Depuis le 3 juin, Hamé a un sentiment partagé concernant le dénouement de l’affaire qui l’oppose au ministère de l’intérieur depuis 6 ans. Il avait été poursuivi en 2002 par Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’intérieur, pour avoir écrit dans un fanzine un texte dénonçant les exactions policières.

« Les rapports du ministère de l’intérieur ne feront jamais état des centaines de nos frères abattus par les forces de police sans qu’aucun des assassins n’ait été inquiété. » C’est cette phrase qui a déchaîné les foudres des syndicats de police, qui contestent à la fois le terme d’« assassins » ainsi que la « centaine de nos frères », considéré comme un nombre fantaisiste. En première instance, comme devant la Cour d’appel de Paris, Hamé avait été relaxé, mais le ministère de l’intérieur avait décidé de se pourvoir en cassation, fait plutôt unique concernant une affaire de diffamation opposant un groupe de Rap au ministère de l’intérieur. Pourtant en mars dernier, à la surprise générale, la Cour de cassation a cassé l’arrêt de la 11e chambre de la Cour d’appel de Paris et condamné le rappeur pour les propos tenus dans son texte.

Hamé interprétant cette condamnation comme une position clairement politique a donc décidé de faire de ce nouveau procès une tribune publique pour prouver,  quasi scientifiquement, que les propos avancés dans son texte écrit en 2002 ne sont pas des affabulations mais relèvent bien, selon lui, d’une vérité historique.

A la barre, dans une audience qui a duré plus de cinq heures, il a appelé, pour témoigner à ses cotés, deux historiens venus faire le décompte macabre des morts suite à des violences policières, un sociologue, une linguiste venue démontrer le caractère pamphlétaire de l’article incriminé, un spécialiste du rap venu expliquer la place de cette musique comme instrument de contestation et de revendication.

Sur les « centaines de nos frères », il semble que la démonstration ait été faite, ne serait-ce qu’avec les massacres d’octobre 1961 ou des dizaines d’Algériens venus manifester à Paris contre la guerre en Algérie avaient été abattus par la police et certains jetés dans la Seine.

C’est l’utilisation du terme « assassins » qui fait le plus débat. En termes juridiques, il renvoie à un homicide volontaire avec préméditation, alors que l’artiste dit en avoir fait un usage littéraire, courant en dehors de toute caractérisation juridique. C’est là que l’interprétation de la Cour d’appel de Versailles sera déterminante.

Cette affaire qui sera tranchée le 23 septembre 2008 pourrait aller plus loin,  puisque Hamé n’envisage pas de baisser les bras en cas de condamnation. Il se déclare prêt à aller devant la Cour européenne des droits de l’homme pour faire valoir sa liberté d’expression. 


Hamé 2
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Mohamed Hamidi

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