indispensable pour éradiquer une violence qui progresse, qui s’est endurcie. »

François Hollande est interpellé par une jeune femme sur la loi d’interdiction du port du voile intégral en France. Voici sa position : « Je suis pour l’interdiction du port du voile intégral. Il faut voir si la loi qui a été votée répond au problème. Cette pratique religieuse ne correspond pas à une façon de vivre ensemble. On ne peut accepter cette manière d’imposer aux autres cette fermeture. »

La question qui plane sur l’entretien est formulée clairement : « Serez-vous candidat à la primaire socialiste ? » « C’est une procédure ouverte. Je me prononcerai le moment venu. Je me prépare. » Aladine Zaïane demande à François Hollande s’il est bien nécessaire qu’il s’affiche en « une » de Gala au côté de sa nouvelle compagne. L’intéressé justifie ainsi sa démarche : « Dire avec qui je vis est nécessaire. La vie de ceux qui se présentent au suffrage doit être connue. » Nordine Nabili y va d’une boutade : « Demain en une du Bondy Blog nous parlerons d’Aladine et de sa copine. » Et François Hollande de répliquer gaiement : « Ah, il est aussi candidat à l’élection présidentielle ? »

Faïza Zerouala

Les journalistes qui ont interrogé François Hollande, étaient : Gérard Leclerc, président de La chaîne parlementaire (LCP) ; David Revault d’Allonnes, de Libération, et Sylvère-Henry Cissé, de Canal Plus. Les blogueurs du Bondy Blog : Juliette Joachim, Aladine Zaïane et Idir Hocini.

Photos : Aude Duval

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