La presse de ces derniers jours faisait état du déclin du PCF. De sa disparition prochaine. Si j’ai bien compris, c’est une question de mois. Tout ça à cause des scores très faibles aux dernières élections, des luttes intestines, des perspectives d’alliances dès le premier tour avec le Parti socialiste aux prochaines municipales. Dans les différents stands, entre moules frites et vin blanc, les militants ont bien du mal à cacher leur désarroi. Comment un parti qui a fait moins de 2% aux dernières élections présidentielles peut-il rassembler autant de monde en un week-end ? Si le PCF est à bout de souffle, les allées de la fête débordent d’énergie et de chaleur, le tutoiement y est de rigueur, et l’appel par le prénom, la tradition.

Marie-Hélène, 58 ans, institutrice depuis plus de 30 ans et militante communiste depuis toujours : « Ce rendez-vous annuel n’a rien de politique, les gens viennent en famille ou en groupe pour passer un moment de fraternité. Ceux qui veulent parler politique savent où aller, ceux qui veulent faire la fête ont l’embarras du choix. » Et pour ne pas perdre une miette de cette fête, Robert propose le programme :

1’24. robert.mp3

Pas loin du stand de la Fédération du Parti communiste de la Seine-Saint-Denis, un petit attroupement se forme autour d’une table où un militant fait signer des pétitions contre les franchises médicales. Yolande est infirmière à Maubeuge : « Les trois jours ici ont été longtemps notre seule sortie en famille, c’est le tour du monde en trois jours, mieux que Jules Verne. J’ai signé cette pétition parce que je vois débarquer des Anglais tous les jours dans le Nord de la France. Ils ne peuvent pas se soigner chez eux, c’est un luxe. Nous devons protéger notre système de santé. » D’autres paroles fusent d’un stand où un sociologue des mouvements sociaux étrille la gauche : « Les quartiers populaires sont abandonnés par les partis politiques, personne ne propose aujourd’hui un projet ambitieux en direction de ces territoires » La ballade continue au gré des sons. Brouhaha de musiques latinos et africaines, visages tout droit sortis des magazines Géo et nuages de fumées, je pénètre dans le village du Monde. Un concentré d’ONU sur quelques mètres. Une jeune fille est scotchée devant un groupe de musique russe, les yeux remplis de nostalgie :

37 ». jeune_fille.mp3

Il y a deux endroits à ne pas manquer à la Fête de l’humanité : la grande scène et l’Agora. Autrement dit, la musique et les débats. Bousculade et effervescence lors de la discussion qui réunit Marie-George, Cécile, François et Olivier. La gauche assommée, humiliée, dispersée, qui tente de retrouver la voie du succès électoral et la voix d’un leader audible. Pendant que le patronat du PC, des Verts, du PS et de la LCR se passent le micro, des militants me donnent leur avis sur la situation :

1’38. militants.mp3

Le soleil se couche sur La Courneuve, les stands alimentaires sont pris d’assaut. Il faut faire vite, le programme de la soirée est chargé. On laisse de côté les questions politiques, place aux concerts en plein air. Malgré la bonne humeur, tout le monde sait ici que demain matin, le PCF aura la gueule de bois.

Nordine Nabili

Nordine Nabili

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