L’ancien maire tente de retrouver son siège et imagine un duel contre le candidat FN Steeve Briois. Son comité de soutien y croit.

« On sera deuxième derrière le Front National au premier tour !» prédit sans sourciller Gérard Dalongeville, qui fut maire socialiste de Hénin-Beaumont entre 2001 et 2009 avant d’être poursuivi pour détournements de fonds publics, délits de favoritisme, usages de faux et corruption passive puis exclu de son parti. Incarcéré pendant 9 mois en détention provisoire puis condamné en août 2013, en première instance, à quatre ans de prison, dont trois ferme, et à 50 000 euros d’amende. Le quadragénaire a fait appel du jugement du tribunal correctionnel de Béthune qui requalifiait certains faits et le relaxait pour d’autres, entraînant un effet suspensif de sa condamnation et permettant sa candidature aux élections municipales de mars 2014 à Hénin-Beaumont.

Samedi 1er mars, tout son comité de soutien pose devant la piscine municipale avant de se serrer au Bistrot, un bar tout proche où l’ex-édile, auteur à succès de Rose Mafia, brûlot où il règle ses comptes et dénonce le système de corruption au sein de la Fédération socialiste du Pas-de-Calais, booste ses troupes avec un discours de campagne qui s’achève sous un tonnerre d’applaudissements. Ses relations difficiles avec son ancien parti ne datent pas d’hier. Gérard Dalongeville en avait déjà été exclu une première fois pour candidature dissidente à la mairie en 2001, puis réintégré après sa réélection en 2008 face à Marine Le Pen, avant d’être suspendu de ses fonctions en 2009. Aujourd’hui, il vise le fauteuil de l’actuel maire Eugène Binaisse, candidat officiel du Parti Socialiste pour un second mandat.

« Tout le monde a droit à une deuxième chance »

Or, à trois semaines du premier tour, force est de constater que le dissident Gérard Dalongeville, malgré un nouveau procès à venir, a su mobiliser. Présidents d’associations, de clubs sportifs, ou artistes régionaux comme l’acteur Serge Dubois ou Pascal Beclin, ex-choriste de Renaud qu’il chante sur scène avec son groupe Morgane de lui. Personne ici ne craint de s’afficher à ses côtés.

PascaleC’est le cas de Pascale, 53 ans, dont le visage souriant est serti de petites lunettes. Cette mère au foyer, ancienne commerçante, accompagnée par son mari et sa sœur revendique un soutien inconditionnel : « J’ai toujours eu confiance en lui et je sais qu’il va faire tout ce qu’il faut pour la ville… Je sais que le premier tour, ça va être « chaud » car les gens se disent « on a tout essayé donc pourquoi pas le Front National», et il y a un ras-le-bol général, notamment avec les impôts. Mais j’espère que les Héninois et les Beaumontois seront suffisamment intelligents pour ne pas voter FN… Ce que les gens ont tendance à oublier, c’est tout ce que Gérard a fait pour la ville. Il y a eu des histoires d’argent, il a fait des erreurs certes, mais tout le monde a le droit à une deuxième chance ! Et il ne fera pas deux fois les mêmes erreurs… Des magouilles, il y en a partout, vous voyez bien ce qui se passe en ce moment… Gérard est très humain, il est disponible, alors moi, j’y crois fortement et j’espère qu’on va gagner ! » déclare-t-elle fièrement.

Et le risque d’une prochaine condamnation pour Gérard Dalongeville avec la tenue de nouvelles élections anticipées ne semble pas le déstabiliser outre-mesure : « Les habitants de Hénin-Beaumont le savent. Ils vont voter en âme et conscience, rien ne leur est caché. En revanche, s’ils votent pour Steeve Briois, ils peuvent avoir un maire qui serait condamné pour le faux tract contre Jean-Luc Mélenchon en inéligibilité. Et s’ils votent Eugène Binaisse, ils auront un maire qui serait invalidé puisque son compte de campagne a d’ores et déjà explosé, donc balle au centre…» tacle-t-il.

Curieux déjeuner de campagne

Le lendemain, dimanche midi dans la salle des fêtes attenante à l’Hôtel de ville, Gérard Dalongeville retrouve ses partisans et adversaires à l’occasion de la Fête des grand-mères, une tradition récente datant de 1987, lancée par une marque de café et devenue très populaire dans le Pas-de-Calais. A l’exception de Jean-Marc Legrand de l’UMP, toutes les têtes de listes à l’élection municipale sont présentes. Eugène Binaisse et le candidat MRC Georges Bouquillon sont postés près du bar pour saluer les arrivants. En salle, Steeve Briois et Gérard Dalongeville se font face, leurs tables l’une en face de l’autre mais à l’opposé, à droite pour Briois et à gauche pour Dalongeville.

Chacun se lève pour serrer les mains dans sa rangée et délivrer un petit mot à chaque personne âgée de son côté de salle. Car si les opposants de Gérard Dalongeville relativisent ses chances en lui pronostiquant moins de 10% des voix au premier tour, rien ne semble entamer la détermination et la soif de revanche de l’ancien maire. Et à la Fête des grand-mères, événement du jour à Hénin-Beaumont, deux candidats sur les cinq, Steeve Briois et Gérard Dalongeville ont mangé aux côtés de celles-ci, donnant l’impression que c’étaient eux qui avaient l’appétit électoral le plus aiguisé avec une grosse « faim » de voix à se répartir pour le scrutin du 23 mars 2014.

 

Sandrine Dionys

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