Le 7 juin, les mamans seront à l’honneur, elles pourront sans aucun doute emporter leur collier de nouilles, autres pots à crayon ou mixeur à bananes aux urnes, puisque ce dimanche les Européens sont invités à se prononcer sur leur vilain sort. Si les citoyens mettaient autant d’ardeur à fêter l’Europe que leur maman, l’abstentionnisme ne ferait pas autant jaser.

Les candidats battent donc le pavé tant bien que mal, haranguent les chalands déjà convaincus et prêchent auprès des éternels indécis. Cette dernière catégorie, véritable équipe nationale, se subdivise en sous groupe : les insatisfaits ponctuels ou constants, les déçus, les blasés, les « de toute façon ça changera pas grand chose » et puis les « perdus ». Avant, quand le grand Charles faisait des siennes à l’ORTF, les « perdus » étaient amenés à voter moins régulièrement et puis sur le plan national, ils avaient le choix entre de Gaulle et… de Gaulle.

Puis sont apparues les nuances de bleus et de rouges, du coup tout s’est compliqué pour « les perdus », et c’est notoirement le cas pour les élections européennes, les septièmes du nom. Mais première depuis le dernier rendez-vous européen – gross traumatism –, celui du référendum de 2005 sur le traité constitutionnel européen, refusé à près de 55%. Les immortels de l’Académie, selon des bruits de couloirs, plancheraient sur l’instauration d’un nouvel antonyme à « Référendum », « Lisbonne », bien que le gouvernement ai trouvé la rime de bon aloi et démocratique. Pour fêter la quatrième année du « non » au référendum, le Front de Gauche s’est réuni, ce 29 mai à Paris, en assiégeant la Casbah, un bar du XIe arrondissement.

Patrick Le Hyaric, directeur de L’Humanité et tête de liste du Front de gauche en Ile-de-France revient sur la formation de ce nouveau parti : « Le Front de gauche est un rassemblement du Parti de gauche (de Jean Luc Mélenchon), du Parti communiste français (de Marie-George Buffet), des dissidents du NPA rassemblés autour de Christian Piquet, des militants de République et socialisme qui n’ont pas voulu suivre Chevènement, des gaullistes de gauche… » Mouvement pour le moins hétéroclite mais uni sur un thème : la lutte contre «une Europe ultralibérale, jugée coupable de la crise que nous traversons.

« Après le vote de Maastricht en 1992 (oui ric-rac à l’Union économique et monétaire, autrement dit l’euro, ndlr) et celui du référendum européen, le peuple a démontré qu’il n’acceptait pas ce modèle ultralibéral, affirme Patrick Le Hyaric. Le fond de la question est de trouver le chemin d’un vote, d’un rassemblement unitaire qui puisse remettre en cause ce modèle. Le Front de gauche offre un outil pour ceux qui veulent changer cette Europe. »

Le Front de gauche a-t-il un avenir au-delà du 7 juin ? Nouveau né dans le paysage européen, mais pas pour autant lapin de six semaines, le « Front » agira dans « un travail de va et vient avec les différents mouvements, offrira une nouvelle perspective de transformation sociale, de changement de pouvoir et de politique, explique la tête de liste. Nous traversons une véritable crise de civilisation, qui peut amener le monde dans l’abîme, c’est un service que nous voulons rendre à nos populations ».

Enfin, si le discours du Front de gauche ressemble en de nombreux points à celui du NPA de Besancenot (ces deux partis réunis rafleraient peut-être 15% des votes), il semblerait que le NPA ait refusé de passer alliance, le Front de gauche n’excluant apparemment pas un rapprochement avec la gauche de gouvernement, le PS.

En tout cas, le Front de gauche, auteur d’une affiche sur laquelle est inscrit « le 7 juin c’est pas Nadal qui va gagner, c’et le Front de gauche », a vu juste, puisque l’Invicible Armada s’est fait couler par la flotte suédoise. Diantre, des cocos sorciers, McCarthy, rest in peace.

Adrien Chauvin

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