En pleine campagne électorale, les récents propos de la candidate du Front National, Marine Le Pen semblent résonner agréablement aux oreilles des défenseurs des droits du consommateur. Ils pourraient en effet accélérer le dossier de la certification et de l’étiquetage des viandes pour une meilleure information sur le mode d’abattage.

Avec la profusion d’organismes de certification en France, les abattoirs et les entreprises agro-alimentaires peuvent, en toute légalité et sans craindre d’être contrôlées, apposer les cinq lettres magiques, H.A.L.A.L, leur permettant de s’assurer une part d’un marché estimé à plus de 5 milliards d’euros en 2010 et  affichant une croissance annuelle à deux chiffres.

Le dossier de l’abattage rituel est certes complexe, mais certains semblent en avoir parfaitement compris l’importance ainsi que les enjeux véritables. C’est notamment le cas de Daniel Goldberg, député de Seine Saint-Denis et conseiller municipal de La Courneuve. L’été dernier, il avait interpellé plusieurs ministres sur les problèmes de l’abattage rituel musulman. Curieusement, les courriers sont restés sans réponse malgré de nombreuses relances.

Face à cet immobilisme qui, selon lui, « nuit à tous les consommateurs », l’élu de Seine-Saint-Denis a demandé au gouvernement d’organiser une rencontre avec l’ensemble des acteurs : représentants de l’État, certificateurs, responsables religieux, industriels et consommateurs afin qu’un système d’étiquetage soit mis en place. « Il faut que tous ces acteurs se rencontrent et discutent » conclut-il.

Lorsqu’on l’interroge sur les raisons de son engagement dans ce dossier sensible, Daniel Goldberg veut être clair : « je suis laïc et fidèle aux valeurs de la République. En interpellant MM. Guéant et Lefebvre, je ne fais que remplir ma mission de député. Celle notamment de faire remonter les questions de mes concitoyens aux instances concernées. » Pour le député, « lorsque l’on est élu de Seine Saint-Denis, la question du halal n’est pas nouvelle. Et un consommateur, musulman ou non, doit être informé de ce qu’il va acheter. C’est un droit et c’est à l’Etat de veiller au respect de ce droit. Il faut considérer la question de la certification d’un point de vue du respect du consommateur, et également de celui pour lequel il est inconcevable de consommer une viande issue d’une bête abattue sans être étourdie au préalable.»

Alors qu’est-ce qui bloque dans ce dossier ? Les défenseurs des animaux, les rivalités entre différentes instances religieuses musulmanes ou bien une protection de la filière casher ? Juifs, musulmans et amis des animaux sont embarqués sur la même galère, même si la filière casher semble parfois davantage soutenue par les politiques.

Dans son discours de vœux de nouvelle année prononcé en septembre 2010 à la communauté juive de France, Brice Hortefeux reconnaît qu’« il est exact qu’un vote au Parlement européen pourrait (…) imposer un étiquetage qui serait discriminant pour l’abattage rituel. Nous restons extrêmement vigilant, à la demande du président de la république. Soyez certains de la mobilisation du gouvernement et des députés français au Parlement européen pour que ce projet ne puisse pas aboutir. »

Comment s’occuper du halal en épargnant le casher ? Impossible. La dérogation accordée par Bruxelles à la France lui permettant de procéder légalement à un abattage sans étourdissement préalable des animaux concerne les deux cultes.

Au fond, à qui mérite le crime ? Probablement à ceux qui courent après les profits aux dépends du respect du consommateur. Quel qu’il soit.

Pour Daniel Goldberg, il y a des abattoirs qui ne respectent pas la loi afin d’augmenter leurs marges. « Ils doivent probablement se demander pourquoi ils devraient s’alourdir d’une étape supplémentaire en étourdissant les bêtes avant de les abattre alors que les juifs et les musulmans en sont dispensés ?  Mais dès le 1er juillet 2012, tout directeur d’abattoir devra adresser une demande d’autorisation au préfet pour pouvoir procéder à l’abattage rituel sur la base de commandes de viandes halal ou casher » précise l’élu de Seine Saint-Denis.

Et les multinationales de l’agro-alimentaire ? Au cœur de ce marché prometteur, ces grands groupes, n’ont parfois pas intérêt à trop dévoiler de la composition d’un produit. La transparence a un coût non négligeable. Attendons le rapport d’UFC-Que Choisir sur le respect du cahier des charges lié à la mention « halal ». Cette association de défense des droits du consommateur a annoncé fin janvier avoir saisi la Direction générale de la concurrence, de la consommation et de la répression des fraudes (DGCCRF) ainsi que la direction générale de l’Alimentation (DGAL) au sujet de la filière halal. « On ment aux Français sur le halal » répète Marine Le Pen. Au fond, cette polémique n’est pas si inutile que cela.

Latifa Zerrouki

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